Spectacles vivants

Published on avril 25th, 2016 | by MagMozaik

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La danse en écritures nouvelles

Intelligente et judicieuse idée que celle de proposer un concours de jeunes chorégraphes issus des plus grandes scènes de la danse classique et néoclassique mondiale. Deux pères fondateurs ont ainsi imaginé de se pencher sur le berceau/creuset des jeunes talents en devenir, tous danseurs et danseuses émérites passés tout naturellement à  l’art exigeant de la création de ballets en nouvelles écritures inédites. Thierry Malandain et Charles Jude dirigent chacun deux somptueuses formations d’envergure internationale par l’excellence de leurs créations et de leurs danseurs, le premier à Biarritz, où il développe toute une nébuleuse d’actions d’aide aux jeunes talents, de médiation et de transfrontalité, l’autre  à Bordeaux. Une première édition dont le succès incroyable doit beaucoup à leurs ambitions sans cesse renouvelées avec une exigence de très haute qualité, aux membres du jury qui ont accepté le défi et surtout, à l’exceptionnelle virtuosité très éclectique des concurrents retenus. En finale 6 artistes grandioses qui feront souvent parler d’eux à l’avenir!

Assurer la relève

(Le jury: Hélène Trailine, Ivan Cavallari, Kader Belarbi, Charles Jude et Thierry Malandain)

Un bel aéropage s’est joint aux fondateurs. 3 grands professionnels mus par la même ambition de révéler les meilleurs chorégraphes contemporains de demain. tous ces jurés portent ensemble haut et fort les valeurs essentielles, d’exigence, d’excellence, de discipline et de virtuosité de la danse, conscients de défendre des héritages flamboyants riches de langages pluriels.

Au départ, 3 chorégraphes, chevilles ouvrières du Pôle de Coopération Chorégraphique du Grand Sud Ouest, né en 2012: les deux initiateurs du concours et Kader Belarbi du Ballet du Capitole de Toulouse. Les 3 hommes sont les fers de lance d’une esthétique fondamentale classique, de ses racines profondes à ses formes résolument contemporaines. De leur réflexion sur les évolutions nécessaires du monde de la danse, tant en termes créatif qu’économique, a émergé ce concours aux objectifs nettement identifiés. Avec eux, Hélène Trailine, Directrice du Ballet Théâtre Français de Nancy et Ivan Cavallari, Directeur du Ballet de l’Opéra National du Rhin, constituent le premier jury de cette manifestation.

Premier objectif ? Permettre à de jeunes talents, de formation classique ou néo classique de développer leurs créations, en les accompagnant et leur donnant les moyens de présenter leurs œuvres au public. Second objectif ? Diversifier et renouveler ainsi le répertoire actuel en le nourrissant de nouvelles pièces originales.  Enfin, dernière ambition ? Inciter de jeunes talents en herbe qui n’osaient franchir le pas à se lancer dans l’aventure de la création chorégraphique.

D’octobre à novembre 2015, 6 candidats, entourés de 25 danseurs internationaux, sur 32, ont pris la tête du concours. Jusqu’au 24 avril, date de la finale décisive, chacun a imaginé et préparé une chorégraphie originale à présenter devant le jury. Le Malandain Ballet Biarritz et l’Opéra National de Bordeaux accueilleront les deux lauréats en résidence de création et diffusion pour un mois lors de la saison 2016/2017, le temps de créer une œuvre de 20 mn représentée dans les deux endroits. Sur la saison suivante, l’un des deux deviendra “Artiste associé”. D’autres prix distinguent les finalistes: Un prix du public et un prix des professionnels et journalistes, dotés chacun de 3000 euros, auxquels s’ajoute un prix de la Fondation de la Danse de 1000 euros. Le partenaire Repetto offre en outre à chaque primé du matériel de danse.

