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Published on mai 20th, 2017 | by MagMozaik

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Flamboyances et désespoirs russes à Biarritz

Pour la troisième année consécutive, l’association Biarritz Années Folles embarque la cité à bord d’une machine à remonter le temps, au temps où le temps se vivait en une frénésie de fêtes et d’évolutions majeures, passant en une dizaine d’années d’un monde révolu à la modernité dans tous les domaines.

Du 1er au 4 juin, tout un festival haut en couleurs et reconstitutions historiques vous entraîne au coeur d’une époque d’effervescence d’où naitront, de 1919 à 1929, l’image et la belle notoriété internationale de la ville. La manifestation, imaginée par son chef d’orchestre Serge Istèque et vite rejoint par une foule de bénévoles passionnés et enthousiaste, mais aussi soutenu par les instances municipales, lançait en 2015 le pari insensé d’offrir à Biarritz son événement annuel identitaire, à l’instar des Fêtes de Bayonne pour sa voisine, ou des Fêtes de San Firmin pour Pampelune. Au bout de trois ans, le challenge s’annonce pour le moins bien réussi. Le vent en poupe, l’association se développe, fourmille d’idées nouvelles, fédère des initiatives dans la France entière voire bien au delà pour un rendez-vous en passe de devenir incontournable, de plus en plus intégré et bien vécu par la population, les acteurs culturels, touristiques, sociaux , politiques et économiques de la cité, mais aussi par les visiteurs qui, en début de saison, découvrent un bouillonnement d’animations festif et d’excellence.

2017 c’est aussi l’année du centenaire de la Révolution Bolchévique. Dans une ville qui accueillit de très nombreux réfugiés russes, c’est l’occasion rêvée, sur deux ans, de proposer une thématique russe à travers de nombreux événements mais également des outils de médiation à l’intention des scolaires, pour qu’ils apprennent ainsi à connaître l’histoire de leur ville et des influences qui l’ont marquée à jamais. Premier temps majeur: Une grande exposition à la Crypte Sainte Eugénie illustre, en objets, photographies, documents inédits, videos, oeuvres d’art contemporaines et conférences de haute qualité, l’âme russe à Biarritz, du 27 mai au 30 juin, de 14h à 18h30 tous les jours.

L’idée de cette exposition est un cheminement dans le temps, un espace bref d’un peu plus de 10 ans où le monde bascule entre deux époques décisives, l’une révolue et dramatiquement éradiquée dans la violence, le déracinement, l’exil et ses déchirements au coeur d’une grande guerre aux hécatombes effarantes, et l’autre où les fondements de nos libertés et structures de fonctionnement émergent en dépit d’un couperet cinglant en 1929, par trop de débordements non maîtrisés sans doute. Un cheminement sur notre ville qui accueillit près de 700 réfugiés russes de toutes origines et de toutes conditions sociales. Certains, francophiles et francophones, habitués depuis longtemps aux villégiatures fastueuses d’été réservées à l’aristocratie ou aux gens de culture, s’adaptèrent vite, dès 1917. D’autres, bien plus humbles et malmenés, de Yalta à nos côtes, s’enracinèrent moins vite dans la « Petite Crimée », s’appuyant pour ce faire sur les oeuvres charitables de la princesse de Paley ou du Grand Duc Alexandre, et l’église orthodoxe, garante d’un esprit russe embarqué à la va vite dans quelques valises. Mais des années folles, exubérantes, voire frénétiques, comme une fuite en avant et l’envie de vivre à 1000 à l’heure le suc de le vie, où la mode russe valorise une nouvelle manière révolutionnaire de concevoir les arts et les cultures à commencer par les Ballets Russes, la musique, la littérature ou le cinéma avec Eisenstein. Des visions prophétiques de nouveaux axes où définir les normes de l’art et de la culture. Picasso vient ici avec Olga Kokhlova, sa femme, danseuse étoile de Diaghilev. Stravinski suit Coco Chanel, Arthur Rubinstein et Eugenia Errazuriz, Chaliapine prend résidence sur le littoral et les familles Poliakov, Romanov et autres Youssoupov réinvestissent un espace de fêtes et de libertés. Rien n’est aléatoire de cette émergence de vies et concepts nouveaux que la parenthèse de la seconde guerre mondiale n’arrivera pas à oblitérer. Le train de l’avenir est en marche et pour Biarritz c’est une opportunité à saisir à bras le corps sur un terreau russe sans faille, entre autres graines semées.

