Politiques culturelles

Published on octobre 13th, 2016 | by MagMozaik

0

EPCI en mode culture: Un avenir à construire!

Après des années d’âpres débats, l’EPCI ( Etablissement Public de Coopération Intercommunale) naîtra le 1er janvier 2017 de la fusion des 10 intercommunalités actuelles et du Syndicat des Elus, agréée par une écrasante majorité de communes et de populations du Pays Basque nord, à 70%. Mais si les axes majeurs de mise en place  bénéficient de mots finement ciselés à la virgule près et d’objectifs précis dans les secteurs institutionnels, administratifs, politiques, environnementaux, économiques ou sociaux, la pertinence culturelle de cette nouvelle instance pose problème à tous les niveaux de développement et de compétences effectives (Sans parler de deux autres secteurs sensibles, le tourisme et le sport). Comment rêver et penser l’EPCI en mode culturel, artistique et linguistique ? Une question épineuse que nous nous sommes posés et que nous avons soumise à quelques acteurs ou décideurs de la vie culturelle de notre territoire, éminemment concernés par un devenir en pleine gestation.

Des espoir et attentes…

L’EPCI est désormais une réalité incontournable où tout est à construire. Si le Pays Basque nord s’illustre par un dynamisme culturel évident et jubilatoire, nous le devons, il faut l’avouer, à une multitude d’initiatives et d’actions privées, individuelles ou collectives, en l’absence cruelle de toute aide financière publique ou si faible! Comment concilier, à la décharge des collectivités locales,  les actes d’un Etat qui se défausse de plus en plus sur les régions pour promouvoir la culture et un EPCI en d’une réelle politique publique culturelle et linguistique. Côté espoirs ?

La volonté de nombreux élus, réunis entre octobre 2015 et février 2016 aux Ateliers Hasparren, d’ esquisser un premier schéma directeur culturel et linguistique. Ces débats préparatoires, menés par Jean-Claude Iriart (Président du Syndicat Intercommunal de Soutien à la Culture Basque), et Yves Ugalde (Adjoint à la Culture de Bayonne), partent d’ un état des lieux précis: Trop grandes disparités sociales et géographiques d’accès à la culture, manque préjudiciable de mutualisation et d’harmonisation des moyens, absence de réelles synergies entre les propositions culturelles et leurs calendriers trop souvent rivaux, chacune des 10 intercommunalités préservant jalousement, au nom d’identités propres, leur indépendance. Quant aux langues, basque et gasconne, par manque de transversalité dans tous les secteurs de la culture et absence d’une véritable politique publique engagée à l’échelle du territoire, elles risquent de ne rester que des bulles isolées. Se pose enfin la question d’un nécessaire rééquilibre entre des compétences culturelles très inégales d’une intercommunalité à l’autre. Certaines en disposent avec des maitrises et des ambitions budgétaires réelles bien différentes. D’autres n’en ont pas, préférant laisser à chaque commune et leur substrat associatif développer leurs propres actions très locales. Le curseur ne se positionne pas partout au même niveau d’ambition.

L’EPCI devra corriger ces faiblesses par une politique publique volontaire, associée à celles des communes, irriguant et maillant le territoire à tous niveaux de fonctionnement et de promotion de ces cultures et langues, en s’appuyant sur les structures, tissus associatifs, acteurs et moyens existants ainsi que sur les pratiques professionnelles et amateurs ! Ce vaste schéma indicatif concerne l’enseignement l’enseignement artistique en écoles spécialisées , l’aide au spectacle vivant et l’éducation artistique et culture en milieux solaires.

Ce programme dotera la langue basque de véritables stratégies et moyens pour la développer, la transmettre et l’intégrer en tous les domaines et intervenir dans tous les champs culturels en liaison étroite avec l’OPLB ou  l’Institut Culturel Basque, par exemple. La langue gasconne, moins présente, bénéficiera néanmoins des mêmes attentions. Du 1er janvier 2017 au 1er janvier 2019, une période transitoire de mise en place de l’EPCI s’effectuera en douceur en respectant et intégrant toutes les politiques culturelles en cours des intercommunalités, sans gommer les spécificités identitaires des communes déjà très actives. 

…des inquiétudes aussi!

