Festivals

Published on avril 17th, 2015 | by MagMozaik

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Ethiopiques 2015: Un beau métissage sur la Terre Mère

Pour leur 7ème édition, du 22 au 26 avril, les Ethiopiques s’articulent autour du thème fort ,largement décliné, qu’est la préservation de la Terre Mère, qu’il s’agisse d’environnement, de culture, d’art ou d’une mémoire sociale et économique à sauvegarder de toute urgence. A l’heure où disparaissent maints événements culturels majeurs tels les Translatines, les Océaniques ou le Festival Black &Basque, l’étouffement dramatique de ce qui fait vivre les populations et représente aussi une véritable industrie, s’ancre au coeur de cette manifestation plus emblématique que jamais.

Sur 5 jours, L’équipe de Bernard Achiary propose une manifestation dont la transversalité, la densité et la richesse multiculturelle expliquent sans doute le maintien, malgré un budget faible certes, mais avec un engagement très fort de tous lesintervenants et artistes, quasi bénévoles (trop peu rémunérés à notre goût), pour que la culture reste au coeur de nos sociétés, de quelque pays qu’elles soient. L’occasion également pour l’association porteuse des Ethiopiques, Ezkandrai, de célébrer en beauté ses 20 printemps en investissant tous les lieux culturels et artistiques symboliques de Bayonne à travers quelques temps forts axés sur l’émergence de nouveaux combats citoyens, des jardins partagés ou de l’arbre au devenir des visages urbains post industriels, de Bilbao au Boucau. Chaque jour nous suivrons les rencontres, les débats, les rendez-vous artistiques et musicaux pour 5 opus au quotidien. 

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Philosophie et positionnement de ces rencontres

– Depuis 20 ans, Ezkandrai s’applique, dans tout le Pays Basque, à développer et promouvoir des cultures et talents locaux à travers des manifestations riches de sens, ponctuelles, telle la Pastorale “Le temps des cerises” (Gerezien denbora) ou durables, comme les jeudis de Baroja (un jeudi par mois, les 3 autres gérés par d’autres associations telle La Maison), Errobiko Festibala à Itxassou depuis bientôt 19 ans ou les Ethiopiques depuis 7 ans. Ezkandrai signifie “au dessus de la chênaie”, nom ô combien symbolique quand on sait à quel point le chêne occupe une place importante dans la culture basque. Il incarne non seulement la force brute et fondamentale mais aussi l’enracinement profond et identitaire au coeur de traditions culturelles qui surfent néanmoins sur la modernité dans leurs évolutions. Ttitto Aguerre, on s’en souvient, en fait sa matière noble de sculpture. Toutes les actions de l’association, bien différentes les unes des autres, répondent cependant à un démarche unique fondée sur des valeurs et des orientations dont se nourrit l’esprit et la sève Ezkandrai.IMG_1335

– Pour Bernard Achiary, les choix artistiques n’ont de sens que s’ils s’inscrivent dans un substrat socio économique et culturel riche et varié . L’artiste puise sa créativité en ce tissu de travailleurs, de scientifiques, d’écrivains, de poètes, d’acteurs et autres musiciens pour mieux exprimer sa conscience citoyenne et sentir les racines d’une mémoire qui le forgent. Inversement une société, dans toutes ses composantes multiples, ne saurait évoluer sans placer au coeur de son environnement les arts et les cultures. C’est d’autant plus vrai au Pays Basque dont on sait combien notre territoire est historiquement terre d’accueil et de métissages en tous domaines y compris celui des plantes! Qui sait en effet que le piment vient d’Amérique du Sud et l’Hortensia de Chine? Voilà qui démontre combien les influences artistiques et culturelles extérieures ont su, au fil des siècles, enrichir l’identité basque en une mosaïque de confluences.

