Personnalités arts et cultures

Published on janvier 29th, 2015 | by MagMozaik

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Je suis, tu es, nous sommes…Naiz, Zara, Gara!

Peio Serbielle appartient à cette catégorie d’artistes uniques et nécessaires à la défense des identités culturelles régionales. Une de ces personnalités phares, attachée à son territoire, et dont l’ambition reste avant tout de vivre le Pays basque et non pas seulement au Pays basque, à l’instar de l’un des ses amis, Alain Darroze! A 18 ans, il apprend le basque et décide dès lors de mener une carrière musicale atypique et forte à la rencontre de multiples autres cultures identitaires, de Bretagne à la Corse. Adepte d’un métissage culturel pacifique et engagé qui respecte chacune des identités linguistiques, il a conçu lors de son incarcération – pour avoir hébergé fraternellement des militants basques en France- un tryptique musical, Naiz, Zara, Gara (je suis, tu es, nous sommes) auquel contribuent bien des talents. Le premier volet, Naiz, réunissait Renaud, Nadine Rossello, le Choeur mixte Xaramela, Patrick Bebey, Claude Py, le Quatuor à cordes Arnaga, Philippe De Ezkurra, Pierre Dayraud, Patrick Lemercier, Pajaro Canzani et Daniel Diaz. Aujourd’hui sort le second album, Zara, à la convergence du Pays Basque et des cultures celtique et gaëlique en une jolie partition à 3 composée avec Gilles Servat et Karen Matheson. Une belle fresque ancrée sur notre territoire que viennent ponctuer des concerts et des videos, en collaboration avec Untxia productions,  où l’artiste demande à bien des personnages hauts en couleur du Pays Basque de définir leur “basque attitude “ou “basquitude”! (Il a aussi réalisé des bobinos en Bretagne, et en fera aussi plus tard ailleurs, notamment sur Paris) Un bout de chemin dans la mémoire et les méandres jubilatoires d’un itinéraire pas comme les autres.

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Alain, Untxia Prod et Peio Serbielle

Un artiste charismatique et généreux

Depuis longtemps, Peio Serbielle est en voyage. Entre chez lui et l’Ailleurs. Sur la Terre. Sa terre et celles des autres. Loin d’une tradition fossile, il multiplie les rencontres artistiques et humaines. Ici et Ailleurs… en France, Allemagne, Bulgarie, Espagne, Canada, etc… Toujours à cheval entre l’ancrage et la modernité. Un entretien  exceptionnel de sincérité et de convivialité, sans langue de bois, avec un homme généreux, charmant et charmeur, qui se projette dans le présent et l’avenir sans oublier ses racines.

Peio Serbielle, citoyen du monde ou artiste des minorités linguistiques?

– Toute culture se doit d’être d’aujourdhui, mais ancrée fortement dans son substrat territorial, historique et culturel. Savoir d’où l’on vient oui, mais en se tournant résolument vers demain. Le Pays Basque se construit en ce moment à partir de multiples actions dans tous les domaines (agriculture, économie, culture…) qui sont initiées et menées pour les gens qui vivent ici! En ce sens il importe de revitaliser les échanges intergénérationnels. Les enfants, citoyens du monde d’aujourd’hui et de demain, incarnent l’irrévérence, l’émerveillement. Ils doivent garder un lien naturel avec les anciens, ces témoins précieux, ces passeurs détenteurs de la mémoire d’une identité, que ce soit au Pays Basque, en Corse, en Bretagne, ou partout où vit, en mouvement constant, la culture et la langue de peuples, sans être nécessairement minoritaires. Entre les deux générations, nous ne sommes que des cons mais des cons magnifiques, conscients que le monde ne nous appartient pas! C’est nous qui lui appartenons!

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– Citoyen du monde ou artiste des minorités? Le problème se pose différemment! La curiosité, constamment en éveil, motive ma démarche. Elle induit un parcours au croisement de multiples cultures fortes, toujours en marche, mais aussi au croisement, au sein d’une même culture identitaire, de musiques traditionnelles intégrées dans les sonorités actuelles!  Chacun se structure autour d’une multitude de langues ou de peuples, mais aussi en allant à la rencontre des autres qui vous nourrissent et vous font grandir. Claude Labat l’exprime fort bien en affirmant: “on ne nait pas basque! On le devient tous les jours un peu plus à partir de multiples richesses en constante évolution et il est heureux que n’existe pas une carte d’identité basque car nous devrions en changer tous les jours”. Il n’existe pas de langue inférieure à une autre! Hélàs, pendant longtemps les langues dites régionales ont été reléguées dans un registre de pratique utilitaire au quotidien sans pour autant accéder au rang de symbole porteur de cultures spécifiques et uniques. C’est pour cette raison que j’ai choisi de chanter en basque sinon je me serais senti unijambiste! Or aujourd’hui, plus que jamais, après les événements dramatiques de début d’année, il apparaît clairement que l’absence d’identité et de repères forts à partir desquels se construire, conduit à toutes les dérives extrêmistes.

