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Published on juillet 15th, 2016 | by MagMozaik

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La danse dans tous ses états!

Par la diversité des compagnies invitées, la pertinence des thèmes abordés et la riche palette de styles proposée, Le Temps d’Aimer la Danse offre, chaque année, un large panorama éclectique de l’éventail, complexe et polyphonique, composé, en partitions multicolores, par la danse contemporaine, et explore le creuset étonnant, sans cesse renouvelé, des talents de demain, en d’infinies élégances. Une douceur de septembre où le corps s’invente, en langages inédits, de nouvelles grammaires, conjuguées en syntaxes subtiles que signent les créateurs et danseurs. Pour sa 26ème édition, 26 troupes chorégraphient Biarritz en rythmes flamboyants et gestuelles raffinées, chargées de toutes les émotions les plus intenses, sous l’égide de Biarritz Culture et de Thierry Malandain. Du 9 au 18 septembre toute la ville vibrera à l’unisson d’un foisonnement tumultueux de spectacles, du classique à l’expérimental, en intérieur et extérieur, d’une éclosion d’ateliers ou stages,  d’une floraison éclatante et créative d’expositions et d’une belle brochette de films documentaires, sans oublier le traditionnel exercice ludique de la gigabarre! Prêts à faire danser Biarritz?

Une vitrine-kaléidoscope

Par son positionnement même d’exploration, chaque édition suscite son lot de détracteurs ou défenseurs résolus dont certains spectacles font se frotter, s’affronter, les appréciations ou jugements péremptoires. Mais quelle fabuleuse vitrine que ce festival dont la vocation est, justement d’éveiller, d’aiguiser voire de ciseler et d’orienter les regards vers des champs créatifs hors normes par les thématiques souvent revisitées en des styles dont certains dénoncent l’iconoclasme! Susciter la polémique, surprendre et guider vers des explorations inédites sont pourtant au fondement même du succès du Temps d’Aimer la Danse qui propulse sur scène les talents virtuoses des tendances établies ou émergentes. Nous imaginons d’avance les réactions de certains publics face aux trois spectacles où le Hip Hop révolutionne, avec grâce, bonheur, énergie épurée et imagination les codes de la danse contemporaine. Et pour quelques têtes d’affiches attractives et ballets prestigieux, combien de troupes talentueuses trouvent ici un tremplin d’essor ou une caisse de résonance inestimable? Voilà ce qui fait de ce Festival inégalé un outil unique et précieux, très largement plebiscité!

Des thématiques structurantes

Le festival s’articule autour de grands thèmes, traités de divers manières, qui permettent au public de cerner ses choix et envies même s’ils ne sont pas exempts de surprises! Des accroches éclectiques largement ouvertes à toutes les signatures chorégraphiques, classiques ou expérimentales, et à toutes les problématiques de nos sociétés contemporaines posées en grammaires corporelles explicites, voire souvent surprenantes!

Comment le danseur ou la danseuse se pensent-ils comme individus uniques au coeur d’un Corps de ballet? Telle est la question que pose le “Danser ensemble”! 4 grandes compagnies s’interrogent sur le sens d’évolutions collectives où les talents multiples se conjuguent en poésies corporelles mises au service d’histoires racontées en partitions musicales et gestuelles. L’occasion d’accueillir des troupes aux spectres larges, de l’électro-choc sensoriel et émotionnel de l’Hofesh Shechter Compagny en ouverture, qui se décline  en variations plurielles, du duo au quintet, au Ballet de l’Opéra du Rhin, pour une somptueuse reprise de “La Création” de Uwe Scholtz sur une musique de Haydn, en passant par la surprenante création du CNN La Rochelle/ Cie Accrorap, avec un Kader Attou qui cisèle un hip hop ébouriffant où chaque interprète apporte sa touche à une dentelle chorégraphique commune, sans oublier le Ballet National de Marseille qui nous propose une réflexion plus épurée sur la place de l’individu dans un corps de ballet.

