Spectacles

Published on mai 25th, 2015 | by MagMozaik

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Le Flamenco au sommet de son art fougueux

Pour ses 20 ans, le Ballet Flamenco de Andalucia, véritable ambassadeur du flamenco dans le monde entier, présentait, en première mondiale, sa nouvelle chorégraphie  » Imagenes ». Un spectacle rétrospectif de l’histoire du Ballet en multiples évocations fines, sensibles et créatives du chemin parcouru par la troupe pour imposer au plus haut niveau le flamenco, symbole puissant et incarnation vibrante de la culture et de l’âme andalouses. Une composition due à Rafaela Carrasco, chorégraphe inventive , qui tient aujourd’hui les rènes de la Compagnie, dans le cadre du Festival Andalou de Saint Jean de Luz du 23 au 25 mai

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Le flamenco, un art très codifié

– Sans nous apensantir sur les origines pluriculturelles ou pluriethniques très controversées de cet art éminemment populaire, ou nous perdre en un foisonnement d’hypothèses certaines ou improbables, accordons-nous sur ses influences avérées arabo-musulmanes et gitanes, dont on connait l’appartenance lointaine aux cultures hindoues. Le flamenco constitue un véritable langage doté de sa grammaire et des ponctuations auxquelles on ne saurait, en théorie pour les puristes et traditionnalistes, déroger. Par sa gestuelle et sa musicalité ce symbole fort, incandescent et fougueux de la culture et de l’identité andalouses, incarne tout un fonctionnement spirituel et émotionnel d’un peuple farouche, fier et extrême, capable de sentiments contrastés, tantôt rugueux, ombrageux, impétueux, violents et coléreux, tantôt langoureux, lascifs, sensuels et torrides, tantôt festifs dans une allégresse tumultueuse et communicative. Un langage impulsif, indomptable, en 3 dimensions pourtant bien définies et imbriquées les unes dans les autres jusqu’à fusionner en symphonies passionnelles et passionnées, dont les vibrations à fleur de peau, déchirées et déchirantes, virevoltent en des registres d’émotions infiniment nuancés et flamboyants.

– Le chant, tout d’abord, a cappela (cantes a palo seco) dont les atonalités en demi teintes s’imprègnent de sonorités arabes, qu’accompagnent les claquements de mains en un écho rythmé intense (las palmas). Puis la danse où les corps se torturent, s’enflamment, se dressent un fulgurances toniques ou sensuelles exacerbées; des corps dont les mouvements s’étirent en une musicalité intense et frénétique jusqu’au bout des pieds et des talons (le cajon, claquettes virtuoses très complexes et techniques), jusqu’au bout des mains au délié agile et gracieux, péremptoires en claquements de doigts que prolongent parfois les castagnettes; des corps dont les ports de têtes et les visages expriment tour à tour la douleur, la pudeur, la fougue ou la joie en un tourbillon ivre d’émotions. La musique enfin, dont la guitare s’inscrit au coeur de l’identité andalouse. Un art néanmoins que l’on ne saurait comprendre sans son ancrage permanent, au fil des siècles, dans un contexte social et historique où il puise ses inspirations, ses thèmes et ses évolutions. C’est tout un univers tumultueux, riche de multiples mémoires ou soubresauts,  et chatoyant, que le Ballet flamenco a réussi, en 20 d’existence, à imposer sur les scènes internationales à égalité avec les plus grandes troupes chorégraphiques contemporaines.

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Une grammaire préservée mais un vocabulaire modernisé et revisité.

Créé voici 20 ans par la Junta des Andalucia, le Ballet Flamenco de Andalucia a su se hisser au plus haut niveau artistique mondial. Un succès en pleine évolution dû à quelques fortes personnalités (Mario Maya, Maria Pagés, José Antonio, Cristina Hoyos) et, aujourd’hui, au talent incroyable de sensibilité et de créativité de la jeune chorégraphe Rafaela Carrasco au parcours jalonné de multiples distinctions de prestige. Un art aux rituels supposés immuables sauf que la géniale maîtresse du ballet s’est ingénié à dépoussiérer quelque peu le genre en un style épuré, redonnant ainsi tout son sens au flamenco, débarrassé de compositions trop désordonnées et foisonnantes. Une nouvelle vigueur qui ne sacrifie toutefois en rien la tradition, renforcée au contraire par cette modernisation intelligente et subtile. Elle écrit une page inédite en 4 partitions élégantes qui se complètent et fusionnent en une belle harmonie d’émotions vives. Une alchimie foudroyante et ô combien efficace dont la rigueur ciselée au cordeau laisse éclater des monuments de grâce vibrante, à fleur de peau, de corps, de voix et de trilles de guitare andalouse. Des chorégraphies et scénographies audacieusement étudiées, précises et construites dont la virtuosité et l’apparente improvisation stupéfient. Avec “Imagenes”, elle déroule, en quelques tableaux lumineux et forts, chargés d’émotions, quelque 20 ans d’existence du Ballet passés à faire reconnaitre le flamenco sur toutes les scènes du monde comme l’emblème incontournable de la culture et des valeurs d’Andalousie.