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– Grâce à cette toile vivante tissée en 20 ans, la greffe des Ethiopiques s’est tout naturellement faite sur cette philosophie mâtinée d’imprévisibilité et d’improvisation. Car les belles rencontres entre population et artistes naissent forcément d’une spontanéité qui jaillit des sites urbains ou des campagnes. Etre à chaque instant dans le sensible des gens, dans les rues ou dans les lieux forts de Bayonne, telle est la démarche de cette manifestation. Improvisations musicales calquées sur les scènes quotidiennes des rues de la ville, toujours différentes et chargées d’émotion, performances artistiques dans les espaces d’exposition…Voilà ce qui vous attend en 5 jours de rencontres, de spectacles et d’expositions ou d’animations! 5 jours de vitalité culturelle poussée au paroxysme et nourrie à la source de grands musiciens, savants, écrivains, artistes ou gardiens de mémoire présents du 22 au 26 avril.

Une multitude de points d’ancrages et de rencontres au coeur de la ville

– Les espaces d’expositions et de performances émaillent le tissu urbain.

Navire amiral? Le tout nouveau centre culturel DIDAM, quai de Lesseps, dont le très grand peintre Sistiaga inaugure l’aventure. Pour Yves Ugalde, adjoint à la culture, le lieu porte, avec la future structure de l’Atalante à venir, des ambitions fortes qui vont bien au delà d’une simple manifestation ponctuelle. Il participe d’un projet d’aménagement urbain de la rive droite de l’Amour dont le succès dépendra d’une belle harmonie entre habitants, activités économiques, environnement architectural bien pensé et dynamisme culturel. Une nouvelle manière d’inventer un paysage post industriel sans toutefois oublier la mémoire historique d’un quartier jadis ouvrier et portuaire mais en pleine métamorphose aujourd’hui. Et quoi de plus riche de sens que la présence, en ces 240 m2 d’espaces rénovés, dédiés aux expositions, de Jose Antonio Sistiaga, peintre, cinéaste et membre fondateur du groupe Gaur Taldéa, courant avant-gardistique et de résistance artistique espagnol des années 60? Nous lui consacrerons un reportage dans quelques jours. Dans le sillage de ce navire, suivent de belles caravelles!

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Maurice Rebeix

La Librairie du Levant, rue Marengo, embarque à son bord, à très juste titre, la photographe Séverine Dabadie qui présentait récemment à Saint Jean de Luz son aventure sur un thonier de 1953 classé monument historique. Voyage au coeur de l’univers des pêches luziennes à la bolinche et à la canne. En contrepoint de l’expo, un bel ouvrage photographique en hommage à cette tradition en voie de disparition. Vernissage le 22 à 17h00 en présence de l’artiste.

La Librairie de la Rue en Pente, rue Poissonnerie,  pianote sur les bouteilles revisitées par le peintre Jean-Pierre Aubert qui, après un passage aux Etats Unis, exprime à travers ce support métamorphosé sa vision du monde. Inauguration le 23 à 17h00 avec l’artiste.

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A la Galerie du Second Jeudi,quai des Corsaires, Martine Mougin, vidéaste et photographe nous transporte dans l’univers de Claude Debussy. Avec sa série de photographies “Ballets”, intitulée “Allegro “, elle nous offre en clichés et videos une ballade nostalgique sur les bords de la Seine à Paris. Explications le 23 à 18h00.

Enfin, Sieulanne, rue Poissonnerie, accueille un dernier photographe, Maurice Rebeix, pour une incursion nomade chez les indiens Lakotas, en instantanés extraits du livre “Rêveurs de Tonnerre” paru dans la collection Terre indienne chez Albin Michel.

– Concerts en large éventail d’espaces

Une belle promenade que ces lieux de portées où vont s’égrener les notes de musiciens, chanteurs ou conteurs poètes pour des soirées de partage! Sans dévoiler en détail le programme musical, signalons toutefois les points de rendez vous conviviaux qui nous sont proposés. Le principe de démultiplication des lieux adopté permet d’offrir une palette de musiciens, poètes, conteurs et chanteurs, d’ici ou d’ailleurs, en Afrique ou Amérique du Sud, la plus large possible. A ces rencontres s’en ajoutent d’autres, tout au long de la journée, dans les rues, de la porte du boulanger le matin aux déambulations propices aux échanges insolites et improvisations inspirées des personnes ou situations rencontrées.

