Expos

Published on septembre 1st, 2016 | by MagMozaik

7

Escroqu’Art littoral!

Pour la première de l’histoire de magmozaik, me voici confrontée à un vrai dilemme.  Je n’ai jamais, en effet, et cela me fut souvent reproché, dit du mal d’artistes ou de manifestations ici. Mais comment parler d’une exposition, Biennale qui plus est, annoncée comme la référence locale et internationale de l’art contemporain (un peu antinomique malgré tout!), sensée faire de la ville un centre incontournable de l’art contemporain en nos contrées, qui n’est ni plus ni moins qu’une vaste supercherie ? Volontairement, je ne mettrai que très peu de photos… A vous d’aller juger sur place et de lire ce texte, pamphlet certes, mais important pour la survie de nos vrais artistes ici et ailleurs, partout en France et dans le monde!

Comment parler d’une boursouflure qui a tôt fait de se dégonfler en egos surdimensionnés d’artistes- ou d’organisateurs??-, dont la vacuité n’a d’égale que le coût même de l’exposition fumeuse en question, soient 400 000 euros! Erreur de casting quant au commissaire choisi? Erreur de casting quant aux artistes, de « renommée internationale » nous dit-on? Des artistes en effet « invités » à réfléchir sur des problématiques, au demeurant fort louables et inspirantes, mais difficilement cernables lorsque l’on ne connaît pas les lieux ni leur histoire ou leur patrimoine, tant il est vrai que cette Biennale s’ancre justement sur le territoire littoral et ses interrogations locales bien spécifiques!

Bien de nos artistes locaux auraient imaginé des dispositifs autrement plus pertinents et réalistes quant à la problématique littorale qui entrelace bien des enjeux complexes, du loisir à l’environnemental en passant par le social et l’économique ou le politique, ne serait-ce qu’à travers l’immigration clandestine. Ils vivent ici, ont une envergure souvent nationale, européenne, voire internationale pour nombre d’entre eux, sont connus de la population pour s’investir « corps et création » dans le devenir du territoire! Comment vivre ce littoral si l’on ne le pratique pas au quotidien, si on ne le magnifie pas en oeuvres jour après jour? Car tous nos artistes locaux s’imprègnent de problématiques actuelles qu’ils vivent au quotidien. Ils ne sont pas, loin de là, des êtres évanescents qui se fichent des problèmes de l’immigration clandestine, des difficultés que rencontrent les travailleurs dont ils font partie, des secousses environnementales néfastes…

Entre vivre les problèmes de la vie de tous les jours en les dépassant par la créativité et les intellectualiser dans une abstraction ignare sur un simple concept littoral, il y a un monde que la ville d’Anglet n’a pas saisi! Agnès Lacombe sublime ses planches de surf en bribes de vie âpres et vivifiantes malgré tout! Le Carburateur, avec Igloo et la V’Room nous ont montré à quel point ils pouvaient s’impliquer dans des problématiques écologiques ou urbanistiques fondamentales sans se la péter! Les Territoires Mobiles cousent finement les frontières et auraient pu, avec bonheur, tisser une belle trame entre océan et intérieur du pays!  Pourquoi ne pas avoir demandé à cette foultitude d’artistes de talent d’imaginer leur réponse à une thématique complexe, certes, mais si évidente en notre territoire?

Mais bon! Admettons le positionnement de la ville qui souhaite se hisser de but en  blanc au rang des plus grandes références artistiques internationales et interrogeons nous plutôt sur les artistes conviés et la conception futile de l’art contemporain pour snobs qu’ils véhiculent, quel que soit le lieu du reste. Qu’Anglet se laisse prendre à ce jeu dépréciatif du vrai art contemporain nous attriste. Elle arrive particulièrement bien pourtant, avec des Titto Aguerre, des Pinchon et bien des manifestations remarquables ou spectacles d’envergure programmés au Théâtre Quintaou, à se hisser au rang des promoteurs d’arts de qualité et d’événements créatifs. Mais notre littoral angloye n’est pas le MOMA!  Pourquoi demander à des polonais d’investir un littoral dont ils ne connaissent pas les enjeux et qui incendient leur création -cassée il est vrai dans le transport- avant même l’inauguration? Pourquoi imaginer un sous-marin hypothétique dont la finalité reste un mystère pour le péquin qui passe sur les rivages- à moins d’avoir lu le dossier de presse ou d’avoir le temps de lire une explication aléatoire in situ- ou fabriquer de grossiers pâtés de sables humains- des immigrants??? ou le mythe de Sisyphe???-ou symboliser, comme cela s’est x fois fait, la dichotomie Paix/guerre en jardins d’oliviers ciselés en métal??? Quelle supercherie!! Quelle escroquerie et quelle insulte à l’art! 