– La partition des corps

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7 danseuses (dont Rafaela Carrasco) et 5 danseurs (dont David Coria, également chorégraphe d’Imagenes) mettent leur corps et leur talent au service d’une gestuelle épurée dont chaque figure et chaque millimètre de peau, de bras, de mains, de jambes, de pieds, de dos cambrés en lianes ou de ports et mouvements de têtes, suggèrent une gamme infinie de sentiments. Femmes tour à tour indomptables et fières, fragiles et langoureuses, rongées de passions douloureuses ou claquant haut et fort jusqu’au bout des talons un hymne à la vie plein d’allégresse; hommes somptueusement farouches, tour à tour ombrageux, séducteurs, jaloux ou prêts à braver un taureau que l’on ne verra jamais… La grâce incarnée en solos, duos ou scènes de groupes endiablées au souffle ravageur et tumultueux…On sentirait presque les morsures d’un soleil brûlant sur les corps et les âmes qui alternent souffrances et liesse débridée. Les danseurs exultent dans l’exubérance, subliment leurs corps en pas virevoltants à vous couper le souffle de haute technicité absolue, se jouent de la pesanteur et des lois de la physique pour faire de leur corps des oeuvres d’art vivantes, laissant éclater en crescendo leur spiritualité.

– La partition des costumes

L’ombre de chorégraphes modernes célèbres plane sur les costumes (Blanco y Belmonte) tour à tour chatoyant ou sobres, jouant sur les contrastes noir/blanc ou noir/rouge, telle cette incroyable robe volantée à l’interminable traine qu’on croirait surgie de l’imaginaire d’un Découflé et qui s’improvise soudain élément de décor, suspendue aux cintres en une flamboyante envolée. Des couleurs qui collent aux émotions dont ils expriment les nuances. Au clair de lune, les joutes amoureuses tantôt lascives, tantôt orageuses et impétueuses se fondent en robes blanches et noires, en costumes sombres, les éléments de décor participant du propos en une scénographie brillante (Gloria Montesinos). Toute la gamme amoureuse passe par des lanternes allumées et éteintes puis rallumées, déplacées au gré des couples qui se forment ou se cassent. Les châles entrent en scène également pour faire ou défaire les couples, virevolter en prolongement des danseurs dont ils épousent les  mouvements jusqu’à devenir eux mêmes danseurs, ou se tranformer en muletas d’un instant fugage. Bribes de vie, moments fugitifs d’émotions délicates ou ardentes, autant de rôles qu’improvisent les costumes dans le sillage des artistes…

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– La partition scénographique

C’est sur ce point que toute la modernité de Rafaela Carrasco s’épanouit en renforçant les autres partitions d’une dimension onirique forte. Une belle inventivité qui souligne chaque tableau en images d’évasion, en projections sur grand écran ou sur la scène elle même (Visuales Tamas, images et Rafael Goméz, création son). Sous la lumière des lanternes apparait au loin une pleine lune que traverse, au gré des relations amoureuses douces ou conflictuelles, un nuage blanc ou teinté de mauve; Des paysages défilent vu d’un hypothétique train, symbole de l’ascension internationale de la troupe au fil des ans, évocation que confortent les valises apportées et déplacées sur scène, véritables socles de solos enthousiastes; Des pieds chaussés de talons esquissent des pas de danse en écho à ceux, bien réels des danseurs; Un tableau au traits fins rouges se peint en direct, se calquant sur le rythme des danseuses et que les robes blanches reflètent … Tout un fourmillement d’idées et d’images astucieuses, judicieusement choisies,  s’incruste dans la chorégraphie comme un rappel temporel de l’histoire de la Compagnie et de son imaginaire.

– La partition musicale, enfin

Aucune des 3 premières dimensions ne saurait exister sans celle ci, gardienne de la tradition. 2 chanteurs (Antonio Campos, Gabriel de la Tomasa) et 2 guitaristes (Jésus Torres, Juan Antonio Suarez “Cano”) s’immiscent peu à peu parmi les danseurs, en costumes sombres comme pour sertir en écrins de notes bouillonnantes les joyaux que deviennent ainsi les corps et les danses. Leur musicalité inspire, influence, interpelle et guide les artistes. Discrets et relégués hors chorégraphie au début de chaque côté de la scène, ils s’imposent peu à peu au coeur du ballet jusqu’à frôler les mains et les corps en un dialogue étonnant et sensible. Un coup de chapeau aux 2 chanteurs dont l’extraordinaire voix emplit la salle entière avec force jusqu’à traduire en chants fougueux les gestuelles et faire écho aux percussions des corps.

La salle bondée ne s’y est pas trompée qui a réservé à la troupe une fantastique standing ovation! Encore une fois- mais nous y sommes désormais habitués-  un immense bravo à la Scène Nationale pour ses choix judicieux de spectacles!

www.artemovimiento.es et www.scenenationale.fr

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Catherine CLERC,magmozaik64200@gmail.com

 

 

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