Vu dans la presse

Published on mars 12th, 2017 | by MagMozaik

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Gérard Fromanger et « l’écharpe d’Iris »

Du 10 mars au 21 mai, Jean-François Larralde relève le défi d’exposer en une confrontation et opposition apparentes, deux artistes majeurs, Jeannette Leroy et Gérard Fromanger en un dialogue de styles et générations différents que scelle une longue et tendre amitié. « Rien que vous et moi » offre, au DIDAM, l’occasion de découvrir un homme attachant, impertinent, pertinent, décapant souvent, ancré dans une réalité sociale et politique qui privilégie les hommes dans toute leur entière et complexe unicité.

Le délicat exercice d’expositions duelles, Jean-François Larralde le maîtrise à la perfection tant il exige un respect total des moindres fibres subtiles et émouvantes des artistes dont il exalte le talent spécifique, la belle complémentarité ou les parcours divergents. Il cisèle au Didam 4 strates d’un dialogue contrasté et singulier que Gérard Fromanger résume en ces quelques mots incisifs et denses: « On ne se pose qu’en s’opposant ». Opposition entre le mouvement de Paris, dont est issue Jeannette Leroy, et celui de Gérard Fromanger qui ancre l’art dans une réflexion politique et sociale ? Plutôt un relai entre deux générations et deux manières de percevoir les réalités d’un monde en perpétuelle évolution, qui forcément n’existent qu’en s’affrontant. Deux façons de se penser artiste que 3 autres partis pris d’exposition illustrent: Oeuvres des années 70 versus Oeuvres récentes, couleurs vives sur interprétations de photos magnifiées versus complexes arabesques en subtiles nuances de noir, de blancs qu’émaillent quelques notes colorées furtives, reproductions en digigraphie versus oeuvres originales. Nous avons suivi l’homme en une déambulation jubilatoire, rare occasion de l’écouter se dire avec passion, impétuosité, une pointe d’humour corrosif, iconoclaste et une exubérance chaleureuse, tendre et directe.

Belle entrée en matière impromptue:  «  Vous nous connaissez, mais vous, qui êtes-Vous ? » lance-t-il amusé aux journalistes. Et chacun de se présenter d’autant qu’il salue la belle présence, rare en province, de la presse. « Voilà, la communication est établie, ou plutôt le dialogue car, comme le dit Deleuze, la communication ce n’est pas de l’information mais des mots d’ordre ». D’emblée se dessine le visage d’un homme engagé, qui de mai 1968 à aujourd’hui n’aime rien tant que le dialogue avec d’autres artistes, des intellectuels, des philosophe ou des cinéastes tel Godart. Pourquoi cette exposition? « Parce que Jeannette, à 17 ans, j’en ai été amoureux!! Je suis ici pour elle. Cette femme extraordinaire, d’une grande intelligence et d’une immense culture  m’a prouvé qu’être artiste c’est possible, c’est une vie entière, risquée mais totale. Notre apparente contradiction n’est qu’une question de génération. La mienne s’est opposée à la sienne en prenant le relai. Mais l’art n’est qu’une succession de batailles pour rire, néanmoins batailles sérieuses sur les positionnements structurels et les démarches de chaque artiste. Ma génération s’est davantage enracinée dans son temps et engagée politiquement mais n’oublions pas que Pollock en son temps fut communiste et souffrit du macchartysme. L’Amérique s’en prévalut ensuite en faisant abstraction du sens politique de son oeuvre. »

Une volonté commune alors de transmettre leur expérience aux jeunes générations? « Je n’aime pas être professeur mais je réponds toujours aux sollicitations des structures qui enseignent l’art. C’est passionnant et passionné » mais aussi un brin déstabilisant car Picasso disait « Je n’ai peur que d’une seule chose c’est de la vague qui va me dépasser ». Comment travaille-t-il? En se nourrissant de la vie des gens de tous les jours, dans leurs préoccupations, leurs luttes, leurs quotidiens qui en disent souvent long de parcours heurtés. En allant au devant d’eux pour les rencontrer et, comme souvent dans tous les pays où il a exposé ou qui l’ont invité, établir un vrai contact. La retraite? « Hélas la création est un moteur qui ne s’arrête jamais. Si je parle de mes projets, c’est que je n’ai pas envie de les faire, alors je ne dirai rien aujourd’hui de ce qui germe en moi ».

Ces hommes et ces femmes qui surgissent de ses toiles, à l’huile ou à l’acrylique, arborent toujours de flamboyantes couleurs qui leur sont propres comme ce kiosque en gris et noir autour duquel une véritable géographie humaine s’organise avec légende de couleurs… car ce sont eux qui délivrent finalement la véritable information de vie. Ou ces habitants du petit village chinois de 300 000 habitants (sic) pris en 1974 en photo au sortir de la maison de la culture dont chacun révèle par une couleur unique sa personnalité et son individualité, en réaction à l’uniformisation de l’époque niant les talents au nom d’une entité globale: le peuple!

Tous les 5 ou 6 ans une remise en cause survient: « ça recommence toujours le problème de se dire où est-ce que j’en suis, qu’est-ce que je pense de la réalité et des gens qui m’entourent? Une de mes dernières séries s’intitule  ‘Le monde sens dessus dessous ‘. Tout est parti d’une information surprenante et vérifiée: Le monde économique appartient à 30 ou 40% à ou aux mafias! Ce monde magnifique, merveilleux, miraculeux est aussi tragique, dur et corrompu! A partir de ce constat il me faut à chaque fois trouver la combinaison plastique pour traduire mes inspirations. Pour ma ‘Série Noire’, j’ai repris les couleurs noires et jaunes de ces célèbres polars. Sur les photos du quartier de mon atelier gravitant autour des rues de la Bastille et de la Roquette, j’ai posé en filigrane ce que je voyais avec ma sensibilité et mon état d’esprit, comme un instantané, à travers un arc en ciel dont j’ai réalisé qu’il était cette écharpe d’Iris  dont la légende veut que tous les matins elle distribuait les couleurs du jour sur la Terre. J’ai posé ainsi mes fils de couleur sur tous ces petits détails de vie émouvants qui font un monde. Pour ma série du balayeur malien que je voyais chaque jour en bas de chez moi, j’ai discuté avec cet homme somptueux et simple qui ne parlait que peu français et ne savait pas lire. Il se repérait aux couleurs de la ville pour mener sa vie et travailler. Décliner la même photo de ce balayeur en versions colorées était rendre hommage à son humanité et sa richesse. »

On l’aura compris, nous pourrions passer des heures passionnantes et précieuses à suivre l’incroyable et intense aventure artistique autant qu’humaine de Gérard Fromanger. Dernière question: Pourquoi la digigraphie? « Parce que mes oeuvres sont éparpillées dans le monde entier et que les faire venir coûterait une fortune en transports et en assurances. Rien que la fresque chinoise, vendue à Beaubourg à l’époque l’équivalent de 5000 euros, exige une assurance de 700 000 euros minimum!! Chaque oeuvre ici a donc été digigraphiée selon un procédé numérique en un seul et unique exemplaire! Si l’une brûle, ce n’est pas grave! Et puis c’est une manière de faire découvrir toutes ces toiles au jeune public à moindres frais ». Un magnifique artiste dont l’humilité n’a d’égale que son immense talent.

Le Didam: Entrée libre du mardi au dimanche de 13 à 19h00. Voir programme des médiations autour de l’exposition dans notre précédent numéro de la SPB ou sur www.bayonne.fr

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

Photos Mathieu CLERC et video Philippe SIRET

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