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Published on septembre 20th, 2016 | by MagMozaik

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Entre mélancolie et flamboyance

25 ans que la ville de Biarritz porte à bras le « coeur » le Festival Biarritz Amérique Latine et 12 ans -mais pour la dernière fois- que Marc Bonduel, Délégué Général et son équipe pointue élaborent une programmation éclectique, complexe, précise et jubilatoire pour mieux nous faire vibrer à l’heure d’une Amérique latine en constante ébullition créative. Certes il sera remplacé, mais il nous manquera ce regard pertinent, impertinent, lucide, tendre et d’une extrême acuité porté sur des bribes incandescentes de continent, ancrées en des contextes politiques, économiques, sociaux et culturels qui se pensent sans cesse dans le mode de l’urgence de dire, de filmer, de montrer, de hurler parfois, tant restent fragiles les assises et les structures d’encadrement de l’imagination cinématographique. Des talents en perpétuel danger que la vision du Délégué Général avait su, avec finesse, valoriser, les entourant des multiples formes d’expression de la culture, des cultures, latino-américaines, à commencer par la littérature et l’art.

Un festival de résistances

Du 26 septembre au 2 octobre un véritable feu d’artifice illuminera le ciel de la cité avec, en vedette, cette douloureuse et flamboyante Amérique Centrale, en un véritable chapelet d’Etats tampons entre les Etats Unis et l’Amérique du Sud, ces deux mastodontes. Une programmation incisive dont le fil rouge suit le thème de l’urgence de la résistance. Résistance et urgence de création face à des situations de chaos politique comme au Brésil ou au poids toujours rémanent de dictatures, oppositions au monde des adultes, aux pouvoirs économiques et autres puissances de censures humaines. Un fil rouge ancré dans les réalités d’Amérique Latine qui pousse le cinéma de nombreux pays à faire acte de résistance et non de résignation dans une urgence à témoigner, à sublimer des réalités complexes, difficiles ou instables.

Second temps fort du festival, le retour en force de la production brésilienne qui, sur fond de déchirements politiques, subit souvent les contrecoups de censures incompréhensibles mais revient en 2 longs métrages, 3 courts métrages et 4 documentaires. Un retour qui fait aussi écho à cette impérieuse urgence de résistance puisque que cette créativité nouvelle émane de récents collectifs de cinéastes, formés pour proposer des formes différentes de cinéma.

Car c’est là le troisième axe que dessine le festival: Tous les films présents s’inscrivent au coeur d’actualités qui en conditionnent les thèmes ou les modes de création, souvent difficiles en l’absence d’une stabilité politique qui autoriserait la viabilité d’ institutions de formation et de production pérennes, mis à part le cas du Costa Rica. Une réactivité à l’actualité que reflète la sélection des films dont certains sont en lice pour les oscars du meilleur film étranger dans leurs pays respectifs. 

Un festival plebiscité

Bien sûr, le festival propose, comme à son habitude, le meilleur de la production latino américaine en une sélection de longs métrages, courts métrages et documentaires finement ciselée avec exigence au fil de l’année par ses comités très pointus de repérage. Une sélection, on l’aura compris, placée plus que jamais sous le signe de l’engagement politique et de la résistance créative à toute forme de musellement des mémoires. Une sélection militante qui depuis 25 ans reflète une Amérique Latine en constante évolution sociale, politique, économique, humaine et culturelle, jamais figée en stéréotypes, alternant la cruauté abrupte et l’ironie incisive. Un festival qui, au delà du cinéma, donne à découvrir une culture, des cultures plurielles sud américaines aux multiples facettes, en expositions artistiques, rencontres littéraires ou vitalités musicales extraordinaires. Un festival, enfin, très profondément ancré dans la ville qui l’a généré, comme une passerelle entre terre d’origine et diaspora lointaine mais toujours vivace.