Un choix cornélien

Enfin la finale! Au centre de la grande et somptueuse salle de la Gare du Midi, les jurés s’installent. L’espace affiche complet tant le public, amateurs et professionnels confondus, perçoit l’importance de l’enjeu en cette compétition de virtuoses. Car les 6 candidats ne présentent guère des profils de novices. Tous se valorisent d’un parcours de danseurs haut de gamme sans faute! Tous ont fourbi leurs armes dans les plus grands corps de ballet du monde et certains ont déjà franchi le cap de la création depuis quelques années déjà, en compositions novatrices sur des répertoires classiques ou contemporains. L’affrontement sera rude et se jouera sur une plus ou moins grande maîtrise mature  de l’art chorégraphique où l’imagination et la fine sculpture d’univers uniques reposent sur une grande technicité. Tout sera pris en compte, de l’architecture et du mouvement équilibrés ou harmonieux du ballet à la bonne réalisation de chaque construction, sa cohérence avec la musique et le bon choix de lumières, de costumes ou d’investissement de l’espace, entre autres critères que seul le regard aiguisé des jurés évaluera avec justesse, exigence et précision.

C’est dire si le trac, palpable, habite aussi bien les chorégraphes et leurs équipes techniques que leurs danseurs! Car une création c’est un tout harmonieux qui, s’il repose avant tout sur la chorégraphie, se sublime par sa scénographie où interviennent la gestuelle, les musiques, les décors, les lumières, les accessoires et les costumes. Pour avoir été, ou encore être, de fantastiques interprètes, tous les candidats retenus le savent avec une grande acuité émotionnelle!

Les 6 jeunes artistes, 5 hommes et une femme, se situent en des registres très variés et bien différents dans la conception et l’interprétation de leurs créations, souvent subtilement ou carrément influencées par les formations où ils évoluent. Si les techniques sont parfaites, l’audace – mais pas trop!- la contemporaneité et la virtuosité technique feront la différence sans nul doute! 3 d’entre eux pêcheront par trop de classicisme un peu fade, un manque de maturité ou un iconoclasme trop osé (Ricardo Amarante, Vitali Safronkine et Olaf Kollmannsperger)! Pour les 3 autres, en revanche, le choix s’avère cornélien! ( Yvon Demol, Martin Harriague et Xenia Wiest)

Des univers étonnants

( Candidats: Ricardo Amarante, Vitali Safronkine, Olaf Kollmannsperger, Yvon Demol, Xenia Wiest et Martin Harriague)

Le brésilien Ricardo Amarante, soliste au Ballet Royal de Flandre exerce son art en Belgique. Il nous propose une partition certes bien léchée, d’une technicité et d’un romantisme parfaits sur des airs de Piaf et de Brel, mais dont on regrette le manque d’audace à se départir d’un trop grand classicisme. “Love, Fear, Loss” explore toutes les phases de l’amour avec ses élans, ses peurs ou trahisons et ses deuils. Un bon point pour son choix d’une ambiance intimiste avec un simple duo accompagné par une pianiste virtuose. Très esthétique mais un peu fade et convenu finalement.

Vitali Safronkine, formé à la Rudolf Nureyev Ballet School, se produit au Ballet Béjart de Lausanne. Avec “Moving Resonance”, il opte pour un propos abstrait très risqué qui ne convainc pas malgré une composition néo-classique habile. Le message a quelque difficulté à s’imposer dans une chorégraphie déséquilibrée entre temps forts et vides où les danseurs (Une femme en trop sans doute!) comblent seulement l’espace en marchant à travers la scène. Au total, une prestation désordonnée et floue où l’on s’ennuie vite. Le potentiel est néanmoins là qui ne demande qu’à mûrir encore.

Aux antipodes des prestations précédentes, Olaf Kollmannsperger se lance dans une création burlesque, étonnante et détonnante mais par trop iconoclaste. Formé au Real Conservatorio Profesional de Danza de Madrid le jeune soliste du Staatsballett Berlin imagine, avec “The Cooking Show”, ce qui se passe dans la tête d’un chef cuisinier. Mais aussi brillante et jubilatoire sa chorégraphie soit-elle, elle conviendrait davantage à une scène de cabaret ou de music-hall et un public plus apte à savourer son show hilarant, d’autant que les musiques s’y prêtent à merveille, entre Nat King Cole ou le Master Drummers of Africa!

