Coups de coeur

Published on avril 18th, 2015 | by MagMozaik

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Jose Antonio Sistiaga, l’abstraction en portées musicales

Le Didam, nouvel espace phare de culture sur la rive droite de l’Adour était inauguré hier soir, en présence du maire de Bayonne, de ses adjoints à la culture et au patrimoine et de l’immense artiste basque Jose Antonio Sistiaga qui propose, à l’occasion des Ethiopiques, une belle rétrospective de ses oeuvres monumentales. Nous avons rencontré cet homme tout en pudeur, en force, mémoire de résistances somptueuses et précurseur d’une belle lignée d’artistes.

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Jose Antonio Sistiaga, Jean René Etchegaray et Yves Ugalde



Un monde fou!

– Quelle foule en cette soirée de printemps pour un événement majeur dans la vie culturelle de Bayonne! Sans doute trop pour tenter le périlleux exercice d’une visite guidée, au demeurant fort experte, de Jean- François Larralde, ancien conservateur du Musée de Guéthary et commissaire de l’exposition. Mais un lieu pur Art Déco magnifiquement restauré, avec un hommage appuyé, à juste titre, de Yves Ugalde, aux frères Gomez qui firent tant, dans les années 30, pour le patrimoine architectural de la ville et de ses environs. Il semblait juste de rappeler quelques pans essentiels de mémoire qui s’inscrivent au coeur des devenirs artistiques et urbains de la ville. Tout le gotha de Bayonne et de l’agglomération se pressait autour des gigantesques toiles de Sistiaga, si humble face à ce raz de marée humain. Les artistes aussi, venus nombreux, tenaient à saluer celui qui fonda le courant Gaur dans les années 60 en Espagne, en pleine période de négation culturelle franquiste.Ils appréciaient ou non le style mais l’essentiel restait de rendre hommage à cet immense peintre et cinéaste de l’abstraction, fortement influencé par Kandinsky, et son parcours de résistance pour la liberté de son père en cette période naguère sombre et douloureuse.

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– Un ruban prestement coupé, quelques commentaires avisés sur l’architecture du lieu et son histoire, et nous voilà enfin dans la place pour découvrir des oeuvres magistrales dont les inspirations, lourdes de sens, vont de Ravel aux étoiles en passant par le livre des morts de l’Egypte antique! De quoi nous séduire tant ces oeuvres nous plongent dans une respiration musicale, sur une portée dont les notes se feraient mouvements et couleurs projetés sur les toiles. Une épure de sonorités assourdissantes de silence que vient ponctuer, avec grâce et rugosité en même temps le chant basque de Bernard Achiary, accompagné de 3 jeunes femmes surgies de la foule. Moments et émotions fortes, en écho aux vibrations picturales… Puis la rencontre…

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Jose Antonio Sistiaga

Du jour…de la nuit

Tel est le titre donné à l’exposition de Jose Antonio Sistiaga, natif de Saint Sébastien. Il nous raconte son parcours, ses engagements, ses ancrages et choix artistiques dans l’instantané, le direct et la spontanéité de création. Un art du mouvement exigeant qui ne saurait se développer que sur grands formats et autres supports plus visuels. Après des études à Paris, en 1965 il crée, avec l’aide de Oteiza, Chillida et Basterretxea un mouvement d’art abstrait installé au teatro Victoria Eugenia. Sa technique impulsive des projections est indissociable de son expérience cinématographique, puisque, parallèlement, il peint et grave en direct sur pellicules en 70mmX3 pour un résultat étonnant de quelques minutes salué en 68, comme oeuvre avant-gardiste.  Henri Langlois lui conseillera alors de ne jamais mettre de musique sur ses oeuvres qui sont à elles seules des partitions musicales. Superbe description que nous ressentons aussi pleinement.

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Jean rené Etchegaray, Jose Antonio Sistiaga, Bernard Achiary et Jean François Larralde

– La musique? Elles s’inscrit au coeur de sa démarche sur des portées picturales qui insufflent le mouvement en ses tableaux sur des tempos que lui seul connait. Sa jeunesse fut imbibée de sonorités subtiles, ancrées dans l’âme de l’identité basque. Pablo de Sarasate envahissait, par ses notes impétueuses, la maison familiale. Mais peu doué, selon lui, il n’embrassa pas la carrière de virtuose. Ses enfants répareront par la suite cette vocation manquée en devenant, pour l’une pianiste, et pour l’autre organiste. Aujourd’hui il ne peut peindre qu’en silence tant son art s’imprègne de sonorités transposées en touches colorées.

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Une belle personne à découvrir en symphonie de ses tableaux.

A noter les futures expositions du DIDAM: 12 au 14 juin, exposition photos du nouveau festival Culture sport, suivie du 3 au 12 juillet de “Sans titre 1”, exposition d’art contemporain organisée par l’association ARCAD. Nous en reparlerons!

www.bayonne.fr

Catherine CLERC,magmozaik.com64200@gmail.com

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