Vu dans la presse

Published on mars 6th, 2017 | by MagMozaik

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Eresoinka: La création en mode résistance!

Du 4 mars au 30 avril, le Musée Basque et d’histoire de Bayonne rend un vibrant hommage à l’aventure insolente et pertinente de quelques artistes basques qui s’efforcèrent, en une période troublée, de diffuser à travers l’Europe la culture et les luttes d’un peuple martyrisé par le franquisme avec force bombes allemandes et italiennes.

En août 1937, José Antonio Aguirre, président du premier gouvernement basque,  réfugié à Santander, confiait à Gabriel Olaizola, grand artiste d’opéra et chef de choeur reconnu,  la  mission de créer un choeur porteur de la culture et de l’identité basque, en ces termes alarmistes mais de fière résistance :« Il est possible que nous ne puissions sortir d’ici. Mais pour autant, notre tâche n’est pas terminée et je veux qu’elle concerne aussi le domaine artistique. Je vous charge de partir immédiatement pour la France et de former parmi nos réfugiés le choeur le meilleur possible pour qu’il porte, de par le monde, grâce à nos mélodies, le souvenir d’une peuple qui meurt pour la liberté, parce qu’ils ne savent pas encore à l’étranger qu’on lutte pour elle.  »

Ainsi naquit l’aventure du Choeur National d’Euskadi, devenu ensuite Eresoinka, de 1937 à 1939, comme un cri flamboyant de résistance au fascisme clamé à travers le monde, par la danse, la musique et le chant, vecteurs de l’identité basque torturée et muselée. Sur la recommandation du Lehendekari à ses représentants de Paris Picabea et Urkola, il disposa de toute latitude et de tous moyens financiers pour recruter les meilleurs dirigeants, conseillers artistiques, chanteurs, danseurs, musiciens, tous virtuoses, professionnels ou amateurs, impresarii de l’époque, sans oublier les décorateurs, les couturiers parisiens pour les chanteurs ou de Bayonne pour les danseurs d’après les esquisses de Ramiro Arrué. Tout un petit monde exilé, déraciné, meurtri, mais néanmoins solidaire et conscient de devoir impulser une vague de résistance à l’oppression à travers l’arme décisive de l’art et d’une riche culture identitaire fondée autour de l’Euskara, se mobilisa, mettant d’immenses talents en devenir au service des idéaux d’un peuple martyrisé. Objectifs affirmés en cette période de tempêtes présentes et à venir? Faire savoir l’assassinat d’un peuple et de son identité culturelle par le savoir faire artistique partout en Europe et dans le monde. Une passerelle s’édifia entre Sare, premier creuset de création et de paix offert à la troupe de 110 artistes dont 63 choristes, issus de toutes les provinces basques, ces « enfants chéris » du village, et la région parisienne où s’implanta ensuite, au Château de Belloy à Saint Germain en Laye, Eresoinka (littéralement « en dansant et en chantant » ) en une belle programmation de plus de 100 représentations orchestrées par Manuel de La Sota, de Bayonne à la Belgique et de paris à Londres. Epoque tragique, et par un curieux paradoxe, bouillonnante de créativité, avec une volonté de redonner aux traditions et à la langue toute leur pureté originelle, débarrassée des scories et influences françaises ou espagnoles.

Epoque d’où, second paradoxe, de la douleur émergèrent alors les talents de demain, magnifiés et renforcés par une aventure qui préfigura bien des mouvements artistiques avant gardistes et combattifs à venir dans les années 60 aussi bien en arts plastiques qu’en musiques, Gaur et Mikel Laboa en tête. Mariano Gonzalès, futur  Luis Mariano, Pepita Embil, mère de Placido Domingo, excusez du peu!! Manuel De La Sota, Ramiro Arrué– auquel, en écho, une grande exposition sera consacrée cet été au Casino Bellevue de Biarritz- excusez du peu!