Organisée en espaces thématiques, l’exposition revient sur les raisons profondes qu’eurent les russes de s’implanter à Biarritz avant de dérouler le fil tragique d’exils vécus entre envies de maintenir les fastes d’antan, de continuer vie mondaine et vie culturelle, mais aussi de redémarrer de nouvelles existences par le travail imposé, vécu comme autant de petites déchéances sociales, les princesses se faisant soubrettes, cousettes ou mannequins et les cosaques grooms ou voituriers, les grands aristocrates désargentés réduits à se faire entretenir ou héberger par les nouvelles  grandes fortunes d’affaires émergeant à Biarritz, européennes, américaines ou latino-américaines. Mais un temps de superbe créativité pour les artistes et intellectuels russes dont le nomadisme se nourrira au creuset de grands mécènes et mondains pour lesquels Biarritz reste, l’espace de 10 ans, un phare incontournable. Un temps enfin où, au coeur de saisons mondaines de festivités, s’inscrivent de belles soirées caritatives russes en faveur des exilés les plus démunis, comme autant de signes forts d’une communauté solidaire et unie dans la détresse.

Pour exprimer toute cette richesse, le choix de structures en panneaux PVC n’a rien d’anodin. Il procède d’une volonté de montrer au public le plus large possible des documents inédits qu’il reste impossible de sortir des archives ou de collections privées, mais aussi d’une envie pédagogique de rendre l’exposition nomade, en un large travail de médiation, auprès des scolaires mais aussi des associations russisantes partout en France qui souhaiteraient partager l’expérience. Des panneaux que complètent une multitude d’objets prêtés par des collectionneurs privés, souvent descendants de familles russes ou de musées garants de nos mémoires historiques. Une ambition que complète l’envie de porter un autre regard sur les russes de Biarritz, celui que leurs hôtes, biarrots et basques, d’hier à aujourd’hui, ont porté et portent encore sur ces traces profondes, impétueuses et fantasques, quoique souvent douloureuses. Deux artistes proposent leur vision de l’âme russe telle qu’ils la perçoivent aujourd’hui. Claude Billès propose une sérigraphie de la Villa Belza, haut lieu de fêtes russes de 1923 à 1934 et Christophe Pavia créera, en résidence, 3 coiffes à base de végétaux et de fleurs, serties en robes extravagantes. Des créations portées exceptionnellement par trois jeunes femmes lors d’une soirée de Gala à l’Hôtel du Palais le 2 juin et à l’Hôtel Régina le 3 juin lors d’une réception russe.

Des ouvrages contemporains sur le thèmes des russes à Biarritz en thématiques différentes seront également exposés à la Crypte Sainte Eugénie ainsi qu’un film sur l’exposition, à travers de multiples documents et témoignages inédits, et un autre sur les voltiges équestres cosaques. Enfin, pour parfaire l’exposition, des conférences permettent d’approfondir des thèmes de choix: Après Etienne Rousseau-Plotto, grand spécialiste de Stravinsky, les 10 et 17 mai derniers, Andreï Korliakov, auteur d’une série de magnifiques ouvrages photographiques sur les multiples facettes de l’exil russe de 1917 à 1947 (Editions YMCA-PRESS), interviendra le 27 mai à 11h00 à la médiathèque de Biarritz sur le thème des russes réfugiés dans la cité, suivi à 14h30, au même endroit, par Pierre Pakhomov qui, avec le panache qu’on lui sait, nous entrainera dans le sillage de l’art équestre cosaque. Le lendemain à la Crypte Sainte Eugénie, 14h, Jean-Bernard Cahours D’aspry évoquera les ballets Diaghilev sur notre territoire. Enfin, le 1er juin, Edouard Labrune nous entretiendra des russes à Biarritz au Musée Historique, dès 19h00.

Exposition ouverte tous les jours de 14h à 18h30. Tarifs: 3 euros adultes, gratuité pour scolaires et moins de 16 ans. Tarifs modulables pour handicapés, étudiants et sans emploi. Toutes informations: www.biarritzanneesfolles.com et 06 52 95 75 32

A noter: Un appel à financement participatif!!www.kisskissbankbank.com/exposition-l-ame-russe?ref=recent

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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