Second thème abordé? Le fantastique, traité sur le fil sensible des représentations de la mort ou des mythes de sorcellerie qui trouveront, sans nul doute ici, un bel écho. De la critique sociale, dans la petite cruauté du quotidien, avec “Les Forains” qui débarquent pour donner du rêve à des passants qui ne les gratifient d’aucun centime… Une œuvre de Roland Petit, pour la première fois enfin autorisée par les héritiers, mais revisitée en mode hip hop “freak” d’une technicité délicate et virtuose, par la Cie Révolution et Anthony Egéa pour l’Opéra de Limoges, “Nouvelle Aquitaine ” oblige! Une création audacieuse qu’il nous tarde de découvrir. Et puis quelques voyages au delà des limbes, en des évocations pertinentes de la mort et de son après. Aurélien Richard et la Cie Liminal proposent une vision ironique des danses macabres, ces trompe-la-mort qui raillent les peurs universelles. Une interprétation qui bouscule celle de Camille Saint-Saëns, plus conforme aux raisons d’être de ces danses médiévales scandées pour conjurer la peste. Autre univers, plus “burtonien”, avec Les Ombres Blanches de la Cie Pernette qui convoque de manière humoristique ces spectres étranges et fantomatiques. Et puis, petite virée au coeur de notre mythologie basque grâce à “Sors” de la Cie Pedro Pauwels qui revisite, en compositions différentes de quelques chorégraphes, la célèbre Danse de la Sorcière créée en 1914 par Mary Wygman. Nous ne saurions oublier notre petit “chouchou”, Fabio Lopez dont la toute jeune Cie Illicite nous propose, en avant-première pour le Festival, une lecture vivifiante de “Poil de Carotte”.

D’autres compagnies s’interrogent sur l’interaction danse-société, la création chorégraphique se posant en miroir du monde dans lequel nous vivons avec ses rébellions, ses brutalités, ses absurdités sociales ou humaines. Andrea Bescond nous confronte d’emblée au lourd et délicat problème de la pédophilie, à travers “Les chatouilles ou la danse de la colère”. En paroles et danses, crues et cinglantes elle exorcise ainsi son expérience personnelle. Détour vers les townships d’Alberta en Afrique du Sud avec une reprise puissante des danses emblématiques qui ponctuaient les manifestations anti-apartheid. “Toyi Toyi”, de la Cie bordelaise Hors Série, met en scène 3 danseurs sud-africains aguerris aux danses hip hop de protestation conçues comme des cris irrépressibles, et un danseur bordelais. La question des rapports au pouvoir nous vient d'”Assassins”, créé par Samuel Mathieu après un travail de résidences en des lieux où vivent des peuples opprimés. Cet ancrage au coeur de nos réalités de violences et de mensonges marque aussi les 2 lauréats du concours de jeunes chorégraphes (Re)Connaissance dont le Colisée accueillera les propositions. “La Colline” de la Cie israélienne Roy Assaf et “Tschägg” de la suisse Lucie Eidenbenz. Une danse citoyenne et engagée en paraboles gestuelles fortes? De belles polémiques en perspective sur le sens et la fonction de l’art chorégraphique au coeur de nos quotidiens!

Thème également porteur de possibles polémiques: le poids de la virilité et le sens de la masculinité dans les conceptions chorégraphiques. Un sujet d’inspiration aux fines frontières entre hommes et femmes, oo part de masculinité et de féminité présente en chaque être, chaque danseur ou danseuse…Un propos abordé par Davy Brun et l’Ando Danse Cie à travers “Combat”, âpre pièce pour quatre hommes en quatre volets inspirés de la vie de Cervantès: la nudité, la masculinité, le corset, comme symbole de rigueur sociale et militaire, et la musique, comme vecteur de liberté. La Cie Inbilico et Luigia Riva se centrent davantage, avec “Innesti” sur les points ténus de ruptures hommes femmes en transformations corporelles  ou greffes étonnantes signifiant l’appartenance sexuelle! Et si on ne naissait pas homme mais on le devenait? Tel est le parti pris de cette chorégraphie étonnante! Enfin, entre danse et cabaret, “Poyo Rojo” du Teatro Fisico argentin risque fort d’indigner les puristes! Mais si la forme est iconoclaste, les deux artistes n’en sont pas moins d’excellents virtuoses. Deux hommes, dans un vestiaire sportif, s’affrontent et se séduisent en un ballet où s’entrecroisent violence, humour et tendresse exquise… La suite? A vous d’oser la parcourir!

