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Published on mars 2nd, 2017 | by MagMozaik

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Escale à la petite Escalère

Du 10 mars au 21 mai, le Didam propose deux regards croisés, deux parcours aux antipodes mais que l’amitié scelle en une belle complémentarité de langages, de démarches, d’itinéraires et d’approches de réalités sublimées en directions opposées mais qui se complètent étrangement.

Figuration narrative en explosion de couleurs sur thèmes réalistes pour Gérard Fromanger, Jets épurés que la nature, inspiratrice de Jeannette Leroy, projette sur la toile en un quasi rituel de composition et qui transcendent les notions mêmes de figuration ou d’abstraction. La rencontre artistique de deux monstres sacrés sertis en ce bel  écrin bayonnais s’annonce, sans nul doute, comme l’événement majeur de cette année  « Didamienne », voire de cette année culturelle nationale.

” Rien ne se fait de grand qui n’ait été rêvé immense“. Tel est l’émouvant hommage rendu par Jean-Michel Barate, adjoint à la culture d’Anglet et accessoirement ex président de la Scène Nationale, à l’oeuvre et au parcours artistique incroyables de Jeannette Leroy dont les dernières créations s’exposaient voici 3 ans, en grands formats, à la galerie Georges Pompidou. Car la peinture déborde souvent du cadre, comme la vie , choix intelligemment compris par son ami de longue date Jean-François Larralde, initiateur et commissaire de cette sublime exposition dont on sait toute l’expertise et la renommée en nos contrées, voire bien au delà. Avec son époux Paul Haim, “l’un des derniers grands gentilhommes de ce siècle“ dont personne n’oublie la “lumineuse présence“, grand collectionneur et amour de sa vie, elle inventa, sur les rives de l’Adour, un véritable Eden, la Petite Escalère, pour artistes, où les sculptures de Rodin ou Nicky de St Phalle le disputent à la verdure et à l’atelier de cette immense dame. Nul ne serait étonné de croiser des anges en ce lieu magique imbibé d’une luminosité diaphane et cristalline sans pareille.

Car excusez du peu, cette artiste unique et atypique, élève de l’Académie Julian, tour à tour photographe, de mode pour « Elle » du temps de Lazareff de 1965 à 1974, et de paysages au Japon ou au Cambodge, dessinatrice et peintre, présente dans tous les grands musées internationaux, de New York à Beaubourg ou Barcelone, sut être et rester l’amie de Soulages, Fromanger, Matta, Karel Appel et autres Zao Wu Ki ou John Levee qui fut un temps son époux et mentor. Au coeur de ces 28 hectares de verdure, se nichent, s’enracinent, quelque 60 sculptures rares : Rodin, Chillida, Oteiza, Fernand Léger, Maillol, Zao Wu Ki, et autres Matta père et fille ou Nicky de Saint Phalle, en un enchevêtrement jubilatoire de nature et de somptueuses créations, données par les artistes ou par des musées. Son humilité est à la mesure de son talent, inestimable ! Respects madame!

Jeannette Leroy, c’est l’instinct de vie à l’état brut. Elle peint au jour le jour, comme elle vit, selon l’envie et la nécessité de s’exprimer. L’artiste danse devant sa toile, s’enivre des émotions, d’une fabuleuse énergie et de poésie en fulgurances subtiles, tout en mouvements aériens et musicaux qu’elle anticipe en déambulant dans son atelier pour mieux appréhender l’oeuvre dans sa totalité, que l’amour de la nature imprime en elle, en des gestuelles amples, une nature qui la ressource, la guide et l’entoure au quotidien. Un mode de création très physique où son corps entier habite la toile comme une empreinte en filigrane de ses effervescences créatrices, si tourmentées, abruptes parfois, et si féminines pourtant dans leur complexité élégante, foudroyante. Ses oeuvres alternent le blanc et toutes les nuances délicates de noir, selon une technique très sensuelle qui consiste à presser la toile avec les mains enduites ou des feuilles de papier imbibées de peinture. Le résultat ne laisse de surprendre par sa puissance créative et sa subtilité, comme un langage qui passerait du murmure au hurlement sans se départir de cette sensualité propre aux contacts physiques entre ses inspirations, la matière et la toile ou le papier, toujours voulus en grandes dimensions, si exubérante dans les gestes mais si fines sur les supports, nécessaires à sa créativité spaciale.

Mais pour autant, Jeannette Leroy n’entend pas se pencher sur le passé, même si son atelier est envahi de souvenirs, ces « présences insoupçonnables » ! Elle se plait à évoquer dans une douce sérénité, sans l’ombre d’un regret, cette vie tumultueuse et riche de tant de précieuses rencontres ou expériences qui fut la sienne, tout en curiosités et passions enjouées. 2006, une fracture qui assombrit ses toiles en des palettes bichromatiques, plus fortes et violentes, en acrylique noire teintée parfois de bleu. Une cassure qui correspond à la mort de l’être aimé et d’un début de cessité… L’ aboutissement épuré d’une évolution ciselée au fil de son parcours, du dessin figuratif de paysages lointains (1965/74) et natures mortes (1974/94) à l’instinct immédiat en passant par l’abstraction (après 1995).

La passerelle invisible avec Gérard Fromanger se fait évidence au Didam lorsque l’on sait qu’elle catalysa et encouragea sa vocation de jeune peintre. « Jeannette, c’est quelqu’un de très puissant, elle m’a donné la foi en moi-même et en l’art » dira-t-il plus tard dans un film réalisé en 2010 par Caroline de Otero. Une amitié de bien des années qui tisse la trame de cette époustouflante exposition qu’il fallait inventer de toute évidence par ses contrastes et ses fausses oppositions reliées.

Un événement d’autant plus singulier qu’il a été formaté en exclusivité pour le Didam sur ce thème de confrontation entre deux modes d’appréhension et d’interprétation des réalités, figuratives ou au delà. De belles retrouvailles entres deux artistes certes antinomiques mais très complémentaires finalement en un dialogue constant, ponctuées d’une multitude d’animations culturelles autour des artistes ou des débats qu’engendreront forcément leur juxtaposition exceptionnelle. Des rencontres également musicales dont les Ethiopiques se feront l’écrin début avril.

Didam, 6 Quai de Lesseps à Bayonne, entrée libre tous les jours de 13 à 19h00 sauf le lundi.

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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