littérature

Published on mars 14th, 2016 | by MagMozaik

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Islande…Terra Incognita?

Petit rappel géographique : la République d’Islande (Lýðveldið Ísland) est un Etat insulaire de l’océan Atlantique Nord, situé entre le Groenland et la Norvège, au nord-ouest des îles Féroé. Il a une superficie de 103 000 km2 et une population d’environ 320 000 habitants ; sa densité démographique est la plus faible d’Europe. Est-ce l’isolement de leur île, son climat glacial (Island signifie « terre de glace »), ses hivers sans lumière, ses terres ravagées par les vents et ses volcans en activité, leur langue parlée d’eux seuls ? Toujours est-il que les Islandais ont le temps, à l’abri de leurs maisons, de réfléchir à la vie d’aujourd’hui ou d’hier, d’analyser les sentiments qui animent les hommes et de les décrire avec grand talent.

Islande, terre surprenante

La littérature islandaise commence à être connue en France grâce, notamment, au talent de traducteurs comme Régis Boyer et Éric Boury, Catherine Eyjólfsson, Henrý Albansson, François Émion ou Gérard Lemarquis. Impossible sinon de comprendre un seul mot d’islandais …

Les écrivains d’aujourd’hui s’inspirent souvent de vieux textes de légendes tels  Pétur Gunnarsson (1947), et Thor Vilhjálmsson (1925). Une autre piste pour entrer dans la littérature islandaise est le rapport au pays et à l’histoire inscrite dans le paysage. Ce fut un thème majeur de la poésie islandaise au XIXe siècle.

Steinunn Sigurdardóttir (née en 1950), est une auteure dont le roman « La Place du cœur » décrit le voyage d’une mère et de sa fille, quittant Reykjavík pour entreprendre un périple de la ville à la campagne, de la laideur et du désarroi moral vers la beauté régénératrice de la nature, leur permettant de renouer l’une avec l’autre et avec elles-mêmes.

Un phénomène qu’il faut noter est l’essor récent du roman policier en Islande  d’Árni Thórarinsson (1950) – « L’Ombre des chats », « Le Crime, histoire d’amour » -, de Jón Hallur Stefánsson (1959) – « L’incendiaire » – , d’Yrsa Sigurdardóttir (1963) – « Indésirable », « Je sais qui tu es » et d’Arnaldur Indridason (1961), le plus traduit en France et le plus récompensé : « Hiver arctique », « La cité des jarres », « La muraille de lave », « L’Homme du lac », « La Voix »,  « La Femme en vert ». A lire absolument.

Andri Snær Magnason (1973), renouvelle complètement le genre de l’essai pour intenter un procès aussi documenté qu’implacable à ceux qui détruisent leur pays.

Sjón (1962) et Jón Kalman Stefánsson (1963), jeunes écrivains contemporains, choisissent pour thème la transformation de la société islandaise.

D'ailleurs, les poissons n'ont pas de pieds

Ce dernier vient de publier :« D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds »Traduit par Eric Boury chez Gallimard. 

Ne pas se fier au titre ! Il ne s’agit pas d’un livre plein d’humour, mais d’un roman d’une extrême finesse, tant par l’analyse des sentiments des hommes et des femmes qui vivent et survivent dans cette région que par la description de Kéflavik – située au Sud Ouest de l’Islande – « oubliée de Dieu » et qui ne possède que trois points cardinaux « le vent, la mer et l’éternité ».

La vie des hommes y a longtemps été tournée vers la pêche, seule source de revenus, dans des conditions extrêmement difficiles, entre vents et tempêtes, hivers sans fin et températures presque toujours négatives. Les femmes élevaient tant bien que mal les enfants que leur faisaient leurs maris à chaque retour de pêche et entre deux beuveries.

Les jeunes travaillaient dans les conserveries, occupant leurs journées dans des entrepôts glacés, à trancher, saler, empaqueter les morues pour gagner quelque argent ou pour certains, à piller les camions de livraison destinés au camp militaire américain alors installé dans la région.

Il s’agit avant tout d’un livre sur l’Amour, celui des hommes et des femmes,  celui des marins pour la mer et des pêcheurs pour leur métier. Le narrateur est l’ami du personnage principal, Ari, qui après deux ans passés au Danemark vient retrouver ses racines. C’est lui qui va faire le lien entre leur amitié de jeunesse et le passé de leurs familles sur deux générations.

Jón Kalman Stefánsson se livre à une réflexion sur la condition humaine portée par un souffle et une grâce qui impressionnent d’un bout à l’autre, avec surtout, un ton personnel d’une grande humanité à forte connotation poétique. Porté par une langue somptueuse restituant la brutalité du climat, « D’ailleurs, les poissons n’ont pas de pieds » fait s’entrecroiser avec maestria les époques et les songes du héros.

« La vie de l’être humain est au mieux constituée de quelques notes isolées qui ne forment aucune mélodie, des sons engendrés par le hasard, mais pas une musique »…« Est-ce pour cela que nous racontons nos souvenirs ? Pour ne pas être oubliés ? »

Révélé avec « Entre ciel et terre », Jon Kalman Stefansson signe un roman magistral sur les mutations du monde, la faiblesse des hommes, les souvenirs, les regrets et la nécessité de l’écriture. Poète, romancier, il a reçu les plus hautes distinctions littéraires de son pays.

Catherine BOSSER pour Magmozaik

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