Les rendez-vous incontournables

Le Festival  reflète certes les diversités artistiques d’aujourd’hui mais aussi bien des réalités économiques. Son budget, dérisoire au regard du large éventail des compagnies invités en termes de styles variés ou de qualités incontestables, se doit néanmoins d’intégrer des stars qui mobiliseront un large public.

Cette édition ne déroge pas à la règle avec le duo mythique Nicolas Le Riche-Clairemarie Osta en une évocation audacieuse très contemporaine de leur vie de couple … 8 enfants inclus! La diva flamenca Eva Yerbabuena nous entrainera en d’autres univers passionnés et d’une technicité époustouflante à fleur d’émotion. Enfin, protégée fétiche du Biarritz Malandain Ballet, la Dantzaz Konpainia nous sertit un nouveau joyau, “Aureo”, où cinq chorégraphes, basques, français, hollandais ou tchèques, hommes ou femmes, sont invités à sculpter les cinq sens (Jone San Martin, Christine Hassid, Judith Argomaniz, Lukas Timulak et Itzik Galili).

Par tradition, le Festival ouvre ses portes à des spectacles en extérieur sur l’Esplanade du Phare, le Parvis du casino, la Place Bellevue et les Halles. Au programme cette année: “Container” d’Africa Manso Asensio et Damiano Bigi (Cie Manso’o’Bigi), “herrikoa” de Zalena Zarelako, bal de fandangos et jotas de multiples provinces et pays à l’heure des années 50, “Alter Ego” duo tout en jeu de jambes de Kepa Aguirre et Zam Ebalé, entre Afrique et Pays Basque, ” Trip” composition au bout des doigts de Judith Argomaniz (lasala) et “Point de Vue sur Coin de Rue” de la Cie Manifeste. Des Créations courtes de 15 à 20 mn auxquelles s’ajoutent les incontournables répétitions publiques en plein air au Jardin Public (Yerbabuena, Anthony Egéa, Kader Attou, Dantzaz Konpainia, Davy Brun et Pedro Pauwels).

Outre de multiples rencontres avec des talents en herbe pleins de spontaneïté et de fraicheur,  les 2 stages au Studio de la Gare du Midi dirigés par la Hifesh Shechter Company et le duo Nicolas Le Riche/ Clairemarie Osta, la désormais célèbre Gigabarre de la Grand Plage avec Richard Coudray et Nicolas Le Riche et une Master Class de l’ESA des Rocailles, la danse fait son cinéma au Royal et à la Médiathèque en cinq documentaires qui portent leur regard sur différents aspects de cet art (“Comme ils respirent” de Claire Patronik, “L’homme qui danse” de Valérie Urréa, “Hip Hop BGirls” de Nadja Harek, “Passeurs de danse” de Jean-Louis Sonzogni et “Ballet” de Frédérick Wiseman.

Mais surtout, deux événements artistiques à ne manquer sous aucun prétexte! L’installation 3D de la danseuse Billy Cowie au Département Image de la Médiathèque sur des textes de Robert Desnos et la très sensible exposition photo, “Danse, l’absolu délicat”, de Polina Jourdain-Kobycheva à la Crypte Sainte Eugénie, qui saisit à fleur de peau les instants fragiles de grâces incarnées.

Nous reviendons, bien sûr, sur la plupart de ces événements majeurs en septembre. Pour davantage d’infos sur la programmation, les dates, horaires et formules tarifaires: www.letempsdaimer.com et www.biarritz.fr. En dehors des points de vente régulier, une billetterie est également en place par téléphone cette année au 05 59 22 37 87.

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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