Coups de coeur

Published on mai 31st, 2015 | by MagMozaik

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L’amour est révolutionnaire

Les petites chroniques de Corine, Présidente du cinéma Le Royal, réveillent chaque mois nos consciences et nos émotions. Comme un coup de fouet salutaire infligé, en douceur digne et poésie, à nos neurones.Comme une nécessité et une urgence à s’interroger, réfléchir à ce qui fait l’essentiel de l’humain à travers le cinéma. Elle m’a déclaré un jour, autour d’un café, de pas être certaine que tous ces billets d’humeur me plaisent forcément. Non Corine! Tes rébellions salutaires et tes interpellations sensibles, je les fais miennes définitivement! A l’heure où le Festival de Cannes vient couronner des oeuvres et artistes remarquables, ton commentaire colle à notre réalité.


“Imaginer, c’est hausser le réel d’un ton.”
(Gaston Bachelard)

L’amour est révolutionnaire quand il est sincère. Il peut lutter pacifiquement et faire se rejoindre des êtres que rien ne semblait rapprocher. Des histoires d’amour qui renversent des montagnes, il y en a plein les films, les livres, les poèmes. Je parle d’un amour qui irait au-delà du couple. Comme une attitude. Une façon de voir les choses. Ce qui rendrait capable de discerner la douleur de l’autre et d’y répondre. Ce qui fit écrire à Saint-Exupéry dans Le petit Prince : “On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux.” Pas un sentiment dégoulinant et mièvre. Mais plutôt un courant électrique, qui traverse, qui donne de l’élan. Pas un mot, mais des preuves. Au-delà de l’émotion, l’imagination au pouvoir, qui propulse vers l’autre et nous permet de voir ce qu’on pensait invisible.

C’est ce qu’on a perdu, semble-t-il, l’imagination. Einstein disait d’elle qu’elle était plus importante que le savoir. Elle est à l’origine de toute création. Elle permet de réinventer l’amour… Si les esprits rétrécissent, la possibilité des relations avec. Dans un monde mercantile, régi par des lois sans âme, où la haine s’installe subrepticement, l’imagination s’use. On se contente de discours formatés. On sort le moins possible de la case dans laquelle on nous a mis. On fuit sans le savoir toute rencontre improbable. Pourtant si je me dis que je peux aimer l’autre quel qu’il soit, si je me mets en état d’amour possible, j’ai plus de chance de provoquer l’aventure. Un “accident” au sens étymologique : ce qui arrive fortuitement, ce qu’on n’attendait pas et qui peut être bon.

Se prendre à rêver d’autres rendez-vous imaginables avec des êtres que nous n’aurions pas dû croiser. Casser les cadres qui enferment : un métier, une classe sociale, une origine, une idéologie, des croyances, des opinions, des conventions, des idées reçues… Se prendre à rêver d’un monde où nous nous mélangerions pour nous donner ce que nous avons. Quel intérêt de garder pour soi ? “Tout ce que tu ne sais pas donner te possède” écrivait André Gide dans Les nouvelles nourritures. Et ce que l’on donne, personne jamais ne nous le prendra. Une mixité qui permettrait à tous de voir le monde en face. Et au plus grand nombre de connaître enfin la compassion. Ce sentiment qui loin d’être une faiblesse est l’intelligence en acte du fait d’aimer. Un pas possible vers la solidarité. Pour ne plus être les uns pour les autres “d’étranges étrangers”.

Une façon de retrouver la bienveillance, la toute simple gentillesse (quel joli mot, tant galvaudé). Quitter nos habits hypocrites, nos beaux discours déculpabilisants et l’individualisme qui crée des murs si hauts. Rayer l’indifférence et la méfiance.
Cette révolution-là, un grand nombre des films que nous offrons la donne à voir et à espérer.

A la sortie de la salle, sans doute faut-il continuer à garder les yeux ouverts, grands. Nous ne nous bousculerons plus sans nous voir. Nous serons prêts aux rencontres étonnantes. Nous aurons augmenté le réel.

Corine, Le Royal, via magmozaik64200@gmail.com

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