Mozaik de musiques

Published on janvier 22nd, 2015 | by MagMozaik

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” Haize Berria “, un souffle nouveau et un joli “Soleil d’hiver”!

Lorsque je lis ces deux mots , je ne peux m’empêcher de penser au poème de Paul Valéry « Le vent se lève il faut tenter de vivre ». Sur ces vers, repris par un grand créateur de mondes oniriques, Hayao Miyazaki, souffle ce vent nouveau, comme une nécessité, pulsion vitale, big bang créatif sur l’imaginaire de compositeurs qui, comme des marins d’océans sonores aux couleurs inconnues, hisseront, Samedi 24 janvier au Conservatoire Maurice Ravel, des voilures musicales. L’équipage est formé de Cap-horniers  de la musique : Pierre Cabalette, Pierre Klanac, Joël Merah et Patrick Defossez. Sur le ponton ce mercredi, Joël Merah et Patrick Defossez. Ils invitent Magmozaik dans leur monde artistique peuplé de sirènes…. au chant électroacoustique. Deux artistes, d’envergure internationale,  dont la transversalité artistique se conjugue en une riche palette allant de la poésie à la musique ou de la gravure à la danse…

Iker anchez

Iker Sanchez

 

Deux parcours, une belle rencontre à l’aulne de Claude Ballif

Cet article est aussi ma madeleine de Proust. 20 ans auparavant, faisant des études d’écriture et d’analyse avec Pierre Cabalette, j’avais croisé Joël dans les cours du Conservatoire de Bayonne. Je me retrouve donc, dans la même salle, en sa compagnie et celle d’un compositeur, Patrick Defossez, professeur d’électroacoustique. Je branche le micro et règle mon appareil photo. Le moment est précieux, je le sais. Le monde des compositeurs est pudique et mes questions vont tenter d’ouvrir le kiosque de leur musique intérieure.

– Joël Merah : “Darizcuren ! Alfred Darizcuren ! un personnage haut en couleur, créateur d’une Estudiantina qui me demandait de l’accompagner à la guitare dans les églises, je devais avoir 9 ans. Je suis né a Clichy en 1969 et l’installation de ma famille près du Conservatoire de Bayonne, fruit du hasard, m’a permis de rencontrer Pierre Cabalette, professeur d’analyse et d’écriture, et Monsieur Goudard pour l’enseignement de la guitare. Cette sensibilité que j’ai envers la musique est familiale et vient aussi de disques vinyles que nous avions à la maison, et que j’écoutais ….assidûment. Ravel, mais surtout des petites pièces pour piano de Bartók. Les écouter me fascinait, développait mon imaginaire et puis, plus tard, comme Patrick, la rencontre avec Claude Ballif, un homme exceptionnel….”

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Joël Mérah et Patrick Defossez

– Patrick Defossez a un parcours éloigné des berges de la Nive. La Belgique est en lui depuis 1959. Études à l’Académie puis dans les Conservatoires Royaux ou, parallèlement aux concertos pour piano, on déclamait a l’époque des vers de Racine …pour travailler la diction ….et affûter la mémoire.

“Après la guerre, les forces de L’OTAN sont en Belgique, « multi nationales « , et je me réveille au son de GOOOD MORNINGGGG BELGIUM, cocktail de jazz, de Free jazz mais aussi de musique concrète diffusée par Radio France. Le choc ! cette musique qui faisait dire a mes parents : Le poste est cassé ? Non non c’est de la musique que l’on entend ! Ce sera mon fil d’Ariane qui me conduira, des décennies plus tard, à enseigner l’électroacoustique au Conservatoire de Bayonne. Puis, après mes études en Belgique, je quitte le plat pays pour BOSTON où je travaille alors dans le spectacle vivant, la création contemporaine, pour ensuite passer à Paris les épreuves officielles et rentrer au Conservatoire. A Paris justement, je rencontre Joël. Notre rencontre commune ? Claude BALLIF.”

– La rencontre de ce musicien et pédagogue hors du commun, qui succédera au CNSM à Olivier Messiaen, marquera les esprits des deux compositeurs. Il avait autant d’affection pour « les grands cerveaux de la musique » que pour les gens qui avaient une grande sensibilité,  sans pour autant faire de la musique savante. Il aimait à dire « j’accueille les chiens écrasés. » Nous restons quelques parts les enfants de Claude de part son humanisme et le cœur qu’il avait pour la musique et pour ceux qui la pratiquaient.

