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Published on novembre 11th, 2017 | by MagMozaik

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La caricature, cette arme de subversion!

A l’heure où l’on parle, ici et là, d’armes de destruction massive, il me souvient d’un temps de mes études où, sous la bienveillante et passionnante houlette de François Furet et Pierre Bourdieu, j’analysais une autre forme, non moins dévastatrice et cependant très hilarante, d’outil de dévastation, à savoir la caricature!! Oui vous savez , ces petits dessins qui déclenchent aujourd’hui l’ire de bien de bien des extrémistes islamistes. A l’époque les fusils d’assaut n’existaient guère pour pourfendre ces plumes libres qui fustigeaient ce roi incongru de la Révolution, Napoléon, suivant l’exemple de caricaturistes anglais époustouflants, comme ce fut le cas à Charlie Hebdo. Non! La Bastille étant éradiquée du plan de Paris, on préférait les fossés de Vincennes, ni vu ni connu, volant ainsi la vedette au fameux Duc d’Enghien, bien que la chose fût rare, allant même jusqu’à accepter que le jour du sacre les colporteurs diffusassent des pistaches et des caricatures intitulées « Pie se tache », en référence au pape de l’époque. La chose était plus subtile sous les traits que redoutait Napoléon car il avait compris à quel point ces oeuvres pouvaient détruire son pouvoir, lui qui avait confondu les deux corps du roi, celui institutionnel qui perdure toujours, quel que soit la personne investie d’un tel rôle,  et celui physique de l’homme à abattre.  Pour l’avoir côtoyée longtemps lors de mes recherches, j’ai pu aussi entrevoir la puissance acquise par cette forme de dérision subversive propre à démonter n’importe qui, en France bien sûr mais aussi en Angleterre où fleurissaient de petits bijoux sous la signature d’un Cruikshank dont on retiendra l’incroyable scène du sacre de nabot Léon, reprise récemment par un journal anglais pour l’intronisation de notre président ! Etonnant, non, ce télescopage d’époques ? .  On se souvient bien sûr de la poire Louis Philippe par la suite et de bien des dessins outranciers dignes d’un Balzac dénonçant les parvenus, les affairistes ou les politiques corrompus. Et sans chercher plus loin dans le temps, on se rappelle de ces images immondes de l’occupation nazie représentant les juifs sous des traits inacceptables.

Aujourd’hui, l’art de la caricature, car c’en est un sans conteste, frappe tous azimuts pour nous réveiller par l’ironie, parfois cruelle et incisive. De Plantu à feu Cabu, ils sont nombreux à être passés par la case Charlie ou la BD, ce 8ème art corrosif à souhait! Et par un curieux paradoxe, ceux qui se targuent aujourd’hui de défendre la liberté de l’information, n’acceptent guère qu’on applique à leur encontre ces satanés dessins qui mettent le doigt ou plutôt la plume là où ça fait mal. En ce 8 novembre Charlie Hebdo épingle celui que l’on n’attendait pas en ses colonnes: Edwy Plenel, fondateur de Mediapart et preux chevalier du royaume de la scandalie avérée. Sauf qu’au royaume justement des borgnes, le sire en question s’est fait aveugle, affirmant n’avoir rien su des attentas de Molembeek ! Alors sa moustache si célèbre lui joue quelques tours pendables: Je n’ai rien dit, rien vu, rien entendu quand en son temps Arias avait tout lu, tout vu et tout entendu. Cher la Bruyère, comme vous vous seriez délecté à vous moquer d’un tel homme qui se veut le chantre de la vérité absolue ! Bon, vous me direz, un brin d’humour ne nuit en rien à la pluralité des opinions. Mais que nenni ! Notre Saint Just moderne, piqué au vif de sa sainte moustache, n’a guère apprécié l’atteinte à sa pilosité de bon aloi qui au passage a avalé les mots qui auraient dû sortir de sa bouche en temps voulu ! Il est des amnésies commodes qu’il n’est pas toujours bon de rappeler. Mais lorsque l’on se fait le héraut proclamé de la libre parole mieux vaut éviter certains couacs dont notre Canard déchainé aurait pu s’emparer goulûment .Alors,  certes notre chère Marquise de Vérité nous rappelle régulièrement à l’ordre avec bonhommie et ce soupçon d’acidité sucrée qui lui sied tant mais dans la masse plus ou moins bonne de ces dessins existent encore de petites pépites assassines qui font ensuite suinter les plumes des auteurs de sang. Et si au nom de la liberté d’expression et de penser, cette liberté si chère à notre pays et inscrite sur nos frontons nous imaginions de créer un comité actif de défense de la caricature ? Bon! D’accord! Je vais donc apprendre à raser les murs …

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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