Donostia 2016

Published on juin 8th, 2016 | by MagMozaik

0

“Guerre et Paix”…Nouveaux chapitres!

“Traités de paix”…Point d’orgue incontestable de Donostia 2016, ce “Phare de la Paix” se propose de décliner en une multitude d’expositions,  de conférences, publications, séminaires et voyages historiques, le fil ténu, fragile, tissé entre conflits ravageurs et paix si précaires. Entre deux guerres, la paix, ou entre deux paix, la guerre? Telle est la sempiternelle et générique question qui secoue le monde de séismes douloureux. La violence, l’affrontement de pays, les guerres civiles, le colonialisme déchirent depuis longtemps les peuples selon des codes diplomatiques et politiques qui varient selon les siècles et les structures sociétales. Le monde du XVIIème siècle ne se pensait pas comme celui du XXème siècle. Enjeux, régimes différents… De l’Europe monarchique à la mondialisation, le grand écart est stupéfiant mais les désastres similaires. 

Un événement majeur, rare et précieux

Par sa conception, son envergure thématique et géographique, la richesse des oeuvres exceptionnelles présentées et la diversité unique de ses propositions culturelles et artistiques, « le Phare de la Paix » symbolise, en un formidable point d’orgue, toutes les démarches essentielles de Donostia 2016, à travers l’ambitieux dispositif des « Traités de Paix » et toutes les opérations qui le renforcent, en marge. Au coeur de cet événement impressionnant, une exposition, « 1516-2016: Traité de Paix », fondamentale, qui se décline en 8 cas d’étude, véritables variations autour de 8 dates clés où se cristallise la frontière mouvante et tenue entre temps de guerres et temps de paix.

La thématique des représentations de la dualité Paix/conflits dans l’histoire de l’art, de la culture et du droit, tire son origine des travaux  de Francisco de Vitoria. Cet inspirateur de la première école de droit international, l’Ecole de Salamanque, s’efforça de codifier, en un manuel resté célèbre, le processus juridique pour bâtir de bons traités de paix en un temps tumultueux d’exclusion des “hérétiques”, maures juifs et protestants! Mais comment quantifier l’imprévisible en matière d’ambitions, d’émotions à vif, d’actions et de réactions humaines? Son « Tratado de Paz » s’attache néanmoins à explorer le rapport complexe, sensible, entre guerre et paix pour rendre, en quelques carcans de lois, le monde plus habitable.

La problématique centrale de cet ensemble foisonnant d’événements étonnants met en lumière l’instant complexe où l’on bascule de la guerre à la paix puis de la paix à la guerre, en des rapports de force aux infinies nuances. Une fragilité dont les ressorts varient selon les époques, les contextes politiques, religieux, sociaux- économiques, ou les manières de penser, d’inventer, les rouages diplomatiques et les enjeux de conquêtes. En ces jeux dangereux d’un temps entre deux, de multiples composantes se mêlent en configurations diverses pour définir des guerres/paix entre pays voisins ou factions d’un même peuple qui ont noms expulsion des hérétiques, guerre de Trente Ans, guerre napoléonienne, guerre carliste, guerre civile ou, plus récemment, affrontements ETA/Espagne.

Si la géopolitique de l’Europe repose, au XVIIème siècle, sur de fines stratégies entre familles royales, toutes unies par des liens de fraternité ou de cousinage, si la diplomatie de cette époque joue la carte majeure des unions entre princes, rois et princesses de sang royal uniquement destinées à renforcer des alliances ou constituer des blocs entre groupes de pays, l’époque napoléonienne impose de nouvelles règles plus brutales, insidieuses et manipulatrices. Et si Napoléon 1er, en ses ambitions de conquêtes, mise sur les rivalités entre rois d’Espagne, légitime ou usurpateur, père ou fils, il se sert de modes de fonctionnement anciens pour mieux écraser ses adversaires en des stratégies politiques ou des comportements résolument nouveaux, ouvrant ainsi la voie, dans les décennies suivantes, à des manières inédites de gérer la dualité guerre/paix nettement plus violentes et abruptes, en un déplacement des conflits vers les déchirements internes de peuples. Avec les guerres civiles ou l’ETA, il ne s’agit plus de privilégier alliances ou conquêtes  mais de confronter des idées et des causes à défendre. Les processus de paix en deviennent du coup plus difficiles, délicats et précaires, en des périodes actuelles où surgissent de nouveaux modes de domination par la colonisation ou la mondialisation.

