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Published on novembre 6th, 2017 | by MagMozaik

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Instantanés d’eau vive

Bayonne, ville fluviale et portuaire, ville de confluences, proposera en novembre prochain la deuxième édition du Mois de la Photographie sur le thème de l’eau et accueillera la photographie d’art, la photographie technique, scientifique, les échanges de regards entre plasticiens et photographes, entre planches-contact et volume ou épaisseur du trait de peinture. Au cœur de cette programmation proposée dans les espaces publics, trois temps forts conjuguent artistes de notoriété internationale et petites pépites locales.

Outre les musées, la médiathèque et les galeries de la ville, une exposition centrale sera présentée au DIDAM autour de ce thème aquatique qui peut rassembler à la fois la photographie de paysage, les prises de vue sur les bouleversements liés aux changements climatiques ou encore la beauté et la fragilité des faune et flore fluviales et océaniques de par le monde. À cette occasion, la Ville de Bayonne accueille une exposition de célèbres photographies de Yann Arthus-Bertrand issues du projet La Terre vue du Ciel. La première exposition La Terre vue du ciel a été présentée sur les grilles du jardin du Luxembourg à Paris en l’an 2000. Depuis elle a été présentée plus de 150 fois dans les villes de tous les continents et vue par plusieurs millions de visiteurs. Elle constitue l’appel à une prise de conscience de l’état de la planète ainsi qu’une sensibilisation aux problématiques du développement durable. C’est pourquoi elle est toujours installée dans un lieu public et gratuit . Sauf que là ce sont les rivières, les torrents, les fleuves qui surgiront du coeur palpitant de la Terre! En voyant l’oeuvre de cet artiste mondialement connu et reconnu à juste titre, on ne peut s’empêcher de penser à l’exposition (encore en devenir ou à suggérer) qu’aurait pu faire notre ami Zigor, lui si habité et inspiré par le ruissellement des eaux de torrents sur les pires des gaves ou le ressac des vagues océaniques sur nos littoraux crénelés de tant d’aspérités somptueuses. Cette eau qui parle, qui danse, qui dit son pays, ses histoires et sa mémoire culturelle. Cette eau des montagnes qui fait chanter ou s’enflammer de colère nos berges, nos plages, nos villes ourlées de somptueuses rivières ou de fleuves ombrageux. Cette eau vive de nos mémoires qui se conjugue en peintures, en sculptures laissant filtrer les vents et les lumières. L’eau, ce grand tout qui se conjugue en infinies gouttelettes ou écumes, insaisissables, et que seul l’art photographique pouvait à ce point figer en étincelants jaillissements, à défaut de l’apprivoiser. Cette eau qui façonne, anime et fait de ce territoire ce qu’il est de plus fragile, pérenne, cristallin et impertinent, source de vie et d’aventures, source de mystères païens et de secrets insondables. Source de nous, sources de vies identitaires, grands larges ou torrents colériques.

De toutes les innombrables expositions qui émailleront la ville, nous avons choisi de porter un focus sur deux photographes d’exception qui proposent à la Galerie des Corsaires « Objectif eau »: Jean-Michel Degrange et Patrick Barthès. Jean-Michel Degrange est d’une sensibilité rare qui a l’art de sublimer les réalités en les ciselant au prisme de son regard d’artiste pluriel. Au fil de ses émotions il a sa manière fine et tumultueuse à la fois de capter les lumières et les mouvements en cristallinités  presque musicales, dont les partitions se feraient rayons de soleil, cordes de harpe, ou vagues aux langages si impétueux, tout en grondements, impétuosités, libertés. Il écoute l’eau se dire en résonance avec les clairs obscurs des jours ou des nuits jusqu’à lui inventer de nouvelles manières de se raconter et de se vêtir avec un élégance fougueuse. Il écoute l’eau se chanter en reflets inversés de berges ou littoraux dont elle nourrit ses parures argentées, mystérieuses et secrètes à la fois. L’homme a sculpté son talent en de multiples registres aux émotions très différentes mais complémentaires. Tour à tour sculpteur, peintre, artiste de rue, il caresse depuis 2015 les cordes musicales de la photographie qui permet de happer en une seconde toutes les émotions fugaces d’instants éphémères qui n’existent déjà plus que dans son regard. Il dit naviguer à vue car oui, c’est bien d’un voyage dont il s’agit. Un voyage dans son univers subtil, décalé et onirique dont la nature est la princesse fragile mais exigeante de beauté. Il ne reproduit pas la réalité mais en suggère de multiples visions fantasmagoriques où chacun retrouve ses imaginaires, ses interprétations. Telle cette série d’une eau frémissante de lac où d’aucuns verront l’empreinte de doigts sur l’eau ou la neige sur un écran nous conduisant vers des ailleurs…Et là est tout son talent, toute sa virtuosité que de ne donner à voir en ses images éphémères, tout en nuances de teintes, ce que notre imaginaire veut bien y déceler, comme cet entrelacs de vagues où certains voient des visages de femmes avec enfant ou âgées… Pourquoi la photographie aujourd’hui? « Parce que c’est moins contraignant que la peinture » nous dit-il avec ironie! La peinture prend beaucoup d’espace, de temps, de matériel et ça sent les effluves d’essence!! Avec un appareil nul besoin de peaufiner une toile ou d’attendre qu’elle sèche et les variations sont infinies sans même avoir à retoucher les clichés. Car rien dans ses images n’est arrangé, refaçonné ! Tout est question de regard décalé, de patience, pour saisir au vol l’ émotion soudaine que susciteront un paysage, un lac, un rivage ou une forêt, à l’état brut. Pour une première exposition en galerie, dont il s’émerveille, voilà bien un coup de maître dont on espère qu’il révèlera bien vite cet immense talent en d’autres lieux de belle reconnaissance. Il est plein de doutes et d’appréhension… Normal c’est la première grande sortie de sa virtuosité! Qu’il se rassure, c’est un diamant brut qui ne demande qu’à être taillé, mais pas trop quand même, histoire de préserver ce capital émotionnel spontané dont il a le secret.

Patrick Barthes est aussi un autodidacte qui nous avait davantage habitués à un certain style documentariste mais aujourd’hui il nous offre avec bonheur un art plus onirique et libéré à travers une autre vision de l’eau, fine, subtile, délicate et diaphane. L’eau de pluie ou qui ruisselle sur les corps de femmes. L’océan dont l’écume bouillonnante, insolite, nous livrait de drôles d’impressions de lessives échouées sur les rivages cède le pas au paysages que filtre un pare-brise embué de pluie. Une distorsion hallucinante qui nous projette en des mondes parallèles déglingués où le rêve reprend enfin toute sa place, en noir et blanc ou en couleurs, sous un ciel passé au prisme des gouttelettes ou des lumières de soirs blafards, juste illuminés de néons déchirés. Des temps de pluie qui en deviennent sublimes et inventent de nouvelles manières de voir la ville ou la côte, en agitations dérisoires dont se moque et se joue la vitre magicienne. Voilà deux artistes complexes, pudiques, complémentaires dont les visions se répondent en résonances multiples. De petites pépites à découvrir avant que leurs prix n’explosent à coup sûr sur le marché de l’art!

www.bayonne.fr, www.galeriedescorsaires.blog4ever.com, www.pataphoto.smugmug.com/,  www.djm-photos.deviantart.com/ . Entrée libre

Exposition Corsaires du 30 octobre au 18 novembre.

Exposition Didam: Yann Arthus-Bertrand, 10 novembre 2017 au 14 janvier 2018

Catherine Clerc, magmozaik64200@gmail.com

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