Les artistes conviés virevoltent en multiples espaces dans toute la ville. Le 22 avril soirée d’inauguration au musée basque avec les artistes de la Vallée d’Aspe et du Pays Basque autour du thème central de la Terre Mère. Le 23 avril, départ à la Maison des Associations vers la magie des contes du Congo Brazzaville. Le 24 avril, feu d’artifice de concerts, danses et chants au Didam, à la galerie Space Junk, à l’Entrepôt des Allées Marines, au Txirrind’Ola, au Café Ramuntcho et au Bar du Marché! Un vrai marathon! Le 25 avril, petite pause pour soufller au théâtre de Bayonne pour une rencontre inédite entre Ipar et Hegoalde. Un final en apothéose de dimanche 26 avec les chants de la pastorale “Le temps des cerises” en l’église des Forges de Tarnos.

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L’arbre au coeur

Outre les expositions, les concerts, les rencontres de poètes, de danseurs ou de littérature, toutes les journées sont ponctuées de rendez vous à thèmes forts. L’arbre s’inscrit au coeur des problématiques de la Terre Mère dont il porte haut l’étendard, comme un symbole de préservation de la nature mais aussi d’enracinement identitaire dans un territoire dont la mémoire et l’histoire socio-économique et culturelle se transmettent de génération en génération, pour ne pas oublier nos racines et le pourquoi de nos paysages ruraux ou urbains actuels.

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Fabien Nogué, “Graines de Liberté”

Le 22 avril, jour inaugural du festival, se tient la journée internationale de la Terre Mère, l’occasion de lectures crois&ées et d’une conférence sur le matriarcat et les relations des indiens des plaines à la Terre Mère (Maurice Rebeix). Le 23 avril, journée Agenda 21 axée sur les aléas climatiques avec un forum 21 riche de multiples intervenants et des plantations organisées sur Balichon, la cité Breuer et l’école Brana par “Graines de Liberté”. Le 24 avril se consacre plus particulièrement à l’arbre avec “Graines de Liberté“, association porteuse des jardins partagés et surtout la présence d’un grand botaniste, artiste et écrivain Francis Hallé, présent toute la journée sur l’école Brana.

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Les nouveaux enjeux urbains

– Les deux derniers jours, changement de cap! Place au Temps des cerises  dans la sillage de la pastorale Gerezien Debora avec, le 25 avril avec une évocation en films et débats des mutations industrielles et des combats ouvriers qui n’ont su empêcher, évolutions structurelles obligent la fermeture d’usines de Bilbao au Boucau. Nombreux témoignages d’une mémoire ouvrière sur des paysages urbains où tout désormais est à réécrire comme sur une page blanche en devenir d’une ère post industrielle, ouverte d’ores et déjà par la ville de Bayonne sur la rive droite de l’Adour. Une réflexion riche, dense et chargée d’émotions pudiques qui se poursuivra le lendemain avec de nombreux témoins, descendants d’ouvriers et les chants de la pastorale.

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– Les nouveaux visages urbains: un pari qui place au coeur des volontés politiques les espaces culturels comme centres vitaux de vie citoyenne. Au delà d’une mémoire ouvrière et industrielle à préserver, les villes se doivent aujourd’hui de réinventer l’avenir en termes de tissus et de paysages urbains et sociaux. Un futur où tisser de nouveaux modes d’échanges et de partages humains autour des enjeux clefs à venir: La réintroduction de la nature comme élément de cristallisation des relations entre toutes les catégories de population et l’articulation d’une vie urbaine autour de points d’ancrage et de vie culturels.

A suivre avec nous tous les jours pour découvrir artistes et intervenants moteurs de la manifestation.

Réservations et points de vente: Elkar, Office de Tourisme Bayonne, Le Festin Nu  et la Scène Nationale.

Catherine CLERC,magmozaik64200@gmail.com

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