 Mais dans tous les cas de figures explorés, la fragilité des équilibres précaires, complexes, entre conflits et paix de plus en plus compliqués, constitue le fil rouge d’une thématique quasi universelle aujourd’hui.

Diversité de lieux, thèmes et modes d'expression

Le souffle et l’amplitude de l’opération tiennent aussi à son maillage géographique, côté nord et côté sud à travers la forte implication  de villes et lieux d’exposition ou d’expression culturelle nombreux qu’un joli calendrier met en perspective. De la même manière, les multiples déclinaisons conjuguent les dates  historiques clés de conflits et de réconciliations en visions plurielles où les questionnements sont toujours présents en expositions traditionnelles, uniques par les oeuvres d’art rassemblées, en créations d’artistes contemporains, en conférences, films et autres musiques. Jugez en plutôt:

1516-2016: Traités de Paix ( Musée San Telmo et Koldo Mitxelena Kulturunea, Saint Sébastien 18 juin-10 octobre).

Cas d’Etude: 

  • 1513: Depuis les Paix d’Urtubia, Géographie et paysages (Musée de la fondation Jorge Oteiza d’Altuza, 26 mai-18 septembre)
  • 1660: Paix des Pyrénées, politique et famille (Musée basque et de l’histoire de Bayonne, 3 juin-25 septembre)
  • 1808: L’abdication de Bayonne, ornement et délit (DIDAM, Bayonne, 3 juin-25 septembre)
  • 1839: Avant la convention de Bergara, geste et interprétation ( Musée Zumalakarregi, Ormaiztegi, 31 août-1er novembre)
  • 1930: Pacte de Saint Sébastien, histoire et syncope (Koldo Mitxelena Kulturunea, Saint Sébastien, 10 juin-4 septembre)
  • 1936: José Maria Sert et la Société des Nations (Université de Salamanque et Musée San Telmo de Saint Sébastien, 28 octobre-18 décembre)
  • 1937: Autour de Gernika, guerre et civitas ( Mus ée Bilboko Arte Ederren, 30 septembre- 9 janvier 2017)
  • 1989: A travers les entretiens d’Argel, délire et trêve ( Artium, Vitoria-Gasteiz, 11 août-1er novembre et Fondation Antoni Tapies, barcelone, 11 novembre- 15 janvier 2017)

Autour de ces temps forts, petites balades en quelques champs artistiques et culturels:

  • Ibon Aranberri, « Makina eskua da » (machine à la main), Musée Armagintzaren, Einar, 5 juin-7 septembre.
  • Eduardo Molinari, «  Archives en marche, le venin dans ta machinerie », Lazkao, 25 juin-23 juillet.
  • Ines Doujak et John Barker, « The diable ouvre une école de nuit pour enseigner les secrets des succès et des échecs », Ciriza Etxea, Trintxerpe à Pasaia, 16 juillet.
  • Mitra Faharani, « Le recyclage moderne des enfants sacrés », Martirieta/Martitte Ermina, Azkoitia, 28 août-2 octobre.
  • Juan Luis Moraza, « Tags de guerre », Soreasu Antzokia et Nuarbe, Azpeitia, 1-3 septembre.
  • Alejandra Riera, « …-oHpéra-muet-… », Cinéma Issas Mendi-La Corderie, Urrugne, 23-24 septembre.
  • Asier Mendizabal, « Composition et arrangements », Otzaurte, Zegama, 1-31 octobre.