Joël Merah : “Ce qui m’a beaucoup touché chez Ballif. c’est qu’il savait d’où l’on venait. En rentrant dans une salle de cours il lançait en me voyant « Mon Basque, voici mon Basque ! » C’était sa manière à lui de souligner qu’une personne a un parcours et qu’il était important de le connaître pour le rejoindre « ensemble » vers « sa musique intérieure. »

Un compositeur doit- il partir pour s’enrichir d’autres cultures ? Sorte de passage obligé, de voyage initiatique, franchissement du Rubicon, compagnonnage sonore ou les sons du monde s’unissent aux vôtres…

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Joël Mérah


– Joël Merah : “le voyage forme. Ce que l’on voit ce n’est pas forcement ce que l’on attend, c’est quelque chose lié aux personnes. Ce qui m’a forgé le plus, c’est le fait de rencontrer des personnes complètements différentes de moi dans leur façon de penser la musique, l’art, la vie. Le voyage au Kenya par exemple (Joel Merah a été boursier de l’Unesco pour une résidence au Kenya avec la compagnie de danse GAARA NDLR) a été un choc culturel, tant dans « la façon » de penser la musique, les moyens pour la faire et surtout les raisons de la pratiquer.. Mais une œuvre peut, elle aussi, vous faire voyager . L’électroacoustique par exemple, et le fait de la pratiquer, a été une révolution dans ma vie, dans la manière de penser le son, de rentrer dans la matière musicale comme un poète qui va rentrer dans les phonèmes et laisser de coté « la signification du sens » ……pour travailler sur « la signification de l’utilisation de telle fréquence, des rapports des fréquences entre elles…… ».”

– Patrick Defossez : “En Belgique, le cosmopolitisme a toujours existé. Ce cosmopolitisme existait à l’intérieur de ses frontières pendant que la France avait des colonies… à l’extérieur. Mon séjour à Boston m’a permis de me rendre compte de la différence  en termes de pratique et d’approche de la musique improvisée entre européens et anglo-saxons qui ont une vision « beaucoup plus décloisonnée. » En terme de décloisonnement ,une personne qui m’a beaucoup marqué est un compositeur et musicien New Yorkais, John ZORN qui embrasse aussi bien la musique contemporaine, improvisée, qu’ électroacoustique. En France il y a un académisme pesant qui fait que, même encore aujourd’hui, il est très difficile de mélanger les genres, ce qui pose la question de l’approche compositionnelle. Doit- elle être forgée dans un mode littéraire unique ou doit -elle partir dans des expériences sonores nouvelles ?”.

Haize Berria….. ce souffle nouveau , que l’on entendra samedi 24 janvier, je le ressens déjà dans la passion de ces deux chercheurs d’absolu, créateurs d’univers en expansion.

– Joël Merah : Ce souffle nouveau, c’est Haize Berria! C’est une possibilité, pour les artistes, de s’exprimer, une manière de proposer de nouvelles esthétiques au public….

– C’est le public qui appréhende cette “compote “, “puisque le mot composition vient de la ! poursuit Patrick Defossez. Laissons le public choisir ! Est- ce de la musique ? De l’art plastique ? Nous ne faisons que  des propositions d’organisations sonores textuelles. “

A ce stade de l’interview je fais une pause. Je laisse les deux compositeurs seuls face à l’objectif. Ils parlent de leurs œuvres…”L’oreille du roi ” pour Joël Merah et “Mille Paths ” de Patrick Defossez.

D’après vous, comment ces souffles nouveaux seront-ils reçus samedi au Pays Basque, terre fortement ancrée dans la tradition?

– Joël Merah : “Ce n’est pas parce que le titre est basque (Haize Berria) que la musique le sera. Prenons l’œuvre de Pierre (Cabalette) le cavalier bleu (qui sera interprétée Samedi). Pierre est natif du Pays Basque, il parle basque mais son imaginaire, au niveau sonore, n’a rien à voir avec ce que l’on peut entendre ici. Il y a des références qui sont très éloignées. Néanmoins, pour Pierre, il est important d’y associer un titre en basque parce qu’il y a eu un imaginaire qui a été motivé, forgé, par son environnement, son histoire personnelle, ses racines. On ne croit pas en une évolution de l’art mais plutôt en une tradition en marche, c’est à dire que la tradition ne doit pas être juste une vitrine folklorique du c’était bien avant. J’ai joué avec Archie Sheep en parlant avec lui de tradition, on se disait que l’on était pas obligé de faire du New Orléans mais que l’on se devait de connaître cette musique, de l’écouter, de la sentir, au même titre  que le Gospel! Après, libre à vous de déconstruire cette musique pour en faire autre chose! Mais pour déconstruire, il faut d’abord connaître.”

– Patrick Deffosez: “En Belgique, il n’y a pas de tradition mais plutôt de la …contradiction. Trois langues sont usitées: le hollandais, le flamand et le français. De plus, il y a eu un siècle d’occupation espagnole en Belgique et mon grand père, belge, pratiquait la pelote basque en blanc avec le béret rouge ! Le carnaval de Binche, avec ses Gilles, c’est tout simplement une translation des géants que l’on voit dans les rues de Saint Sébastien. En Belgique, il n’y a pas une tradition musicale spécifique mais plutôt des mélanges.