Certes, on nous parle de rencontres privilégiées entre artistes et habitants… Avez vous entendu les commentaires de ces habitants, justement, quelque peu – et c’est peu dire- désorientés par cette succession d’oeuvres? Hilarité, consternation, voire un brin de colère quant aux 400 000 euros annoncés!! Et pourtant, à quelques mètres de certaines oeuvres (si l’on peut appeler une remorque de survie, ou une structure blanche informe pour les mouettes ou servir de siège aux promeneurs, d’oeuvres???), les blockhaus du littoral s’enorgueillissent de magnifiques fresques de street art pour bien moins cher!!

Alors oui, j’avoue être très perplexe quant à cette biennale d’art d’Anglet, rebaptisée la Littorale et pour cette 6ème édition, intitulée « rivages rivages ».  Visite de presse: sous une chaleur épouvantable visite des lieux (sans une bouteille d’eau!!) où la plupart des oeuvres étaient à l’état d’ébauche!! Une a brûlé pendant la visite, incendie volontaire des artistes!! (qui paie les pompiers?) Et puis, certes, les démarches sont très intéressantes mais le résultat déçoit beaucoup!! Faut-il mettre un coeur en fer forgé et demander aux passants de l’habiller de leurs mots pour se prétendre artiste? Le public comprendra-t-il la complexité de la démarche qui consiste à faire l’armature d’un sous marin, symbole phallique de pouvoir politique et armé, contrebalancé par un pouvoir citoyen symbolisé par les vêtements donnés par les habitants pour couvrir l’armature??? Et une cabane comme symbole de détournement d’objet reste une cabane de jardin!! Quant au bateau de glaise, le poncif qui consiste à dire que l’aîné ici hérite de tout et que le cadet doit s’enrôler dans la marine, c’est fait et surfait et date du XVIIIème ou XIXème siècles non? Les temps ont changé tout de même! Et tout est dans ce style à de rares exceptions près. Bien des démarches sont celles d’engagements politiques, sociaux, humanitaires ou environnementaux, certes très louables et respectables, mais pourquoi ces artistes ne s’engagent ils pas dans les actions humanitaires ou écologiques? 

Si demain je mets un arbre en fer, symbole des méandres de l’information dont finalement l’aridité traduit la vacuité, dont les feuilles seront mes cartes de visite magmozaik, dans le Domaine de Françon ou dans les jardins de ma résidence, est-ce pour autant que je serai une artiste mettant en scène les mots, comme des fleurs accolées, à la limite de la saturation, aux feuilles cartes de visite???? Bien des artistes ont la même démarche très pertinente et intelligente mais le résultat est autrement plus flamboyant!!!

Alors je me demande comment rendre compte d’un tel sujet qui, pour dépeindre des sculptures en fer représentant des oliviers, dont on voit clairement le symbole guerre /paix, parle d'”oxymoron de violence et de paix »???? L’intellectualisation par les mots ne fera jamais la qualité d’une oeuvre dont il faut apprendre à décrypter le sens par couches, sous couches et sous sous couches!!!! Mesdames et messieurs les artistes « dits cotés à l’échelle internationale », restez simples, accessibles et talentueux ! Sachez que le public sait s’approprier vos oeuvres par l’émotion sans se poser autant de questions métaphysiques sur le pourquoi du comment… dès l’instant où l’oeuvre est magnifique, et que votre cote dépend dudit public ou de ceux qui parlent de vous!!!

C’est dommage car Anglet, en somptueuses et magnifiques expositions ou positionnements culturels très pertinents ne nous avait pas habitués à cela. La grenouille ne doit pas se faire aussi grosse que le boeuf! Avant de cibler l’international, ciblons national, régional et local!!!Le talent est aussi là!!

www.lalittorale.anglet.fr

Peu de photographies, on s’en excuse car le catalogue de l’expo ne sortira qu’en novembre ( fin de l’exposition le 2 novembre) dans une maison d’édition de Bruxelles!!! Et oui, c’est bien de faire travailler nos imprimeurs locaux aussi!!

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

This Post Has Been Viewed 247 Times


7 Responses to Escroqu’Art littoral!

  1. eric bourdon says:

    j’adhère complètement ….. et en plus je paye mes impôts locaux à Anglet !!!

  2. catherine bosser says:

    Bravo Magmozaïk pour ce recadrage pertinent. Les vrais artistes, ceux qui tentent de subsister malgré le manque de moyens financiers mis à leur disposition par les municipalités pour organiser de “vraies” expositions, ne peuvent que souffrir devant cet étalage d’abération !

  3. Je suis moi aussi passablement remonté par ce qui m’a semblé un magnifique exemple de “foutage d gueule”. Merci Catherine de l’avoir si bien dit.
    P.S.: Heureusement pour moi et contrairement à Eric, je ne paie pas mes impôts à Anglet.

  4. Valérie Le Veve says:

    d’accord avec Catherine Clerc !

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to Top ↑
  • Rejoignez-nous sur Facebook

  • Catalogue art/culture

  • L’annuaire Mozaik 2017

    L’annuaire Mozaik 2017
  • Panier