Sans oublier quelques surprises avec “Sans Titre 2” que nous avons largement evoqué.

Bayonne, Opus 1

La machine à remonter le temps fonctionne à merveille au Musée Basque et de l’histoire de Bayonne où se déroule le film, riche de sens et de quelque 140 extraordinaires pièces, “1660-La Paix des Pyrénées: Politique et Famille. L’esprit de velazquez”. Une immersion totale au coeur d’une époque d’où jaillissent la grande histoire, certes, mais aussi tout un contexte culturel et artistique au quotidien. Peintures, gravures, tapisseries, dessins, estampes, médailles, vêtements, meubles, livres, manuscrits incunables -tel ce traité de Paix dont il n’existe que deux exemplaires au monde, ou le contrat de mariage entre Louis XIV et l’infante Marie-Thérèse- font revivre un temps bouillonnant et tumultueux où les alliances et unions entre familles royales conditionnaient les paix et les guerres fratricides entre pays européens.

Le prétexte? Ce traité de paix patiemment tissé à l’Ile des Faisans entre la France et l’Espagne, par le Cardinal de Mazarin et Don Luis de Haro, mettant un terme à la Guerre de Trente Ans et que scella l’union entre le roi de France et l’infante d’Espagne, en de somptueuses cérémonies orchestrées par Velazquez et Le Brun. L’occasion de rappeler combien les artistes participaient des arcanes de la diplomatie et des jeux de pouvoir à travers les échanges de portraits de cour à cour en vue de mariages politiques (souvent consanguins) et  stratégiques, mais aussi en s’impliquant dans l’organisation des fêtes officielles, manifestations essentielles de l’influence des souverains concernés. Toutes les oeuvres exposées prouvent à l’envi combien les rois de France et d’Espagne soutenaient les artistes comme des outils de leur magnificence et de la représentation de leur puissance. Ce fut le cas de Louis XIV avec, notamment Philippe de Champaigne, Jean Nocret ou les Beaubrun, sans parler de Le Brun ou, en musique, de Lulli, mais aussi de Philippe IV,  Lope de Vega, Calderon, Agustin Moreto et Velazquez en tête! Une floraison de pièces rares et précieuses, issues des plus grands musées et bibliothèques de France et d’Espagne: Musées du Prado, du Louvre, du Château de Versailles, des Beaux-Arts de Chartres, du Mans, d’Orléans ou de Valencia, de la Real Academia de Bellas-Artes San Fernando de Madrid, de la Bibliothèque Nationale d’Espagne, des Archives Nationales de France, etc! Jamais Bayonne n’avait accueilli collection aussi importante en France, sous la houlette d’Olivier Ribeton, Conservateur du Musée basque et de l’histoire de Bayonne, et de Javier Portus, conservateur de la peinture baroque au Musée du Prado de Madrid!

Mais au fil des salles, en filigrane, apparait aussi un tableau plus réaliste, critique et rude de l’Espagne d’alors, en pleine crise politique, dynastique, territoriale et économique. Une image troublée que la France connaît ou connaitra quelques années plus tard également avec les princes factieux. Des années mouvementées sur fond d’intense vie artistique et culturelle. Nous resterons quelque peu amusés devant cette édition originale des “Mémoires” d’une certain De Guiche qui, lui, n’en doutons pas, foi de Cyrano, de lui portera pas offense!

Bayonne, opus 2

Autre époque, autre ambiance créative au DIDAM où l’exposition contemporaine “1808 – L’abdication à Bayonne: Ornement et délit” pourrait fort bien s’intituler la journée des dupes! De fait, le 5 mai 1808, Napoléon 1er obtient l’abdication des deux rois rivaux Ferdinand VII et Charles IV au profit de son frère Joseph, véritable marionnette en ses mains, et futur botaniste après la débâcle de 1815!

