Vu dans la presse

Published on décembre 4th, 2016 | by MagMozaik

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“Helix” ou les bruits du monde

L’exil, les migrations, ce sont des déracinements de souffrances, des histoires multiples que chacun entend, interprète à sa manière en parcours et sonorités plurielles. Ce sont des hommes, des femmes, des familles qui se jettent corps et âmes en nos terres d’accueil dont la mémoire est aussi peuplée d’exils multiples vers d’autres territoires en des temps plus anciens de diaspora.

Ces ballotés de l’histoire, de la guerre, de la destruction massive, ce sont ces syriens venus exsangues, meurtris, presque furtifs se sentant à tort fautifs juste d’exister quand tant d’entre eux sont morts à Aleph ou ailleurs, se nicher et poser leur tourmente au Pays basque, juste là où des hommes et femmes de coeur leur ont tendu les bras et ouvert la porte de leurs maisons, d’Hendaye à Bayonne. A Labastide-Clairence, l’humanisme, la convivialité font force de lois. Pascal Billard, sculpteur  et sa femme peintre, Franz Bernecker, sculpteur de paysages sonores, lumineux et interactifs, leur voisin et l’ association culturelle Lagunarte se sont émus et emparés d’histoires à valeur universelle dont les perceptions différentes interpellent tout le monde et en priorité une jeunesse qui doit savoir et comprendre la tolérance . Le déclencheur? La famille de réfugiés que Pascal Billard a accueilli. De ce métissage culturel surgi d’une démarche humaniste a surgi le projet d’une installation charnelle, sonore, visuelle et lumineuse qui conduit chaque visiteur en multiples histoires de migrations douloureuses, d’exils semés d’embûches mais aussi de mains tendues, solidaires et chaleureuses.

Plantons le décor de cet univers de douceurs incisives, flamboyantes tout en plaies ouvertes dont l’humanité est la clef d’apaisement à défaut de guérison, pour ne jamais oublier l’indicible d’où l’on vient, que l’on fuit. Des sculptures en calcaires, douces, rondes mais en personnages ramassés sur eux- mêmes, en blessures contenues qui doivent affronter la mer pour ne pas s’y noyer, porter leurs valises lourdes de vies entières entassées à la hâte, se heurter aux murs d’indifférence pour finalement rencontrer des mains amies, des villes havres de paix où enfin se poser et respirer. Une blancheur crue de sculptures qu’adoucissent les lumières chaudes, orangées, jaunes, bleutées de Franz qui caressent ces personnages symboliques sans regard, comme en quête de nouvelles identités, de nouvelles vie, confrontés à la froideur bleue du danger pour trouver enfin la chaleur de l’accueil en teintes chaudes. Une histoire générique démultipliée à l’infini, celle de la traversée de zones désertiques, de l’embarquement dans de sommaires bateaux, des vastes espaces à franchir, à vaincre physiquement et dans sa tête, dans l’abandon de sa culture, de son passé pour renaître dans des villes, des villages nouveaux, ceux de l’adoption, de la résurrection. Des histoires plurielles, si nombreuses à partir d’un même schéma que la composition musicale de Franz permet de saisir en 4 parties sonores entrelacées. De cet entrelac lumineux, sonore et visuel, le visiteur tire sa propre interprétation, sa propre vision du parcours unique d’une famille parmi tant d’autres, se rappelant, au passage, des bribes de sa propre histoire, du temps où le grand-père fuyait le franquisme, du temps où l’aïeul partait chercher fortune aux Amériques…Terres d’exil de part et d’autre pour une terre d’accueil et de tolérance basque.

Mais des parcours, aussi chaotiques, que souligne la belle composition video d’Isa Omer, née en Guyane qui intervient dans ces voyages multiples en heurts, gifles, chocs, fulgurances de trains fous lancés sur des rails dont on ne sait trop où ils aboutiront, en un langage musical, littéraire, social et bien sûr éminemment politique! Une installation où chaque spectateur devient acteur de la destinée des autres, de ces fugitifs, mais aussi de sa propre histoire dont la réalité mondiale réveille l’humanité profonde. Un dispositif dont les messages de tolérance, de métissage culturel et de simple humanisme citoyen  sont à clamer d’urgence en bien des lieux fréquentés .

C’est là qu’Arcad intervient pour trouver des espaces susceptibles d’accueillir cette installation itinérante, ici ou ailleurs. Médiathèques, centres culturels, espaces privés… Il suffit de 60m2, en configuration aveugle pour que vive cette évocation d’un des plus grands drames de notre époque tourmentée et meurtrie. Juste quelques moyens techniques de video projection, de socles ou d’alimentation électrique pour que surgisse l’émotion à l’état brut d’un monde qui marche la tête à l’envers pour mieux assassiner ce qui reste d’humanité en nous. Coût global? Environ 3000 euros. Durée d’exposition ? Minimum 2 semaines pour une belle prise de conscience !

Arcad, exposition du 5 au 22 décembre et du 3 au 31 janvier 2017, entrée libre. Contact 0986284040

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

A paraître dans la Semaine du Pays Basque du 9 décembre

Photos Mathieu CLERC

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