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Patrick Defossez

 

En dehors de l’enseignement, avez vous d’autres pratiques musicales? Enseignement et pratique ne sont-ils pas, finalement, indissociables?

– Joël Merah : “Avant d’être enseignant, je suis artiste et musicien. Je nourris ma pédagogie de cette expérience. Je dois transmettre, de par ma fonction, la culture des autres, mais je transmets aussi la mienne! Et ces groupes là (ensemble Zéro, collectif de musiciens, ou le Garazi Philantropik(e) Orkestra, qui n’existe plus) permettent de générer un croisement entre la musique savante et la musique populaire. la musique est itinérante (musique de cirque) et pas forcément liée à un endroit de concert. Je suis enseignant parce que j’aime avant tout l’art, sous toutes ses formes! Je suis un peu plasticien, je fais de la gravure, du dessin, de l’encre, et ces formes d’expression multiples changent aussi ma manière d’appréhender la musique. “

– Patrick defossez: “Je m’occupe d’un duo, piano et électroacoustique, dont la spécificité est d’inviter des solistes qui viennent du monde du jazz ou des musiques improvisées et contemporaines. Par exemple, j’ai fait un album avec Simon Goubert, ancien membre de Magma. Puis un nouvel album avec Daniel Erdmann, saxophoniste berlinois, et Benny Sluchin, tromboniste à l’ensemble inter-contemporain. L’objectif était de se faire croiser des personnalités qui, a priori, ne se seraient jamais rencontrées! Entre un homme de pupitre… et un pur improvisateur. j’aime beaucoup les rencontres, ainsi qu’associer des instruments rares ou peu usités comme l’euphonium duplex, instrument abandonné de la famille du tuba! Donc, pour rejoindre ce que disait Joël, On est d’abord artiste avant tout!”

Y a-t-il un compositeur avec lequel vous partagez une sensibilité artistique?

– Patrick Defossez: “John Zorn, sans aucun doute, qui n’est pas dans une logique académique mais qui s’inscrit dans la logique de cet organisme vivant qu’est notre corps, notre esprit, et qui, à un certain moment, a besoin d’être dans le sacré…puis d’en sortir! J’aime les gens qui naviguent entre les frontières, en cheminement entre le on n’est déjà plus mais…on n’est pas encore!”

– Joël Merah: ” La rencontre avec Bartok qui remonte à l’enfance est importante mais je n’ai pas de compositeur précis! Ce que je cherche aujourd’hui, c’est plus l’idée de ce qu’a fait Miro dans la peinture qui, avec 2 ou 3 couleurs, arrive à un tableau, ou Calder et ses mobiles. J’ai toujours été influencé par ce genre de mouvement dans la musique, par ces peintres et ces sculpteurs. Depuis tout jeune les Américains m’ont fasciné dans n’importe quelle discipline, parce qu’ils avaient cette liberté, ce décloisonnement ce non Académisme et aussi l’Afrique. En fait, il faut retrouver sa nature, qui remonte à l’enfance, et la faire grandir avec nous.”

Quelques photos plus tard, nous quittons la salle, heureux de ces échanges privilégiés. A n’en pas douter, Joël Merah, Patrick Defossez, pierre Cabalette et Pierre Klanac feront souffler, dans la salle Dechico du Conservatoire Maurice Ravel, samedi 24 janvier à 20h30, un vent à décorner toutes les traditions, à décroisser la lune, à bouffer du hauban! Paul Valéry avait raison… Le vent se lève. Il est temps de hisser la voile…et de rencontrer d’autres univers aux couleurs d’Haize Berria.



Tarifs plein 15 euros, étudiants 5 euros, élèves CRR et moins de 22 ans gratuit et formule Piccolo 15 ou 20 euros.



4 musiciens sous la direction d’Iker Sanchez avec Julie Calbete au chant et l’ensemble de l’ORBCB

Pierre Cabalette

http://peio-cabalette.com/index.php?lang=fr

Patrick Defossez

http://2dlyres.net/biographieDefossez.php5

Joël Merah 

http://plus.wikimonde.com/wiki/Jo%C3%ABl_Merah

Le Garazi Philantropik(e) Orkestra

http://www.deezer.com/artist/163935

Sur Pierre Klanac

http://www.erudit.org/revue/circuit/2001/v11/n3/004666ar.pdf

http://www.orbcb.fr/

Claude Ballif

http://brahms.ircam.fr/claude-ballif

Xavier HEUTY,magmozaik64200@gmail.com

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