Xenia Weist

Changement de registre avec Yvon Demol de l’Opéra National de Paris. “Oui” exprime, en une chorégraphie subtile, élégante et précise, les relations de soumission et domination entre individus, en l’occurence deux hommes et deux femmes dont les affrontements ou osmoses se forgent en gestuelles contrastées, tantôt rageuses, tantôt lumineuses de grâce. Un propos abstrait parfaitement maîtrisé, serti dans l’écrin de deux musiques qui en cisèlent les émotions: La Grande sarabande pour cordes et basse continue de Haendel et le Trio n°2 en Mi bémol majeur de Schubert. Une magnifique création où les corps épousent,  déclinent, en gestes, les partitions musicales. Un futur Grand à surveiller !

Seule femme au programme, Xenia Wiest a bâti sa carrière en Allemagne. Danseuse au Staastballett Berlin, elle nous offre une chorégraphie époustouflante et superbement maîtrisée de rythmes, de volutes gestuelles très modernes qui, en s’imbriquant, composent de sublimes tableaux post modernes, au son d’ une musique écrite sur mesure par Patrick Soluri. Mouvements en résonance très bien étudiés et scénographiés, imaginaire dense, émotions vives ciselées au rasoir de sa modernité épurée et souvent pudique… Avec “To Be Continued”, la jeune artiste virevolte déjà dans la cour des grands! Son propos – quand quelque chose arrive quelque chose doit partir. Tout doit rester à l’équilibre- passe avec force dans les évolutions de ses danseurs. Magistral et lumineux!

Enfin, le chouchou du public, Martin Harriague, et pour cause! L’enfant du pays a peaufiné ses entrechats entre Bayonne et le Ballet Biarritz Junior de Donostia avant d’intégrer la Kibbutz Contemporary Dance Company en Israël, après un crochet par le Ballet National de Marseille et la Noord Nederlandse Dans aux Pays Bas. “Prince” est l’exemple type d’une création contemporaine décalée et absurde qui sait admirablement doser la virtuosité technique et l’interprétation un brin iconoclaste d’une “Belle au bois dormant” de Tchaïkovski, redoutablement revisitée ! Fil rouge ? Le prince charmant n’est pas aussi charmant que sa légende le laisserait supposer ! Nos rêves d’un admirable et beau jeune homme s’effritent vite en cette chorégraphie où les corps sont gras, les mythes déchus, les héros bien ordinaires!!! Une audace extraordinaire porte ce petit bijou, où la gestuelle novatrice et stupéfiante d’imagination complexe inflige une gifle magistrale à cette pièce ô combien classique du répertoire.

(Photos des votes ci-dessous)

And the winners are....

Vaste brouhaha dans la salle! Les spectateurs se précipitent pour voter. A eux de choisir leur lauréat. Le jury s’éclipse. Il devra récompenser 2 candidats. Enfin, les professionnels et journalistes se pressent autour des urnes, non sans échanger leurs impressions et leurs avis bien tranchés!

Il faudra tout l’immense talent de Thomas Valverde au piano (créateur des “Beaux Jours” et du “Festival Piano Classique de Biarritz”) pour calmer une ambiance survoltée. Ses interprétations magiques de “Rituel”, une de ses oeuvres, et de la “grande Polonaise brillante Op.22” de Chopin captent instantanément le public, stupéfait de tant de luminosité.

Enfin le verdict!! Le jury consacre Xenia Wiest ( création pour le Ballet de l’Opéra National de Bordeaux) et  Martin Harriague ( création pour le Malandain Ballet Biarritz) sous les ovations du public! Ce dernier confirme le choix de Martin Harriague, de même que les professionnels et journalistes. En dernière minute, la Fondation de la Danse récompense Ricardo Amarante.

On suivra avec grand intérêt les parcours futurs de ces petites pépites!

Pour en savoir davantage: www.concours-de-jeunes-choregraphes.com et www.malandainballet.com

Crédits photos Olivier Houeix

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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