Festivals

Published on septembre 29th, 2016 | by MagMozaik

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Haizebegi opus 3, à la croisée des cultures !

Voilà trois ans à peine qu’existe, sur la rive droite de Bayonne, Haizebegi, Festival des Mondes de la Musique. Trois ans d’un succès immédiat et retentissant qui l’a fait passer de 3 jours à 10 de programmation (du 7 au 16 octobre) en une fidèle collaboration étroite entre L’institut de Recherche sur les Musiques du Monde, la Ville de Bayonne et l’Atalante. Haizebegi, c’est le regard du vent, du souffle d’un festival engagé et critique, vers une découverte des cultures d’ailleurs, des univers denses, à travers la musique comme simple vecteur d’autres modes d’expression tels que le cinéma, le verbe, l’art ou les rencontres plurielles. Une co-fondation, dès le départ, avec l’Atalante et la ville en une connivence et convergence de philosophies qui n’ont rien d’anodin, car l’une se vit bien au delà de simples projections de films, et l’autre ancre la culture en coeur d’un espace citoyen en devenir, grâce au nouvel ensemble Atalante/Didam et en bien des lieux d’accueil où vibre la culture, comme ferment essentiel de la vie au quotidien.

Au delà de la musique ? Les mondes de la musique !

On pourrait se croire en un aimable vagabondage entre cultures différentes, puisqu’aussi  bien c’est la mode actuelle. Mais ce festival va bien au delà des apparences futiles dont bien des événements actuels se drapent. Il y a, profondément chevillée au corps de cette démarche, une véritable approche éthnologique et culturelle, intelligente et sensible qui plonge ses racines au coeur d’un métissage culturel puissant. Une force de partage et une nécessité de compréhension d’autres cultures, d’autres sociétés, d’autres imaginaires, d’autres vents du large, qui, au delà des notes, des partitions, déploient leurs ailes en des courants visuels, artistiques ou intellectuels. On n’est pas loin, en ce domaine précis, du colloque du Versant Nord Sud qui ouvre ses regards vers l’humain comme source unique et universelle de compréhension de ce qui fait nos différences nécessaires, celles qui font que chaque culture avance en se nourrissant des autres sous toutes ses formes d’expression. Et quel plus beau langage fédérateur et universel imaginer que celui des musiques, essences mêmes des cultures plurielles à travers le monde?

Le public bayonnais ne s’y est pas trompé qui a su d’emblée s’approprier ce festival comme un vrai relais d’opinion. Car oui, ce festival là est engagé, critique et lucide, quant à poser les vraies questions d’identités culturelles à partager et que devront résoudre bien des sociétés de notre monde, trop souvent déchiré en vaines violences et conflits absurdes. Et oui, ce festival nous porte bien au delà des simples apparences ludiques car il concilie arts et sciences, à la croisée de multiples interrogations qui ont du sens et nous aident à mieux comprendre le monde tel qu’il est ou se représente aujourd’hui dans les imaginaires citoyens ou politiques , au sens noble de ces termes. Sous la houlette de son créateur Denis Laborde, anthropologue de formation, deux univers sensés opposés se télescopent en une osmose étonnante: Musicologie, ethnologie, histoire, études visuelles ou linguistique, musique, cinéma, radio, documentaire et même gastronomie se nourrissent, se renforcent les uns les autres pour une vraie analyse/compréhension de ce qui fait tout le substrat vital de peuples et de cultures uniques, tant il est vrai que le multiculturalisme reste l’enjeu majeur de demain. Ce festival là est plus que jamais une main tendue entre les peuples, les cultures dans une perspective de métissages nécessaires à venir qu’illustre plus que jamais la question prégnante et douloureuse des migrations actuelles. 

Beaucoup d’espoirs, de fait, se fondent sur ce festival qui correspond à merveille au territoire et aux ambitions culturelles de Bayonne. Un festival clairement positionné sur une vision politique de la ville , un festival de sens qui se pose en termes de débats de fond du bien vivre ensemble, en regards croisés très pertinents et actuels. Le coût global? 50 000 euros dont 15 000 alloués par la ville en plus d’un apport en locaux gratuits et d’une prise en charge de la communication.