1937-2017, 80 ans qui correspondent à la tragédie de Gernika…80 ans déjà que se perpétua l’éradication d’une ville, symbole de la résistance pour la liberté de se vivre et de s’exprimer dans toutes les dimensions de sa culture et de sa langue vernaculaire. D’où l’urgence, en devoir de mémoire, d’organiser une grande exposition, à Sare tout d’abord, premier berceau d’Eresoinka, sur cette aventure, précurseur de bien des mouvements pour la liberté à venir, sous la houlette de Donostia 2016 et de Donosta Kultura. L’exposition, aujourd’hui proposée au Musée Basque et d’histoire de Bayonne, se veut l’épure délicate et sensible en noir et blanc, le miroir cinglant et incisif d’un parcours à la fois flamboyant et fulgurant sur 2 ans, inscrit dans une démarche et un contexte de douleur, de résistance à la barbarie et de dignité quasi héroïque au sens mythologique du terme mais aussi de belle et chaleureuse fraternité et solidarité. Une résistance toujours pertinente aujourd’hui, à l’heure de l’EPCI quant à la valorisation, sous toutes ses formes, de l’identité basque. Quand les mots ne suffisent plus à exprimer l’horreur, l’art, la danse, le chant, la musique et le théâtre se font messagers de l’humanité et de l’espoir. Entre ces deux lieux et temps d’itinérance, Dantzaz Konpainaia a imaginé sur la grande salle du Quintaou le 22 octobre dernier, un magnifique ballet en une seule et unique représentation, « Eresoinkaren Itzalak » faisant le lien entre le local et l’universel, les exils de 1937 et ceux, tout aussi symboliques et poignants des migrations d’aujourd’hui, partout où règne la terreur et la volonté, malgré le déracinement, de préserver son identité culturelle et historique. Les familles syriennes, présentes en nos contrées, accueillies avec chaleur et humanité, sont la vibrante réincarnation actuelle de ce que vécurent les artistes d’Eresoinka. Merci à  Didier Picot de le rappeler chaque semaine et à Roland Machenaud de pointer du doigt notre indispensable travail de mémoire territorial en nos colonnes.

Outre les magiques photos de Jesus Elosegui, ancien d’Eresoinka, dont Philippe Régnier, grand spécialiste passionné de cette aventure, déroule le fil rouge, de précieuses et émouvantes pièces originales sont exposées en vitrine dont la fameuse lettre de José Antonio Aguirre, des partitions annotées, des programmes des 4 coins de l’Europe, des esquisses de costumes, des instruments de musique ou des disques 78 tours.. Au mur, des affiches inédites d’où surgit la vie créative de cette compagnie insolente et généreuse, des peintures de décors et un magnifique portrait de Luis Mariano de 1942 alors qu’il se consacrait à la peinture! De petites et délicieuses merveilles comme des pans de vie subtils de coulisses qui résonnent encore aujourd’hui entre répétitions et spectacles qu’appréciaient tant les journalistes et le public, coupures de presse en témoignent à l’envi.Et puis prenez le temps de vous installer dans de confortables fauteuils pour voir en images de que fut, débordant les scènes, l’esprit Eresoinka!

Un tumulte de vie et de créativité, une bourrasque de liberté et de culture basque, une clameur de résistance chantée et dansée haut et fort, telle fut cette période dont la guerre trancha net les ambitions d’envol vers ce pays de cocagne de la diaspora en Amérique mais qui perdura bien au delà. Un vernissage ponctué, comme il se devait, des chants du choeur Oldarra et d’un judicieux partenariat gustatif avec la Route Gourmande des Basques, magnifique collectif de 11 producteurs de produits authentiques qui organise des circuits à travers tout le pays basque en étapes succulentes. Vins d’Irouléguy, bières Akerbeltz, Gazna, confiture de piments, miels, rillettes de truites de Banca, charcuteries goûteuses, chocolats au piment ou au caramel d’Andrieu… Bref le Pays Basque dans toutes ses saveurs somptueuses qui participent aussi de notre culture ! Un événement à ne pas manquer!

www.musee-basque.com et www.laroutegourmandedesbasques.com

Entrée libre de 10h30 à 18h00 sauf le lundi.

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

Photos Mathieu CLERC et video Philippe SIRET

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