Donostia 2016

Published on juin 11th, 2016 | by MagMozaik

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Jean-François Larralde: Homme-orchestre de l’art!

Magmozaïk aime porter un regard, toujours curieux, souvent fasciné, sur celles et ceux qui consacrent leur vie à l’Art avec un grand « A ». Aujourd’hui, un homme au regard bleu acier, étincelant, profond et plein de malice nous a ouvert un univers de passion, dominé par la recherche du beau.

Un itinéraire dense et riche de sens

Homme-orchestre, Jean-François Larralde – originaire de Saint-Jean de Luz – est un véritable tourbillon : historien de l’art, professeur, conservateur de musée, conférencier, commissaire d’expositions, fondateur de plusieurs associations culturelles, auteur de nombreux articles concernant l’art moderne et contemporain …

Quel chemin parcouru depuis ses études littéraires, artistiques et linguistiques à Bordeaux ! D’abord étudiant, il devient enseignant dans cette même ville tout en commençant à réaliser de premières expositions, essentiellement dédiées à de jeunes artistes bordelais et basques. Il est ensuite nommé à Salamanque, puis aux universités de Madrid et de Bilbao. Dès les années 1980, à Madrid, il introduit une dimension musicale dans les expositions qu’il organise, sous forme de concerts liés aux artistes exposés.

Ancré dans le temps présent, il rencontre les peintres et sculpteurs représentatifs de la jeune création de la région (Mendiburu, Bergara, Ortiz et San Martin) tissant très tôt des liens d’amitié durable, et rédige de nombreux textes sur ces créateurs contemporains, participant ainsi à leur reconnaissance par le public.

Jean-François Larralde possède une écriture nette, concise, et synthétique. Parmi les catalogues d’exposition qui lui sont dus, on peut citer ceux consacrés à Jorge Oteiza (Ed. Atlantica, 2007), José Antonio Sistiaga, Zigor, ou Jesus Echevarria. Auxquels il faut ajouter ses livres : “Picasso à Biarritz été 1918″ , Editions Lavielle , 1995 et un ouvrage sur les impressionnistes aux Editions Arteaz.

Une influence incontestable

Son influence dans le domaine de l’art contemporain au Pays basque est reconnue depuis de nombreuses années. Parmi ses nombreuses entreprises, il faut citer tout d’abord son rôle fondamental en tant que membre fondateur des amis du Musée de Guéthary, musée dont il devint ensuite le conservateur jusqu’en 2005. Durant quinze ans, il eut à cœur de faire connaître les artistes contemporains du Pays Basque, ainsi que l’avant-garde des années 1950/1960 appartenant au groupe GAUR (Chilida, Jorge Oteiza, Mendiburu présentés en 2001, 2002 et 2003) et au groupe ORAIN (José Echeverria, Juan Mieg, Ortiz de Elgea exposés en 2003). Il organise également une exposition consacrée à Hans Arp en 1993, partagée avec le centre d’art contemporain de Mont-de-Marsan, puis présente des œuvres de Georges Braque l’année suivante.

Un hommage à Joseph Beuys (artiste allemand 1921-1986) est rendu par ses amis et une trentaine d’artistes qui lui dédient des gravures originales. En 1998, le public de plus en plus nombreux vient admirer les œuvres d’Oteiza, de Matta, de Bourdelle, de Mayol, de Goya (des estampes). En 20 ans, plusieurs centaines d’artistes ont ainsi été mis en valeur.

Jean-François Larralde, grâce à sa persévérance, a permis au musée de Guéthary d’obtenir le label « Musée de France » sur décision du Ministre de la Culture, preuve irréfutable de la valeur du travail effectué bénévolement durant toutes ces années. Au sein de l’association, Danielle Hirtz a repris le flambeau après son départ.

A Ostabat en Basse-Navarre, le centre culturel Haise Berri le contacte pour développer son secteur des arts plastiques. Alors, toujours bénévolement, Jean-François Larralde  organise plusieurs manifestations dont une exposition de Jorge Oteiza.

C’est le point de départ  d’un festival créé avec Beñat et Maïté Achiary il y a une vingtaine d’années à Itxassou. Cet événement, “Errobiko Festibala”, se déroulera cette année du 21 au 23 juillet prochain. Christine Etchevers, peintre aux couleurs foisonnantes, fera partie des nombreux participants de cette manifestation. Le temps fort aura lieu le 21 juillet, chaque plasticien invité ayant ce jour là, durant une heure, l’opportunité de parler de son travail : occasion rare pour le public de communiquer avec ces créateurs et de partager leur expérience du festival.

Avec Beñat et Maïté Achiary,  Jean-François Larralde crée en 2008  l’association Ezkandrai basée à Bayonne et fonde ” Les Ethiopiques “. La 8ème édition s’est déroulée début avril. Ce fut encore une belle réussite avec l’exposition de Manuel Haramboure qui présentait une série de magnifiques portraits. Monique Brot, quant à elle, avait accroché ses tableaux à bord de la péniche « Djebelle ».

