Coups de coeur

Published on avril 7th, 2015 | by MagMozaik

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La virtuosité chorégraphique du Brésil

Magistrale représentation et magnifique troupe que le Grupo Corpo brésilien! Jamais formation n’aura su à ce point incarner son appellation par son animalité, voire sa tribalité, très physique, mais tout en finesse, élégance, souplesse, virtuosité technique et sensualité à fleur d’émotion. Le public du Théâtre Quintaou, très nombreux, ne s’y est pas trompé, qui a réservé à ces superbes danseurs et danseuses, pleins de vie et de tonicité, une fantastique ovation, tant le cinglant soufflet d’énergie reçu a déchainé les enthousiasmes et les vivas! Un extraordinaire spectacle du chorégraphe Paulo Pederneiras proposé ce 7 avril par la Scène Nationale du Sud Aquitain, dont la programmation,riche et de haute qualité, n’en finit pas de nous étonner.

Une signature unique très spéciale 

– Créé en 1975 au Brésil par Paulo Pederneiras, le Groupo Corpo a su très vite imposer un style où le langage du corps occupe une place prépondérante. Un langage qu’il décline vite, au fil de ses oeuvres, en une palette très variée et colorée d’alphabets multiples, dont les alchimies gestuelles et les partitions, nuancées d’émotions ou de sentiments ainsi évoqués avec grâce et précision, composent les phrases complexes qui, mises en strophes, laissent fleurir des poèmes humains aux infinies variations bigarrées aux couleurs envoutantes du Brésil. Deux pièces majeures de son répertoire données ce soir, bien que très différentes dans le propos, laissent filtrer, en filigrane, une signature bien identifiable, à nulle autre pareille.

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Parabelo

– Chacune se décompose en séquences brèves dont  la, ou les musiques originales, mais imprégnées d’accents tribaux amazoniens ou africains et de tempos brésiliens endiablés, ou de langoureuses mélodies de tango argentin, métissé de samba, rythment les corps en multiples émotions. Le minimalisme des costumes participe du message délivré par leurs teintes plus ou moins vives, neutres, contrastées ou métalliques. Il n’existent que pour sublimer les corps des danseurs dont les ondulations, les déstructurations et restructurations saccadées, harmonieuses ou fusionnelles , mais ô combien tracées au cordeau et précises, donnent sens et vibration aux créations et à l’imaginaire du spectateur, embarqué en voyages bien lointains. Pas d’accessoire ni de décor, si ce n’est un rideau translucide,  en fond de scène , qui donne aux danseurs une dimension irréelle, abstraite et fantasmagorique par instant.

– Dernier élément d’identification, les danseurs eux-mêmes! Corps fins, élancés, souples, expressifs et très musclés avec une tonicité incroyable.. Par instant on se serait cru plongé au coeur d'”Orfeu Negro” (en plus rigoureux et minimaliste) tant l’intensité, la transe et la sublimation des émotions explosaient de force, mais en puissance infiniment supérieure, eu égard à la qualité des mouvements! Venons en aux 2 créations présentées, avec entracte, car vous imaginez bien à quel point artistes et spectateurs éberlués ressentaient le besoin de reprendre leur énergie et leur souffle !

L’abstraction de “Triz”

En brésilien, le mot désigne le point culminant avant une catastrophe… dont on ne sait si, ici, elle est naturelle ou humaine! En justaucorps et collants, noirs d’un  côté, et blancs de l’autre, mais pas du même côté pour tous, les danseurs se déstructurent ou fusionnent, selon les sentiments exprimés. Dans les séquences harmonieuses, tous les côtés blancs et noirs sont uniformes, mais à l’inverse, les scènes de troubles font surgir des corps dont les couleurs sont inversées à droite ou à gauche! C’est étonnant, d’autant que les jeux ciselés de lumière accentuent les atmosphères conflictuelles ou plus douces. Une abstraction, voire une épure, d’un parcours des relations entre les êtres humains qui part de l’animalité brute à la mécanisation futuriste, en passant par la sensualité et l’humanité, possibles de nos jours, non sans heurt. Une jolie parabole graphique, comme si un tableau de Mondrian s’animait d’un seul coup pour crier toute l’humanité ou l’inhumanité en devenir de ce monde, en courbes et ondulations des corps, tour à tour déchiquetés ou vibrants de vie. La construction des postures chorégraphiques ajoutent leur touche en élaborant un tableau, ou une sculpture stupéfiante, sous des rais de lumière percutants.

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Parabelo, l’hymne à la vie

La seconde pièce nous transporte dans un autre univers. Explosion de joie et de vitalité, même si le style reste identique quant à la précision technique et la grâce. Les musiques originales de Tom Zé et José Miguel Wisnick déambulent entre danses traditionnelles et modernité en un crescendo de couleurs et une accélération de mouvements jubilatoire. Justaucorps et collants sobres au début, fushia pour les hommes et gris métallique pour les femmes. Mais au fur et à mesure, les corps se dénudent, d’abord couvert de voiles noirs fins qui laissent deviner la couleur puis le jaillissement du jaune, du rose et du rouge, voire du noir tacheté de blanc dont se parent les corps à nu, sublimés en simples tenues qui collent à leur peau et leur insufflent leurs émotions… C’est splendide de maturité et de subtilité. Le rideau se baisse sur une troupe insensée de beauté et d’énergie, dont le sourire illumine cette fin de soirée.

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Vous avez encore un soir pour saisir au vol le Grupo Corpo! n’hésitez pas une seconde!!

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www.scenenationale.fr

Catherine CLERC,magmozaik64200@gmail.com

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One Response to La virtuosité chorégraphique du Brésil

  1. Formidable programmation de la SNBSA qui permet de terminer la saison en beauté !

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