Les acteurs territoriaux s’inquiètent de ce schéma encore fluctuant qui repense les instances décisionnaires auxquelles s’adresser pour valoriser et concrétiser leurs projets. D’autres s’interrogent sur les redéfinitions de statuts qui interviendront nécessairement en termes de mobilité ou de nouvelles compétences professionnelles. Mais tous devront, à l’heure de la Nouvelle Aquitaine et d’une entité départementale qui se cherchent encore, apprendre à surfer sur des repères territoriaux en pleine mutation. Une économie de dépenses, des programmations culturelles mieux définies, en calendriers complémentaires et non plus rivaux, qui permettront de mieux financer les initiatives locales ou projets globaux, mieux défendus, aidés et financés, il faut l’espérer, au niveau des instances régionales ou étatiques ? C’est la vision et le souhait de bien des acteurs locaux qui veulent rester à l’initiative des grands axes culturels et artistiques qu’ils initient et vivent au quotidien, qu’il s’agisse de culture globale locale ou de culture identitaire basque, largement ouverte aux métissages et aux transfrontalités, avec un juste équilibre à rétablir, sans doute, entre zones côtières et intérieures, ou à maintenir, entre cultures locales et large ouverture à d’autres identités culturelles régionales, nationales, européennes voire mondiales.

Esquisses d’un rêve

Alors oui, rêvons un peu! Il nous plait à imaginer dans les mois ou années à venir des tours de tables actifs et productifs, sans langue de bois aucune, qui réuniraient, autour de programmes annuels communs des instances aussi différentes que l’Eurorégion Aquitaine Euskadi, le département, l’OPLB, l’Institut Culturel Basque, Les agglomérations du BAB ou du Sud Pays Basque, le Malandain Ballet Biarritz, la Scène Nationale du Sud Aquitain, les Théâtres du versant, des Chimères et autres Hecho en la Casa, des festivals bien ancrés dans notre paysage aux si multiples facettes et thématiques, des espaces de spectacles tels l’Atalante, l’Atabal, le Quintaou et bien d’autres encore, des associations et collectifs culturels et artistiques, si dynamiques et nombreux ici, des musées, fleurons de notre territoire et j’en passe…. Nous ne connaitrions plus alors ces spectacles implantés en des salles aux jauges inadéquates, ces protectionnismes urbains se refusant à l’apport de toutes compétences et moyens extérieurs, cet arrière-pays trop démuni en offres culturelles décentralisées, ces calendriers d’événements où se chevauchent, se concurrencent, les manifestations, par manque de concertation, ou ces initiatives intrépides qui, par manque de communication partagée ou de moyens communs restent à l’état de phalènes…Rêve ou esquisse d’un avenir plus intelligemment conçu ? Nos institutions locales et instances politiques ou communales sauront-elles s’abstraire d’un certain esprit de clocher néfaste ou d’une tendance au radicalisme identitaire pour penser enfin « territorialité »?

C’est aussi, pourquoi le nier, une question financière qui devra à l’avenir intégrer les plans budgétaires de l’EPCI. Ne nous leurrons pas! La culture et l’art ont un coût même  si ces secteurs cruciaux restent générateurs de bien des emplois et d’une industrie périphérique très lucrative, quoi qu’on puisse en penser! Très vite, la nécessité, l’urgence et l’exception culturelles, si chères à notre pays, l’emporteront comme des actes de résistance aux schémas réducteurs ambiants dans le monde entier. Certains veilleurs et garde fous sont heureusement là pour nous le rappeler, tel ce colloque  international, chantiers Nord Sud, tenu tous les deux ans par le Théâtre de Versant pour que se maintiennent tous les métissages culturels de la planète.

Laissons pour l’heure la jeune pousse EPCI grandir. Elle bénéficie après tout d’un excellent terreau artistique et culturel et de solides tuteurs qui, espérons-le, laisseront se développer bien des branches saines, d’ici, identitaires, ou d’ailleurs, en un splendide métissage. Elle portera bien des fleurs aux couleurs foisonnantes qui n’existent pas encore, comme autant d’arts et de cultures dont notre territoire accueille les ferments créatifs. A tous les acteurs ici, quels qu’ils soient, d’imaginer ce devenir et de le guider jusqu’à maturité dans un entrelac d’outils institutionnels bien élaborés et constructifs qui ne demanderont qu’à se conjuguer pour que naisse une vraie compétence culturelle, estampillée EPCI.  Utopiste? Voire!

Merci notamment à Colette Capdevielle, Jean-Claude Iriart, Thierry Malandain, Gaël Rabas ou Mixel Courougnon pour leurs réflexions qui nous ont aidés à mieux comprendre cette nouvelle entité territoriale avec les attentes et appréhensions qu’elle suscite.

Pour plus d’infos sur tous les secteurs concernés par l’EPCI: www.gouvernance-pb.lurraldea.net

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

Voir aussi article ECPI dans la Semaine du Pays Basque du 14 au 20 octobre, en sa nouvelle formule revigorée et impertinente!

www.lspb.fr

This Post Has Been Viewed 112 Times

Tags: , , , , , ,


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to Top ↑
  • Rejoignez-nous sur Facebook

  • Catalogue art/culture

  • L’annuaire Mozaik 2017

    L’annuaire Mozaik 2017
  • Panier