Coups de coeur

Published on juillet 2nd, 2016 | by MagMozaik

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Instinct couleur…Instinct lumière

Jean-Jacques Lesgourgues, Emmanuel Lesgourgues et Jean-Michel Barate? Un trio de coeur, de passion et d’infini respect pour un peintre attachant, magicien de la couleur et alchimiste de la lumière en une mosaïque de variations et multiples supports qu’incarna Jean-Claude Pinchon. Couleurs aux lumières flamboyantes qu’il ne cessa d’explorer, d’affiner, de sublimer en mouvements et arabesques vives tout en volutes et partitions sonores impétueuses, majestueuses, incandescentes! Une volonté ambitieuse de la ville d’Anglet, une extraordinaire collection privée et des lieux appropriés? Autant d’éléments pertinents pour proposer, du 2 juillet au 31 août prochain un hommage vibrant à ce grand peintre si fragile, discret mais ô combien prolifique, en une rétrospective à la scénographie subtile qui retrace, avec tact et touches nuancées, toutes les démarches complexes et questionnements artistiques tourmentés du créateur au fil de son existence .”Instinct couleur” est, sans conteste, une des expositions phares de l’été, assortie d’un splendide catalogue à garder en référence unique.

Une sensibilité à fleur de lumières

Jean-Claude Pinchon s’inscrit au coeur d’une famille normande imprégnée des tourbillons impressionnistes, qu’il a vite fait d’explorer pour s’inventer un style propre que ne viendront jamais perturber les multiples courants artistiques croisés au cours d’une vie d’artiste amorcée très tôt. 

Toutes ses toiles, aux formes libres le plus souvent, composent des partitions, allant de la symphonie au prélude délicat, en trilles virtuoses ponctuées de silences , en fonction de la sensibilité qui l’anime, point de départ de toute oeuvre dans la démarche chromatique de l’artiste. Mais comment traduire à la perfection, en jets de couleurs, touches parfaites de totalités vives juxtaposés, tissés sur le fil des émotions de l’artiste, des sensations par essence intraduisibles? Cette obsession de la perfection, de la justesse, de la cohérence entre psychisme et réalité sur toiles ou objets l’a souvent poussé à reprendre, remanier bien des créations jugées toujours inachevées. A quel moment d’ailleurs un tableau peut-il se permettre une signature qui en scelle l’aboutissement définitif?

Une urgence créative qu’il exprime en dynamique de la couleur, en déferlements chromatiques comme autant de vagues lumineuses et musicales. A l’instar d’un Sistiaga, l’oeuvre de Pinchon se peint en notes de musique dont les volutes explosives se posent en touches de couleurs comme si, à  chaque note, à  chaque respiration, à chaque mouvement de multiples partitions, correspondaient des nuances chromatiques fines et ourlées. Se plonger au coeur de cette magnifique exposition c’est se laisser happer par des orchestres ou des formations plus intimistes jamais apaisés. Ils résonnent au fil d’une scénographie intelligente et sensible, véritable miroir spatial des méandres créatifs et des évolutions intemporelles de l’artiste, avec d’incessants retours sur image, en des espaces magnifiquement agencés, de la Villa Béatrix Enéa, tout en clartés, à la Galerie Georges Pompidou, en doux clairs-obscurs en passant par la Black Box du Quintaou dont le fond noir sertit la flamboyante des grandes toiles libres superbement mises en valeur par un éclairage qui inonde chaque oeuvre d’une lumière appropriée.

Les trois espaces d’exposition structurent ses trois formes d’expériences créatives sans forcément un ordre chronologique, hormis la Galerie Georges Pompidou qui propose les dernières oeuvres de Pinchon, en un aboutissement ultime de formes épurées abstraites, comme des ponctuations concentrées de son génie pictural.

Génèse d'une exposition majeure

Au coeur de l’exposition, la volonté commune de la ville et de Quasar, fond de dotation de la Collection Lesgourgues, d’honorer la mémoire de l’artiste et de faire en sorte que le grand public puisse appréhender une oeuvre d’une richesse incroyable. A l’origine de cette rétrospective? La découverte par Jean-Michel Barate, adjoint à la culture d’Anglet et grand esthète, à l’invite de Jean-Claude Lesgourdes, grand collectionneur éclairé et mécène de nombreux artistes, des innombrables créations de Jean-Claude Pinchon, léguées à cet homme, devenu ami intime de la famille, par sa veuve. Un coup de coeur immédiat et des affinités électives fortes entre les deux hommes, décidés à porter à bout de bras le projet d’une exceptionnelle rétrospective, faisant d’Anglet le phare majeur de l’Art contemporain en nos rivages. Un événement unique qui a mobilisé, avec émotion, tous les services de la ville jusqu’à l’installation finale des oeuvres avec tous les moyens nécessaires!

La Villa Béatrix Enea présente, en 3 salles distinctes, tout un condensé des périodes créatives de l’artiste qui  se répondent en résonances logiques, des premières oeuvres sur matériaux de récupération revisités aux diptyques et toiles duelles finales, en passant par les libres explosions chromatiques. Un chaos savamment organisé, un enchevêtrement jubilatoire de peintures sur cartons, sur cageots, sur meubles, sur boite de peinture avec, en virgules émouvantes, les livres d’artiste. Au hasard de la déambulation, vous croisez une tête de cheval caracolant sur palettes de bleus , de jaunes, d’ocres, des toiles libres aux formes impromptues d’où jaillissent des symphonies de couleurs ou des diptyques lumineux de fin de parcours. Changement de partition à la Black Box où des vagues magistrales de lumières tonales vous envahissent et vous chavirent de plein fouet en compositions claquantes, étincelantes de vie bouillonnante (1978-1992). Des toiles géantes qui s’encastrent, s’imbriquent, se complètent en architectures étonnantes et aériennes. Au crépuscule d’une vie répond la Galerie Georges Pompidou où les toiles duelles se conjuguent en une grammaire spatiale inédite et douce (1992-1997). L’occasion de découvrir là, en photographies, l’atelier d’un artiste en pleine activité créative. C’est tout simplement magistral! Jean-Claude Thévenin, critique d’art, assurera des visites commentées de l’exposition.

Lesgourgues "Le Magnifique"

Si l’on sait les passions de Jean-Michel Barate, on connait moins l’implication du couple Lesgourgues (Anne-Marie et Jean-Jacques) dans la préservation d’oeuvres et le soutien aux artistes d’excellence. Depuis les années 80-90, ils se sont constitué une collection d’oeuvres de quelque 90 artistes, dont celles de Jean-Claude Pinchon dont ils furent les amis fidèles. La volonté de faire rayonner ce fond auprès d’un large public, en partenariat avec des institutions privées et publiques s’est imposée peu à peu, qu’il s’agisse d’artistes décédés ou toujours actifs.

De cette ambition d’une famille sensible à l’art contemporain, avec un goût très sûr, est né Quasar, fond de dotation aujourd’hui dirigé par Emmanuel Lesgourgues, commissaire de l’exposition actuelle, qui succède à bien d’autres sommités sur cette collection, à commencer par Jean-François Larralde.. Un engagement culturel d’autant plus respectable qu’il ne nourrit aucune visée spéculative, se consacrant uniquement au rayonnement d’une fabuleuse collection, en passe de s’enrichir de nouveaux legs.

De petits joyaux à découvrir de toute urgence!

www.anglet.fr

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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