Sans doute faut-il chercher là le secret du succès pour un festival très largement plébiscité par un public de fidèles d’année en année. D’ores et déjà, tous les abonnements ont été vendus plus d’un mois avant l’ouverture de la manifestation. Pour nous être immergés souvent dans les publics en salle, en village ou en expositions et autres rencontres entre cinéastes, auteurs et publics, nous avons pu constater la ferveur des adeptes du festival qui, pour nombre d’entre eux, prennent leurs congés annuels juste pour assister à LEUR événement et qui virevoltent de séances cinés en concerts en passant par moult visites au village et aux stands qui l’animent! Un succès que l’on doit aussi à la volonté affichée du festival de faire découvrir les cultures latino-américaines sous ses aspects les plus diversifiés et de surprendre constamment le public là où on ne l’attend jamais , sur des chemins de traverse de belle pertinence ou insolence.

Alors un anniversaire, cela se célèbre dignement, au delà d’une programmation qui ne déroge pas à ses exigences de qualité et de diversité impertinente. Un anniversaire en mélancolie puisque Marc Bonduel s’évade vers de nouvelles aventures, laissant les pointures de son équipe suivre ses traces. Un anniversaire insolite et très subjectif car, en cet âge de maturité, chaque membre de l’équipe a choisi le film qu’il souhaite présenter et défendre auprès du public en de multiples éditions passées et qu’il accompagnera lors des projections!! Une belle élégance qui reflète à merveille l’esprit cette équipe, aux manettes 12 années durant. 9 films (fictions et documentaires) reprogrammés ainsi, sortis entre 1996 et 2012, à découvrir dans le catalogue du Festival, dont le film de clôture du chilien Sebastian Lelio, “Gloria”.

Florilège des temps forts programmés

A festival de résistances, jurys adaptés en une belle flamboyance et un joli souffle de liberté! La preuve? Alfredo Arias, l’argentin, aux longs métrages, dont on sait l’engagement à la direction du Théâtre de la Commune d’Aubervilliers. Un amour des planches militantes que sa plume ne démentira jamais. A ses côtés, notamment, un Sergio Ramirez, nicaraguéen de haute volée engagé en son temps aux côtés des sandinistes et grand écrivain. Aux courts métrages, Aurélie Chesné, venue du documentaire et le bayonnais Safy Nebbou. Mais surtout aux documentaires, Cyril Dion, co-réalisateur avec Mélanie Laurent du film qui a marqué récemment bien des esprits: “Demain”.

Côté compétition, 10 longs métrages en lice, dont le film d’ouverture, “Neruda” du chilien Pablo Larrain et le très attendu “Aquarius” du brésilien Kleber Mendonça Filho, censuré dans son propre pays et qui subit de plein fouet une interdiction de diffusion pendant 18 ans depuis cet été! C’est au coeur de cette sélection que le  jury du Syndicat Français de la Critique de Cinéma, présidé par un habitué du festival, Philippe Lefait, choisira son lauréat 2016. 10 courts métrages également en lice dont 2 suscitent notre intérêt: “Rosinha” du brésilien Gui Campos qui nous brode une belle histoire d’amour et de sexualité entre deux personnes âgées, bouleversant ainsi tous les codes sociaux, et “Tiznao” du cubain André Farias ou l’histoire d’une dérive dans une ville obscure et pleine de désespoir, La Havane, sur fond d’ouragan. Enfin 13 documentaires complètent ce riche programme avec une mention particulière pour “Yo no soy de aqui” des chiliennes Maité Alberdi et Giedré Zickyté ou l’histoire d’une vieille femme qui, en sa maison de retraite, se croit à peine débarquée de son pays basque natal. Plein de grâce et d’humour finement dentelés.

En marge du festival, quelques temps forts thématiques permettent d’insolites découvertes. Le focus de cette année porte sur l’Amérique Centrale avec des films du Costa Rica, de Panama, du Nicaragua et du Guatemala. Au total 11 films issus de pays- hormis le Costa Rica- agités de soubresauts politiques dont ces réalisations s’imprègnent comme une urgence de dire des contextes violents, perturbés et perturbants. Outre la sélection anniversaire, on posera un regard sur la fenêtre Arte, les Kimuak, 4 jeunes pousses dont les courts métrages sont diffusés en basque et les 4 courts accompagnés par l’ECLA.

