Coups de coeur

Published on novembre 18th, 2016 | by MagMozaik

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Jeux d’ombres et de lumières

Comment saisir et restituer toute la densité, le dynamisme et la somptuosité de la culture basque qui constamment, par nature même, se met en scène en chorales, pastorales, carnavals, cavalcades où l’identité de chacun disparaît derrière les multiples rôles festifs et emblématiques avec force masques, coiffes et costumes chamarrés, où les bertsulari composent, improvisent, où la richesse des traditions légendes et réinterprétations contemporaines foisonnent, où la mémoire des voyages et meurtrissures restent ancrées dans une histoire, des histoires identitaires, de conquêtes ou de combats ?

Pour un photographe? Un vrai défi magnifiquement relevé en jeux subtils d’ombres et lumières et fines mises en scène très élaborées par Charles Fréger, artiste, fasciné par les cultures communautaires du monde entier. Du 18 novembre 2016 au 5 février 2017, il propose 70 photos inédites d’envoutantes silhouettes noires et blanches, incarnations des héros de la geste basque. Accueillie par le Musée basque et de l’histoire de Bayonne , cette exposition résulte d’un long travail de résidence et de parcours à travers le territoire basque, du nord au sud, en compagnie de la Coop Bidart au printemps et à l’été 2016. La présentation d’objets historiques et de textes signés  Martine Sadion et Marie Darrieussecq complètent cet étonnant enchaînement de photographies. Itinérante par définition, l’exposition se posera à Colmar dès mars 2017 et à Gernika-Lumo à l’occasion de ce 80ème triste anniversaire de Gernika.

Une résidence inspirée

Née voilà 3 ans, la Coop, installée à la “Communale” de Bidart – lieu hélas voué à la disparition fin décembre – mène, avec efficacité et intelligence, des actions de promotion des artistes locaux qu’elle souhaite voir évoluer au coeur de notre territoire. Des initiatives que doublent tous les 18 mois environ un dispositif de résidence, d’accompagnement et d’expositions d’un grand artiste, étranger à la région, invité à porter son regard sur Pays Basque. C’est ainsi que Charles Fréger, très inspiré par les “ représentations des représentations basques “, a imaginé sa ” Suite basque “  en cinq éblouissants volets minutieusement scénarisés selon des approches et techniques poétiques, saisissantes, sculptées sur le fil d’une culture riche en mythes, légendes mais aussi tourments historiques dont les plaies cicatrisent difficilement.  A cette volonté d’illustrer l’aspect théâtral ou dramatique des thèmes qu’il a choisi de revisiter correspond le parti pris de jouer avec les ombres et silhouette de personnages (ses modèles bien réels) pris en contre-jour sur des arrières plans très étudiés en multiples textures, des drapés au papier, imprimant sur ces véritables tableaux  d’infinies nuances ombrées entre le blanc éclatant et le noir franc. Résultat? D’étranges personnages fantasmagoriques et fantasques, quasi évanescents parfois, surgissent en des décors intérieurs ou naturels en extérieur. Des volets qui s’associent chacun à des textes et objets dont la présence illustre, renforce, le propos et la démarche de l’artiste. 

Balade au coeur d’une culture de fiertés

“La Porte du Milieu” nous entraine dans le monde de la pastorale peuplé de personnages à haute valeur symbolique de ce dont se compose le substrat social et culturel basque. Parti d’images des années 20 et 30, le photographe nous propose une vision aux fortes références cinématographiques de l’expressionnisme allemand de cette époque. Une vision où hommes et femmes contrastent sur des fonds de drapés qui dessinent à leur tour des ombres chinoises subtiles, aériennes et savamment chorégraphiées. Images filigranées où l’on reconnaît au hasard quelques bribes de la récente pastorale de Bayonne. Somptueux contours de face, de dos ou de profil, mêlant classes sociales et figures de la culture basque, tel cet homme cheval souletin.

“Exiliados” aborde un sujet plus douloureux récemment évoqué à travers le mouvement Eresoinka par Dantzaz Konpainia. Inspiré par d’innombrables photographies d’époque, s’attache à saisir, en images poignantes, le vaste mouvement d’exil de 1939 qui amena ici cette pauvre et miséreuse armée d’hommes, de femmes et d’enfants déracinés, n’emportant, sous leurs couvertures de la Croix Rouge, que de fragiles et précieux témoignages de vies entières anéanties: poupées, cages d’oiseaux vides, valises abimées, baluchons sommaires, à travers les passages de montagnes. Des contre jours vibrant inscrits en quelques hauteurs et pâturages …

Puis en contrepoint de cet exode dramatique, vient le souvenir effroyable, la blessure à jamais béante, de Gernika, immonde éradication d’une ville et de sa population dont Picasso stigmatisera la violence absurde dans son magnifique chef d’oeuvre ” Gernica ” . En reprenant quelques symboles forts, telle la maison en flamme ou la lampe, le photographe reconstitue sa propre version déchirante et déchirée de cet épisode sanglant par un travail en négatif des personnages qui, pour le coup, se gravent en des blancs intenses, tel des fantômes douloureux dans les débris de la ville martyr. Une claque magistrale d’intensité et de fulgurance qu’illustre le texte très sensible de Marie Darrieussecq. Un polyptyque réalisé au théâtre de Gernika dont la cruauté incisive trouve un écho dans le volet suivant de silhouettes découpées ” Irrudi “ 10 visages de profil, noirs sur fond blanc qui confrontent victimes aux expressions de terreur et bourreaux.

Autre temps, autre ambiance pour une autre forme de persécution avec  “Sorginak “, profils de sorcières aux coiffes hallucinantes sur fond de papier, dont la démesure traduit bien ces personnages basques hors normes! Un thème inspiré d’un ouvrage de Pierre de Lancre, funeste monstre envoyé par Henri IV pour nettoyer le Pays Basque de ses sorcières. Une autre forme de massacre dont d’autres objects historiques disent assez l’horreur.

Une fabuleuse immersion dans notre culture et notre histoire à vivre de toute urgence!

Pour toutes infos, www.coop-bidart.com, www.charlesfreger.com, et www.musee-basque.fr

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

Photos Mathieu CLERC

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