Tout se structure autour de l’oeuvre paysagiste du José ramon Ais qui s’inspire d’une création plus ancienne, « Le jardin de la guerre d’indépendance espagnole » pour concevoir un autre paysage britannique photographique à l’anglaise calqué sur les plans de la décoration intérieure du Palais de Marrac où séjournait alors l’empereur . A ses côtés, en écho aux reproductions historiques, des artistes contemporains qui donnent à réfléchir sur la violence, le colonialisme et l’impérialisme en transformant le chant des conflits politiques en lieux de délassement verdoyants!

Mais en chaque oeuvre, néanmoins, coexistent les dimensions historiques et la dualité Guerre/paix, autour d’une simple idée brillante de l’artiste, commissaire de l’exposition avec Olivier Ribeton, qui fait de son jardin imaginaire un arbre généalogique des grands de cette époque impériale. A l’époque, de nombreuses expéditions botaniques exploraient le monde entier, notamment l’Amérique du Sud ou autres colonies, pour découvrir de nouvelles plantes à ramener et implanter en Europe, indépendamment des matières premières bien sûr recherchées et pillées allègrement. Outre leur appellation scientifique, ces spécimens se voyaient affublés des noms des puissants contemporains, comme des sortes d’éponymes honorifiques, parfois un tantinet railleurs! Napoléon 1er, Joséphine son épouse, Manuel Godoy, le duc de Wellington, Charles IV ou Ferdinand VII, entre autres, parrainèrent d’exotiques espèces aux appellations latinisées!! C’est à travers ce jardin des abdications que l’artiste évoque cette journée de trahisons et manipulations avec tous les protagonistes représentés à travers leurs doubles botaniques! En arrière plan, toute une série de gravures esquissent un contexte historique – notamment avec les cadeaux des rois dupés!- non exempt de critiques acerbes via les caricatures anglaises dont celle, fameuse de King Nap due à Walker!

Dans cette lignée, mêlant histoire, ironie et vision critique, d’audacieux artistes contemporains entourent José Ramon Ais en des créations souvent ludiques où la dualité guerre/paix ne se départit pas du contexte historique. L’oeuvre de Fédérico Guzman, « Tomaco », en est un exemple flagrant. de multiples boites de conserves, emplies d’un mélange de tomates et de tabac, se dressent en pyramide, en référence à Omer Simpson qui découvrit une nouvelle espèce douce mais aussi terriblement addictive, le Tomaco. Belle allusion allégorique aux bienfaits de la paix et aux addictions à la violence de la guerre. Mais aussi une référence insolite aux efforts que déploya Napoléon pour, en temps de campagnes militaires, pouvoir conserver la nourriture pour alimenter ses troupes!

Ian Hamilton Finley, Alberto Baraya, Carmen Cabrera, Alvaro Perdices, Pedro Alvarez, Pepia Rubio, Noémie Malet et Miguel Brieva complètent ce collectif improvisé dont les oeuvres drolatiques, poétiques ou nerveuses dénoncent avec force les duperies et manipulations politiques ou économiques. On passe de ces orchidées qui dissèquent avec virulence la vision exotique et colonialiste de l’autre à des herbiers saisissants où l’arbre symbolise la mort, d’un triptyque étonnant où le corps se transforme en végétal aux hardes d’immigrants laissés au hasard des fuites… Des engagements où les univers créatifs  expriment des messages clamés haut et fort de paix et de respect des différences. Dans l’exacte lignée des axes de Donostia 2016 finalement!

Deux expositions, parmi bien d’autres à venir, à suivre, pour écrire aujourd’hui de nouveaux chapitres de “Guerre et Paix” à l’encre de nos histoires plurielles!

www.bayonne.fr et www.dss2016.eu

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

This Post Has Been Viewed 160 Times

Tags: , , , ,


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to Top ↑
  • Rejoignez-nous sur Facebook

  • Catalogue art/culture

  • L’annuaire Mozaik 2017

    L’annuaire Mozaik 2017
  • Panier