Une trilogie musicale, pour quoi faire ou dire?

– L’idée date déjà des années 90 lors d’ une première rencontre musicale avec Gilles Servat et Karen Matheson. Un concept brutalement interrompu par mon incarcération puis mon contrôle judiciaire lourd. Mais le projet demeurait. Le premier volet, Naiz , s’est concrétisé à ma sortie de prison, ce qui en explique les textes forts, parfois douloureux et intimistes. Bien des artistes magnifiques y participent dont Renaud (qui chante en basque) le Choeur Xaramela dirigé par Marie-José Goudard du Conservatoire ou le musicien africain Patrick Bebey, pour ne citer qu’eux!

– En marge de cet album et sur ses musiques, nous avons réalisé, avec Marc Large et Patrice de Villemandy, un court métrage de 26 minutes, Xan Naiz Ni (Je suis Xan) qui est un hommage aux paysages époustouflants des terres basques et occitanes. Montagne, environnement, mythes et légendes y composent une incroyable fresque onirique. Malheureusement, faute de distributeur et d’un format plus abordable, il a été peu diffusé, à savoir, entre autres, sur TV7 Bordeaux, quelques médiathèques et en début de quelques uns de mes concerts .  Mais il est possible que nous l’intégrions dans le dernier album, Gara.

– Pour Zara, la rencontre des autres est nettement plus évidente. Gilles Servat, souvent venu au Pays basque en concert chante en français, breton et en basque, et Karen en anglais, gaëlique et basque. le Collège Diwan de Vannes, l’Ikastola Zurriola de St Sébastien et la troupe d’enfants grenoblois, “la Compagnie des Mutins”, apportent au CD sa fraicheur insolente. Et puis divers musiciens de la Scène Internationale des Musiques du Monde sous la Direction Artistique de Patrick Bebey.



– Le développement du second volet de la trilogie,  Zara, suit 4 axes, comme autant d’étages d’une fusée:

La première strate est avant tout musicale, articulée sur l’album et sa diffusion, actuellement en distribution nationale chez COOP BREIZH,  et aussi en vente par correspondance sur les deux sites suivants :  http://www.magdala-atelier.com/peio-serbielle-p909818 et  http://www.peioserbielle.com/accueil.php.

Le second étage de la fusée consiste en un travail sur l’hyperproximité grâce à deux outils : Les bobinos et les espaces de débats. Les bobinos sont le fruit d’une collaboration étroite avec Untxia Prod. L’idée? Choisir des personnalités emblématiques basques, ou vivant au Pays Basque (en fait ces bobinos sont aussi réalisés à ce jour en Bretagne et prochainement sur Paris..) et leur poser une simple question: Que signifie pour vous être basque aujourd’hui et comment décrivez vous en quels mots ce territoire identitaire ? 25 petites entretiens filmés (7 déjà diffusés) sont nées de ces rencontres étonnantes et ô combien instructives, dont certains portent une belle émotion. Claude Labat, Christian Borde, Alain Darroze, entre autres, nous livrent de touchants témoignages à fleur de peau et d’amour pour la culture qui les habite, par la naissance ou par choix délibéré. On retiendra, par exemple, la belle définition de Jules Edouard Moustic qui évoque avec tendresse l’absence ici du chiffre zéro. ” Dans un match OM/PSG, on n’annoncera pas ici le score 2 à 0 mais 2 à l’espoir!!! Et bien c’est cela le Pays Basque: jamais dire zéro mais l’espoir!” A côté de ces vidéos parfois incisives, toujours attachantes, nous souhaitons développer de grands espaces publics de débats sur l’identité basque à tous les niveaux d’expression: Economie, société, tourisme, culture…avec la volonté de présenter la culture du territoire comme un superbe moyen de voyager, hors des sentiers battus du tourisme imbécile et réducteur, style “le Pays Basque c’est bien mais sans les basques!” De beaux espaces de discussions pour tirer les choses vers le haut et grandir ensemble, car si le Pays Basque avance lentement, il avance sûrement!



Les concerts constituent la troisième étape avec, en prévision, à la fin de l’année, un concert-événement permettant de réunir sur scène, en Pays Basque, au côté de Gilles Servat, de Karen Matheson,  et de moi-même, un ensemble de choeurs mixtes, avec des enfants des Ikastolak du Pays Basque Nord, l’Ikastola Zurriola de St Sébastien présente sur le titre Zugan avec le collège Diwan de Vannes, et quelques musiciens qui ont pris part à cet album ZARA autour de Patrick Bebey.

Enfin, la réalisation en cours d’un documentaire “making of” complète le dispositif.

Un bel entretien, simple, direct, au coeur des préoccupations et passions d’un homme qui brise bien idées reçues et dont l’enthousiasme fédère beaucoup d’énergies. 

www.peioserbielle.com

Catherine CLERC,magmozaik64200@gmail.com

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