Spectacles vivants

Published on janvier 25th, 2015 | by MagMozaik

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Et sur les bambous noirs, le ciel s’est levé…

Une bien belle année s’annonce (en mode Ma’ohi) pour le Théâtre du versant qui enrichit ses ouvertures pluriculturelles et ses co-productions en direction de l’Afrique et des Caraibes d’un dernier volet essentiel, consacré aux cultures pacifiques, et plus particulièrement polynésiennes. Une orientation que développera également, en novembre prochain, le désormais traditionnel Colloque International, Chantier Nord-Sud, initié par la Compagnie. Les Bambous noirs, adaptés du roman éponyme de Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun par Nicole Piron, amorce le début d’une collaboration future étroite entre Papeete et la troupe biarrotte dont on espère qu’elle plongera ses racines dans le temps. Une pièce composée en une lumineuse partition grâce à une rencontre rare, une belle amitié et une aventure humaine extraordinaire entre ce grand écrivain défenseur d’une identité trop longtemps muselée sous le joug d’une colonisation culturelle . L’occasion pour Gaël Rabas, en cette période de voeux, de tracer l’admirable parcours de sa troupe, ciselé au fil des ans avec infiniment de passion, mais aussi de travail et d’obstination, pour que la compagnie virtuose reste droite et débout dans ses bottes avec toute la créativité, le talent et la générosité auxquels elle nous a habitué. Un itinéraire dessiné sur une riche palette de couleurs flamboyantes, vives mais tout en nuances subtiles et sensibles. Une équipe de 20 personnes permanentes déplaçant souvent des montagnes d’énergie pour exister encore plus haut vers l’excellence et plus fort dans le paysage théâtral aquitain, voire national et international. Un bel essai que Gaël et ses complices entendent bien transformer en termes de label de qualité et de métissage culturel.

A la croisée des continents… et d’une aventure bien engagée

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– Un brin d’histoire! En 2000, après des années d’éparpillements en multiples lieux,  la troupe investissait une ancienne fabrique de Biarritz, rénovée grâce à des fonds européens, régionaux, départementaux et municipaux, sans compter le travail concret de remise en état fourni par tous les membres du versant! Une base solide qui l’a autorisée à développer une structure stable, forte de 20 permanents (pas forcément tous salariés!), moyennant un  loyer versé à la ville de Biarritz, et une belle stratégie de métissage culturel à travers de multiples co-productions avec des partenaires de différents continents. L’Afrique et les Caraibes participent depuis longtemps déjà à ces belles actions créatives communes, rejointes aujourd’hui par les cultures pacifiques et, en l’occurrence, polynésiennes. Ces envolées internationales de très haut niveau qualitatif exigent cependant une gestion budgétaire rigoureuse car, contrairement au Ballet Malandain, plus gourmand en termes de danseurs et de décors (3 millions d’euros), le versant ne dispose que de 500 000 euros annuels. Un équilibre bien géré puisque la compagnie s’appuie sur 55% de fonds propres. Une irrésistible ascension pilotée par le maître de céans grâce à un équipage très soudé et volontaire! Rappelons, par ailleurs que le Versant travaille en collaboration étroite avec le Conservatoire Maurice Ravel et qu’il a développé un filière unique de formation théâtre. Aujourd’hui, en comptant les ateliers et classes aménagées partout dans le département, voire dans les Landes, ce sont quelque 2000 élèves qui suivent les enseignements de la compagnie.

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La troupe des Bambous Noirs

– Cette extraordinaire activité se développe sur tous les fronts de la création et co-production de spectacles, d’Amérique du Sud (Vénézuela, Mexique) au Québec en passant par la Guyane, de Madagascar au Maroc et D’Haiti à l’Afrique (Bénin, Mali) en passant par l’Europe. Dans le dispositif culturel ACP (Afrique, Caraibes, Pacifique), seule manquait au actions du Versant la dimension pacifique, polynésienne en l’occurrence, volet enfin abordé par la compagnie aujourd’hui. Cette passion communicative, cette pugnacité à toutes épreuves trouvent enfin leur récompense. D’ici un à deux ans, le Versant obtiendra le Label National, très rarement attribué à une troupe telle que celle ci, à moins que ce ne soit pour des raisons très spécifiques. De fait, c’est ici le travail du théâtre sur la diversité culturelle que retiennent les instances ministérielles. Une période probatoire de 2 ans permettra à la troupe de satisfaire à de multiples critères. Le premier, d’évidence, correspond déjà aux attentes officielles puisqu’on ne présente plus l’excellence du travail du Versant sur le plan international à travers ses représentations et surtout le Colloque International, Chantier Nord/Sud biennal, qui permet à de multiples artistes et intellectuels de tous horizons de se rencontrer et d’échanger dans une belle diversité culturelle. Le prochain colloque se tiendra en novembre prochain avec un focus sur les cultures pacifiques. Concernant les critères du nombre de diffusions et de la bonne gestion financière, la compagnie remporte haut la main le challenge. Reste néanmoins une faiblesse que le Théâtre se doit, en 2 ans, de combler quant à la mise aux normes européennes du batiment. Mais à coeur vaillant rien d’impossible non?



