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Published on novembre 14th, 2017 | by MagMozaik

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Histoires de colonies: Basques, Ma’ohis, mêmes combats?

Qu’il s’agisse d’Haïti, d’Hawaï, de Nouvelle Zélande, d’île de Pâques ou de Tahiti et ses îles, c’est toute l’identité unique de peuples multiples que ce Colloque met en exergue et dont les racines se retrouvent à Biarritz dont le surf leur doit beaucoup, ce sport réservé aux élites guerrières qui s’arrima sur nos rivages il y a 60 ans. Une culture commune et une langue aux variations nées de migrations différentes qui s’apparentent beaucoup à l’histoire du peuple basque, dont l’identité exportée a connu des évolutions bien différentes de celles de la terre mère.

Le métissage est une donnée fondamentale partagée. Issus des amérindiens, les Ma’ohis ont essaimé sur l’ensemble de la planète, modulant leur culture et leur idiome au gré des territoires investis et des peuples avec lesquels ils ont fusionné. La Nouvelle Zélande avec l’Angleterre, Tahiti et ses îles avec la France ou Hawaï avec les Etats unis, dans une multitude de métissages culturels ou physiques incluant les papous. De la même manière, les basques émigrés se sont enracinés en Amérique, modulant leur passé dans un souci de préservation parfois très statique. C’est ainsi que la danse basque outre Atlantique n’a absolument pas pris en compte les récentes évolutions que notre territoire connait pour faire évoluer notre culture de fondamentaux avec Bilaka ou Kukai Dantza. Il en est de même de ces symboles forts dont notre diaspora ne se départit pas telles les parties de pelote très prisées à San Francisco. Anachronisme? Certes d’une certaine manière ! Folklorisme? Oui aussi mais à dépasser notamment dans le cas de la culture Ma’ohi. S’il est de bon ton de s’émerveiller des « hakas » de « All blacks » si médiatisés, il faut aussi aussi se souvenir d’un autre point commun entre nos deux cultures qu’est la colonisation  sous ses formes les plus brutales, et cette déchirure qui existe au coeur de métissages  pas toujours voulus. Un exemple? Jean-Marc Pambrun, grand écrivain partagé entre ses origines bretonnes et tahitiennes, à n’en plus savoir à quelle terre il appartient. Autre exemple? Manou Vedalin Fariki écartelé entre la Belgique et Papetee. La différence? Les Ma’ohis n’ont pas choisi l’aliénation à un pays de tutelle, où qu’ils se trouvent. Anglais, américains ou français, ce sont des rois et des reines  qui ont dû assumer des rôles de fantoches avant de céder leur souveraineté à plus puissants. la reine Pômare dut s’incliner dans ce grand échiquier international que furent les XIXème et XXème siècles. Aujourd’hui les cultures Ma’ohis reprennent du poil de la bête à travers des centres culturels identitaires et bientôt, qui sait, une indépendance à laquelle les politiques les ont préparées de 1959 à aujourd’hui.

Surtout ne parlez pas de « Polynésie »  devant Manou Vedalin Fariki, musicien. Sa culture historique incroyable vous le ferait vite regretter, lui qui, préférant le terme de « Ma’ohi Nui » pour ciseler toute la richesse de ses îles, vous sculptera toute l’histoire d’un peuple amérindien ayant maintes fois migré pour se métisser et revendiquer aujourd’hui son identité forte, à commencer par une langue aux variations certes multiples mais bien ancrée dans ces 42000 km2 d’océans, de la Nouvelle Zélande à Tahiti et ses îles, en passant par Hawaï et l’île de Pâques.Un peuple étrangement en résonance avec le peuple basque. Un peuple colonisé et mis en laisse par le général de Gaulle qui, après en avoir fait un terrain d’expérimentation atomique, en fit un territoire dénommé Polynésie, comme si la Grèce avait quelque chose à voir, en 1959, avec cette culture millénaire, mais tout à voir avec un folklore de bas étage! François Mitterrand et Jacques Chirac lui assurèrent en 1984 puis 2004, une belle autonomie culturelle et le droit inaliénable de gérer sa propre destinée sous l’égide néanmoins de la France. Dotées d’un statut de Pays et non plus de DOM ou TOM, Tahiti et ses îles continuent à bénéficier du protectorat français, notamment financier, eu égard- ce n’est pas non plus anodin- aux incroyables richesses en nodules minéraux que recèlent leurs fonds sous marins et en absolution des essais nucléaires?  Prêts à l’indépendance? Certes oui mais avec la volonté de privilégier la France comme partenaire industriel, commercial et financier de prédilection, histoire oblige! Complexe histoire que celle de ce peuple par définition métissé au fil de tant de migrations, des civilisations amérindiennes à tant de cheminements croisés entre papous et européens. Mais une langue et une identité profondément spirituelles, de droit tribal et coutumier que les tatouages inscrivent dans la chair des chefs, de ces chefs guerriers dont l’armée française utilisa le potentiel jusqu’à plus soif!

Manou Vedalin Fariki a ceci de particulier qu’il maitrise à la perfection son histoire identitaire dans les moindres détails chronologiques et la langue française qu’il respecte au plus haut point comme un apport d’égalité à respecter avec sa propre langue! D’égal à égal en somme. Métissé? Il le revendique, et c’est ce qui le rapproche, avec infiniment de nuances, de la culture basque dont le parcours est loin d’atteindre les sommets que les Ma’ohis on atteints aujourd’hui! Certes, le contexte historique et ô combien jacobin diffère. Nos langues identitaires régionales ne sont perçues officiellement que comme de vulgaires patois quand le Ma’ohi bénéficia dès 1984, d’un apprentissage structuré dans les écoles puisqu’obligatoire pour rentrer dans l’administration. Bien des similitudes linguistiques existent cependant entre la langue Ma’ohi et la langue basque, au delà des combats culturels à mener ensemble. Face à eux, au Pays Basque Sud ou à la Catalogne, nous ne sommes que des enfants à éduquer pour bouger les cadres et c’est ce que ce colloque nous apprend aujourd’hui! Bouger les repères, les apprivoiser pour mieux les dominer et en user pour nos cultures respectives, dans le respect de tout ce que les autres cultures peuvent nous apprendre. Un lien fort tissé entre les îles et le théâtre du Versant qu’avait magnifiquement illustré la belle création du « Bambou Noir », adapté de l’oeuvre de l’écrivain Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun en 2015, dont l’incroyable succès a permis une large diffusion de la pièce dans le monde entier. Une communauté d’esprit et de combats culturels qui s’inscrira encore dans le nouvel opus du Colloque à travers certains débats, la projection de films au Royal et une grande soirée dîner/spectacle offerte aux participants vendredi 17 novembre par la communauté Ma’ohi de notre territoire! Des temps forts plus que symboliques en présence de deux personnalités invitées: Roti Make, présidente de l’association coutumière et familiale Oparo Parubu No Rapa, membre de la Ligue internationale des Femmes, peintre, styliste et écologiste activiste entre autres, et Moétaï Brotherson, député polynésien.

Manou Vedalin Fariki: http://www.deezer.com/fr/album/10002004

Tous renseignements: 05 59 23 02 30, théâtre du Versant

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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