Côté rencontres, l’ Institut des Hautes Etudes de l’Amérique Latine propose, le 27 septembre, de s’interroger sur la place de l’Amérique Centrale à l’heure de la globalisation. Les 28 et 30 septembre, deux auteurs magnifiques viennent débattre avec le public sous la houlette de Philippe Lefait et Jacques Aubergy: Sergio Ramirez (Nicaragua), aux forts engagements sandinistes,  et Rodrigo Rey Rosa (Guatemala), hanté par les causes profondes de la violence en son pays.

L'exception culturelle Matta

Né sous les auspices du festival, le projet Lizières initié par Ramuntcho Matta poursuit son aventure en offrant une résidence de développement artistique à un jeune réalisateur latino-américain particulièrement remarqué dans la sélection officielle de chaque édition.

Mais cette année, l'”Atelier Matta” crée l’événement en invitant les festivaliers à se représenter le monde en dessins, tout en s’inspirant des oeuvres de Roberto Matta et de deux de ses fils, artistes aujourd’hui disparus, Gordon Matta-Clark et John Batanne. Cette grande exposition participative propose de nombreuses oeuvres, dont une, monumentale, du grand artiste chilien Roberto Matta, dont on se souvient qu’il fréquenta bien des surréalistes, notamment André Breton, des dessins et des videos de ses fils. Une étonnante et fantastique manière de plonger dans l’univers de ces artistes et de découvrir le magnifique poème de Ramuntxo Matta dédié à son père: “Père, impair et manque”, dont on retiendra ce bouleversant hommage, “Pères, impairs et manques, ce qui compte ici c’est pluriels. Chacun ici s’est fabriqué à son insu mais avec sa marque. La marque d’une exigence et d’une rigueur….Etre artiste n’est pas un métier, ni une fonction, c’est un état qui s’empare parfois du réel…Ma papa et mon maman? Car c’est mon maman qui s’occupait du réel, du cash à trouver tous les jours pour pouvoir s’habiller, se nourrir et grandir. Ma papa s’occupait de l’imaginaire mais l’un nourrit l’autre et l’autre nourrit l’un. A l’art j’ai choisi la vie avec un peu d’art sur les bords, pour les bords, pour se border lorsqu’il y a trop d’attaques de rationalités…” Nous y reviendrons, forcément!

Emotions en musiques et village

Comment imaginer le festival sans son bouillonnant village et son traditionnel concert Gare du Midi? A travers ce village, les biarrots s’approprient leur festival en soirées “muy caliente”, même s’ils n’ont pas le temps d’y consacrer tout leur temps! Concerts, cours de danse, mojitos, tapas et surtout stands qui permettent de découvrir toutes les richesses et produits d’Amérique Latine, en accès libre et gratuit jusqu’à 2h00 du matin! Au programme, “Sara Curruchich”, artiste maya qui défend avec virtuosité sa culture Kaqchikel, l’argentin “Melingo “et ses tangos décalés, le collectif chilien “Corazon” à la Cumba festive, dopée aux sons du monde entier, l’électro world du trio franco-brésilien” Sociedade Recreativa”, “Salsos +” . Les colombiens de “Papa Orbe  y los Turpiales sabaneros” enflamment la soirée de clôture.

En vedette cette année, Yuri Buenaventura, sublime musicien colombien qui, après des années de fidélité au festival a enfin accepté de se produire en concert le 28 septembre (21h00, gare du midi)! Un événement que précèdera à 9h00, à l’auditorium du Casino, la projection d’un documentaire que lui a consacré en 2014  Marcela Gomez Montoya, “Buenaventura, no me dejes mas”.

Pour toutes infos sur la programmation, les lieux, les horaires, les tarifs et les événements satellitaires: www.festivaldebiarritz.com

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com 

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