Simultanément, Jean-François Larralde montait des expositions à Bilbao, à Saint Sébastien, et, en 2000, dans une usine désaffectée de Getaria ! Sur les 4 étages du bâtiment, des artistes de l’ensemble du Pays Basque avaient été invités à présenter leurs travaux. La qualité et l’originalité de cette exposition lui valut un très fort retentissement.

Tout ce bouillonnement d’activités inclut encore la participation en tant que commissaire à d’autres manifestations : “Jorge Oteiza” dans la Crypte de l’église Sainte Eugénie de Biarritz, “Les maîtres de l’art belge” du Musée d’Ixelles au Casino Bellevue, les expositions d’été à Saint-Jean de Luz dont celle magnifique consacrée à ” L’Art contemporain basque ” en 2011, ainsi qu’un cycle de conférences sur l’histoire de l’art au musée Maurice Ravel et au cinéma le Select. Sans oublier une exposition à Caracas ! A ne plus savoir où donner des yeux !

Il faut aussi citer l’association ” Ilargi Taldea “, créée en 1992 et basée à Saint-Jean de Luz, qui organise des ateliers d’arts plastiques pour les enfants et les adultes et bien sûr des expositions comme celle de Zoé Bray, peintre figurative.

Jean-François Larralde trouve encore le temps – depuis 2003 – de proposer des cours d’histoire de l’art à l’Université du Temps Libre de Biarritz (UTLB), où chacun et chacune s’empressent d’arriver à l’heure pour trouver une place assise. Enfin, pour compléter cet impressionnant tableau, il faut ajouter ses ” ciné-débats  hors les murs “, en partenariat avec le cinéma Le Royal de Biarritz.

Voici présentée une petite partie des activités de cet insatiable homme- orchestre. Il reste encore à présenter son travail en cours de réalisation, tout aussi impressionnant.

L'exposition phare d'Arnaga

Dans le cadre de ” San Sébastian, capitale européenne de la culture en 2016 “, Jean-François Larralde finalise une magnifique exposition à Cambo, dans le domaine Arnaga, du 17 juin au 2 octobre 2016Trois artistes-phares de l’art contemporain au Pays Basque y seront présents :

  • le sculpteur Iñigo Arregi  installera 25 sculptures monumentales en acier dans les jardins du domaine. Masses pleines d’élégance où le vide est incorporé dans un espace en trois dimensions.
  • Trois bronzes du sculpteur Jesus Echevarria (1916-2009) complèteront l’installation extérieure. D’autres sculptures sur bois de cet artiste, figuratives et abstraites, seront présentées à la maison Assantza de Cambo.
  • José Antonio Sistiaga, peintre de la gestuelle, des sensations et de la matière proposera un ensemble de tableaux dans la maison même d’Arnaga et dans l’orangerie. A voir surtout d’incroyables films peints directement sur la pellicule, comme des éclats de lumière, présentés dans les écuries du domaine transformées pour l’occasion en salle de projection. Comme l’a écrit fort justement Lucie Maramont, ” Sistiaga ne peint pas, il projette “.

A cette occasion, le domaine d’Edmond Rostand accueillera également, dans le grand hall d’Arnaga, des conférences et des rencontres avec José Antonio  Sistiaga  (animée par Jean-Michel Bouhours – Conservateur du musée national d’art moderne du Centre Pompidou – et Jean-François Larralde) et Inigo Arregi (animée par Jean-François Larralde).

Un jardin secret

Au cours de toutes ces années, Jean-François Larralde s’est constitué une magnifique collection d’œuvres d’art – tableaux, sculptures, gravures, photos, meubles ou céramiques – achetées, soit directement dans les ateliers des artistes qu’il côtoyait, soit dans des galeries d’art, et les a installées dans sa maison de Saint-Jean de Luz. Ces œuvres, de styles très variés, ne sont pas destinées à être exposées ensemble,  mais il lui arrive d’en prêter certaines lorsqu’il estime qu’elles peuvent contribuer à une meilleure connaissance d’un artiste particulier.

Malgré son peu de temps libre, Jean-François Larralde, calme et souriant, est toujours disponible pour ses amis. Il se définit lui-même comme un ” contemplatif “. Il aime avant tout le ” vivant “, celui qui se renouvelle, et le beau, celui qui est en adéquation avec ce que l’on  vit. Il aime les formes, les couleurs et le vide qui participe à la création. Il est sensible au dialogue qui se crée avec une œuvre, comme ” un aller-retour entre une œuvre et le regardeur que je suis,  œuvre qui élargit ma vision du monde et qui répond à mes attentes dans le domaine de l’esthétique “. Et il ajoute ” L’art a aussi une dimension sociale, pédagogique, à travers les cours diffusés, et politique (sur la ville par exemple) “.

L’art est un domaine sans limites. Il y a toujours à découvrir et Jean-François Larralde n’a pas achevé ses recherches, pour notre plus grand bonheur.

Note de la Rédaction: Jean-François Larralde est une figure majeure incontournable dans le programme artistique de Donostia 2016. Par le richesse de son parcours et la diversité de ses talents mis au service de grands artistes du territoire, il méritait cet hommage et un bel éclairage sur ce personnage très secret.

Catherine BOSSER Pour Magmozaik

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