Des thématiques fortes

Des nouveautés et des temps forts ponctuent la programmation qui s’enrichit d’une multitude de partenariats, notamment avec des événements connexes et complémentaires qui se greffent judicieusement sur la manifestation. C’est ainsi le cas de l’Ambassade de l’Inde et du festival “Namasté France” qui intervient sur sur une thématique de danse Manipuri (dans la région frontalière de la Birmanie) que l’on découvrira là. Le cas également du CNRS à travers la “Fête des Sciences”, occasion d’intégrer au festival les lycées de la ville sous l’angle de l’ethnologie, notamment le Lycée Cassin et le Lycée professionnel Le Guichot. Des collaborations intelligentes propres à construire de belles passerelles avec, outre l’Atalante et la ville, le Musée basque et d’histoire de Bayonne, l’Institut Culturel Basque, le Conservatoire Maurice Ravel, le Pôle Enseignement Supérieur musique danse de Bordeaux, l’Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, le CNRS, Estia, Elkar, le BTS audiovisuel et bien d’autres encore, auxquels se joignent des PME mécènes très fortement impliquées dans la vie locale, dont le chocolatier Pascal qui ponctuera bien des soirées en dégustations de chocolats et de gâteau basque.

Côté nouveautés, le festival investit de nouveaux lieux tels que la Médiathèque, Artoteka, le Conservatoire Maurice Ravel, le Lycée le Guichot, le Musée Basque et de l’histoire de Bayonne, les quais de la Nive, le Théâtre de Bayonne et plus généralement le Petit-Bayonne dont l’amicale mettra à disposition du festival la Casemate porte de Mousserolles pour y implanter son lieu d’accueil, ses points d’accès littéraires et sa cantine aux cuisines du monde adaptées aux concerts proposés. Une collaboration étroite se noue avec des établissement scolaires qui accueilleront des animations étonnantes dont certaines ne vous seront pas révélées pour ménager la surprise. L’édition tient une place importante cette année. Elkar diffusera CD et publications des intervenants du festival et 2 ouvrages seront co-édités par le festival.

La migration s’inscrit au coeur des thématiques abordées par le Festival avec, en point d’orgue, l’expérience vécue à Baigorri cet hiver où 50 migrants résidèrent pendant 3 mois. Une aventure suivie par Marie Cosnay en une chronique à paraître aux éditions  Créaphis et un hommage somptueux, en diversités de styles et de pays, rendu le 14 octobre, journée spéciale Migrants, au théâtre de Bayonne, avec « 99 » (voir video pour en savoir davantage!). Difficile – et présomptueux – de détailler tous les artistes et spécialistes qui nourriront de leurs talents ou de leurs savoirs ces quelques belles journées de métissage et d’ouverture au monde, aux mondes pluriels! Juste quelques pistes thématiques avec un focus porté cette année sur les Balkans le 15 octobre notamment, et la Réunion en de belles sonorités de maloya, un hommage au Maroc le 16 octobre, mais aussi, égrenée sur quelques jours, la volonté de clamer à quel point les musiques peuvent être des actes de résistance et de dialogue, témoignages de films, de documentaires ou de musiques à l’appui. Résistance à tous les extrémistes  présents en bien des pays islamiques ou ségrégationnistes comme l’Afrique du Sud ainsi que l’illustrera le cas flamboyant de Sonita, la rappeuse afghane!

On n’oublie néanmoins pas les diversités culturelles locales car le droit aux différences s’enracine aussi en notre pays avec la culture occitane, riche de ses mots et de ses musiques, et la culture basque que fait virevolter nos bertsulari! Deux hommages rendus les 7 et 8 octobre à Xalbador et Benat Julié, en mots, sons, images  et photographies. Et puis surtout, notre petit coup de coeur pour ces commandos musicaux ou « souffleurs de vers » en toutes langues qui viendront réveiller nos consciences!

Des stages novateurs

Une immersion au coeur du festival ? et pourquoi pas ! l’opportunité vous en est proposée en quatre thématiques bien différentes ! La danse Manipuri cassera tous vos clichés et repères sur la danse indienne version « Bollywood »!. Si la musique reste familière, les costumes et la gestuelle composent une étonnante mixité avec la Birmanie toute proche! Rendez-vous le 8 octobre au Lycée Le Guichot (10/12h30 et 14/16h30). 20 participants maximum pour un tarif de 40 euros ou 50 euros avec le spectacle. Même nombre de participants acceptés par le BTS audiovisuel de Biarritz du 10 au 16 octobre pour « Filmer la musique ». Un travail de pro réalisé avec des enseignants et sur un matériel adapté avec le soutien de l’Institut Culturel Basque qui inclura l’aventure dans Bilketa. Dans le cadre de l’hommage à Thelonius Monk, une master class de piano jazz se tiendra, sous la direction de Patrick Villanueva, le 11 octobre à l’Ecole de Musique de Tarnos. 12 stagiaires, pas plus ! Enfin, du 14 au 16 octobre, le Conservatoire Maurice Ravel propose un stage très marocain autour de l’Oud, du chant arabe-musulman et des percussions orientales pour 18 participants dont 12 instrumentalistes.

Pour toutes informations sur le programme et les tarifs,  www.haizebegi.eu

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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