Coups de coeur

Published on septembre 19th, 2015 | by MagMozaik

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Epicure serait-il basque?

L’art de bien vivre au Pays Basque ne s’improvise pas! La recette semble, d’évidence, aisée de prime abord ; mais cultiver la qualité et l’usage de produits d’exception ne suffit pas! Encore convient-il de disposer de rares atouts et de talents virtuoses qui font, sans conteste, la différence magique entre un produit ou un plat bien réalisé et un chef d’oeuvre, où l’artisan-artiste se fait Stradivarius inspiré. Simple encore? Que nenni! La touche finale, ô combien précieuse et virevoltante, tient à cette petite pointe d’humilité, d’esprit, de courtoisie et de générosité que partagent, dans le sillage d’Alain Darroze et de Bixente Marichular, tous les adeptes épicuriens de Bizi Ona. Un délicieux cocktail subtilement dosé: une bonne rasade de convivialité, un trait de verbe finement ciselé au rythme des piments, des oignons et autres produits d’exception sublimés à la plancha, un regard décalé et tendre sur une manière de goûter la vie hors des sentiers battus de la mal bouffe et d’en signifier les risques et la fatuité insipide à nos papilles soudain réveillées et réapprivoisées… Tel est le doux et suave mélange proposé en cette belle journée luzienne aux Halles, à consommer sans modération mais avec délicatesse et respect pour notre santé.

Savourer de belles palettes de goûts authentiques ? Et pourquoi pas!

En parodiant notre cher Voltaire, nous abordons ce singulier marché qui fleure bon les douces fragrances de notre territoire en nous demandant: Comment ne pas être épicurien? D’aucuns, ignares, désinformés ou simplement happés par des vies trépidantes, où le bien manger n’est que fulgurance utopique, voire jugée à tort onéreuse, s’obligent à prétendre – c’est plus simple de ne pas réfléchir!- que la Slow Food n’est somme toute qu’une mode de consommateurs huppés et aisés! Et pourtant, tous ces artisans-artistes passionnés vous démontrent le contraire! Avec un brin d’imagination et de créativité, bien s’alimenter s’apprend dès le plus jeune âge et revient nettement moins cher que les produits sursaturés en graisse et gorgés d’un chapelet de colorants et conservateurs de grandes surfaces ou industries peu précautionneuses! Il suffit juste – mais cet effort reste exigeant!- de sentir à nouveau revivre les cellules de son corps et de leur offrir le meilleur baume alimentaire.

Prendre soin de soi, de son corps et de son esprit, ne s’impose pas d’emblée tant les idées préconçues et les messages subliminaux commerciaux forcent les esprits les plus affutés à rentrer dans les moules nocifs de la surconsommation rapide! Or prendre le temps de choisir son alimentation à la source de producteurs locaux soucieux de qualité implique, il est vrai, de repenser ses modes de vie et de se tourner enfin vers les autres, en un partage de valeurs communes et de convivialité retrouvée autour de choses simples de plus en plus oubliées: Une petite omelette à la plancha où se marient une multitude de produits juste saisis, tels que piments, oignons, huitres, moules, gras de jambon, épinards frais et autres variations subtiles, un respect des cuissons dont le frémissement caressent doucement vos oreilles, le temps de se rappeler qu’en cuisine aussi le métissage culturel et géographique prend tout son sens historique et euristique, une bouteille jurançon ou de pimençon dont l’ouverture fait tintinabuler le liège et le nectar soyeux, une bière, un cidre d’Ascain ou des fruits et légumes pressés à froid en mélanges étonnants… Et pour finir, de goûteux gaznas que parfument d’incroyables gâteaux basques, ô combien symboliques d’une identité qui n’a guère besoin de se justifier en vains discours idéologiques!

Juste s’assoir à une table, hausser le ton en galéjades ou moqueries tendres, flirter avec la vraie vie courtoise et un brin libertine en verbes aériens qui jonglent de verre en verre, de rire en rire, d’amitié en complicité  dans la douceur d’une journée de détente… Le temps des confidences retrouvées, des mains topées fraternellement, des souvenirs de palombes ou de saumons d’antan que la stupidité des lois hypocrites de ce monde vouent aux gémonies… Et chacun de raconter ses exploits: qui de fabuleux cèpes dénichés, qui de pigeons astucieusement piégés en pleine montagne brumeuse, qui de femmes rêvées, qui de projets fiévreusement défendus en jardins partagés ou préservation des abeilles, ces pollinisatrices vitales à la survie des hommes… Dans cette auberge (basque) espagnole toutes la générosité et l’utopie (mais en est ce vraiment?) des hommes et des femmes s’expriment en diatribes salutaires et verve juste!

Retour sur images

Ce samedi 19 septembre, Bizi Ona organisait autour des Halles de St Jean de Luz le 11ème marché des produits d’exception. Un événement majeur et précieux ponctué d’animations, de démonstrations et de dégustations pour mieux promouvoir à leur juste valeur des incontournables alimentaires locaux. Huitres et moules à la plancha des Charentes, escargots du Béarn, taloak faits main en direct, vins de haute qualité gustative, notamment du Domaine de Malarrode, ail rose toulousain de Mr Cadours, miels et confitures Loreztia aux saveurs subtiles, cochonnailles au détail ou en conserves maison Garde, fruits et légumes Niuju pressés à froid, fromages fermiers, sardines de chalutiers luziens ou cibouriens et, bien sûr, les indispensables pimençons d’Alain Darroze et gâteaux basques de Vincente Marichular….

Un public nombreux et nonchalant se presse autour de la plancha où officient de jeunes chefs locaux ou investit les tables pour déguster des moules à la plancha arrosées d’un vin blanc sec. D’autres passants préfèrent déguster des taloak préparés à l’ancienne en direct ou s’approvisionner en escargots et autres produits de la mer… Niuju attire les adeptes de mélanges  fruits et légumes étonnants et détonants ou propose un lait d’amandes à la cannelle particulièrement gustatif, belle offre alternative au lait de vache souvent mal assimilé par les organismes.

Venus pour l’apéro, nous nous étonnons de poursuivre notre flânerie jusqu’au milieu de l’après midi. Hasard de belles rencontres, envie de parler des ambitions locales et transfrontalières de Bizi Ona, découverte des variétés insensées de bière basque Azerbeltz tout en nous enivrant de miels aux subtiles saveurs ou confitures jubilatoires… Verres partagés, fraternité hors du temps… Nous quittons à regret cette ruche bouillonnante où il faut bon et bien vivre! Nous retrouverons très vite ces ardents défenseurs de la vraie vie, foi d’épicurienne!

www.biziona.fr

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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