Les Bambous Noirs, une belle histoire humaine…et théâtrale

– “Les Bambous noirs”, adaptés du roman éponyme de Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun par Nicole Piron, révèlent avec force et émotion la littérature polynésienne contemporaine mais, surtout, le combat unique d’un homme pour redonner à la culture Ma’ohi du peuple tahitien sa vraie place, longtemps occultée et abimée par la chape du colonialisme culturel occidental. L’auteur, très engagé, à la croisée de deux continents (une mère bretonne et un père tahitien), consacrera toute sa vie et son talent à réhabiliter une magnifique culture, trop longtemps reléguée au rang de simple résidu indigène (comme la culture aborigène du reste). Indomptable, rebelle à toute forme d’autoritarisme ou d’exploitation capitaliste de ce superbe territoire, défenseur inflexible de la liberté d’expression, notamment en langue Ma’ohi, il se heurtera bien souvent aux autorités locales et pouvoirs en place, pervertis par des intérêts immobiliers et financiers destructeurs. Mais il occupera, avec énergie et flamboyance, tous les fronts de la contestation intellectuelle et humaniste. Il mobilisera à cet effet, jusqu’au bout de ses forces, bien des formes d’expression qui en font aujourd’hui un auteur virevoltant, atypique et inclassable: Pamphlets, poésies, contes, essais, dramaturgies, nouvelles… Un éclectisme déroutant mais ô combien efficace!

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Teuhi Teina Ronald

– La création, aujourd’hui proposée sur les tréteaux du Versant, résulte d’une belle rencontre et d’une histoire d’amitié entre cet homme et Gaël Rabas, qui croisa son chemin lors d’une tournée à Tahiti. Au moment de se séparer, après la promesse d’écrire quelque chose, Pambrun donna “Les Bambous Noirs” à Gaël Rabas et lança avec une désinvolture feinte: “Tiens! ça c’est ma vie!” Il n’aura hélàs pas le temps, emporté par une maladie foudroyante, d’honorer sa promesse. On mesure toute l’émotion que porte donc cette adaptation écrite sous forme d’hommage, hommage à un talent rare, hommage à une belle amitié.

Jean-Marc Tera'ituatini Pambrun

Jean-Marc Tera’ituatini Pambrun

– Pambrun avait l’habitude de peindre des bambous noirs comme des barreaux de prison qui enfermeraient son esprit. De là vient le thème de la pièce. L’auteur vivait mal son déchirement entre deux cultures, celle de sa mère et celle de son père, et ne trouva de salut qu’à travers l’écriture et la défense de l’ile où il avait enfin posé ses valises. Il s’agit donc d’un voyage auquel nous convient les acteurs. Voyage d’Ouessant à Papeete en passant par Paris…Voyage dans les souvenirs, les blessures et toutes les émotions que nous livrent ici l’auteur. C’est aussi une mise à nu des illusions perdues et des idéaux de jeunesse abimés par les réalités politiques de son pays.

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Manou Védalin Fariki et Safia Hammidèche

– Une introspection douloureuse et poignante qui nécessitait une mise en scène épurée et poétique. Sur scène, juste 3 personnages:”Elle” et “Lui” (Safia Hammidèche/ Herveline Rolland en doublure, et Samuel Jego) incarnent, tour à tour, tous les personnages. Lui? C’est Pambrun, le personnage central de la pièce mais aussi le narrateur. Elle? Ce sont toutes les femmes qui ont marqué la vie de Pambrun. S’enchainent, en une vie de voyages dans l’espace et la mémoire, tous les épisodes qui ont ponctué la vie de l’auteur. En arrière plan de ces évocations, 4 toiles de bambous noirs peintes par l’auteur, comme autant de symboles d’une grande solitude intérieure. Sur scène encore, une envolée poétique vers le rêve et l’évasion: Valises posées où se love une video, jeu d’ombres, marionnettes… des repères légers tout en filigranes… Et puis, il y a le musicien, celui qui ancre l’âme et la vie de Pambrun dans le combat de sa vie pour la culture Mao’hi. Teuhi Teina Ronald, acteur et chanteur par ailleurs, incarne cette figure emblématique comme un port d’attache où nouer les amarres!

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Safia Hammidèche, Teuhi Teina Ronald et Samuel Jego

– En complément de la distribution, bien des talents s’activent en coulisses! Gaël Rabas, bien sûr, et Françoise Dorgambide (un metteur en scène à deux têtes en somme!), Louis Philippe Della Valentina qui gère le travail de marionnettes et le théâtre d’ombres, Brigitte Rabas, géniale créatrice des marionnettes et des masques, Virginie Salane, superbe artiste à qui l’on doit les peintures sur soie, Christian Dubois, pilier de la troupe, aux décors, Claudie Coquerelle aux costumes et Jacky Rivoal au son, à la lumière et à la video. On ne peut enfin oublier l’exceptionnelle collaboration de Manou Védalin Fariki, descendant des chefferies coutumières Ma’ohi et musicien, qui veille à ce que la langue soit bien prononcée par les comédiens et qui les initie aux percussions ancestrales. Superbe personnage dont le corps porte, en multiples tatouages raffinés, la généalogie des “familles”! De bien belles personnes, comme d’habitude au Versant!

Que dire de plus si ce n’est précipitez vous, du 8 au 14 février au Versant pour vivre un rare voyage (17h30 le 8 et 20h30 les autres soirs) ? Ah si!!:

E MAURUURU ROA’IA’OE,  Théâtre du Versant et Pambrun!

(Merci beaucoup à vous, Théâtre du Versant et Pambrun!)

Radiokultura en contrepoint!!! merci à eux pour ce bel entretien!

www.theatre-du-versant.com

et puis surtout, E MAURUURU ROA’IA’OE RadioKultura… Milesker!

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Catherine CLERC,magmozaik64200@gmail.com

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2 Responses to Et sur les bambous noirs, le ciel s’est levé…

  1. Jean Hei'fara Pambrun says:

    Bonjour,
    Je ne ne sais pas comment faire, je vais me réserver une place pour être présent à l’avant première.

    Jean Heifara Pambrun

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