Escapades

Published on novembre 9th, 2016 | by MagMozaik

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Entre deux mondes, une culture en péril

Depuis quelques années Séverine Dabadie et Christiane Etchezaharreta nous régalent de leurs somptueux voyages en témoignages sensibles et photographies ciselées sur le fil de leurs émotions humanistes ou simplement humaines. Après les envoutements d’une Inde précaire, fière et pudique, ou les souffles océaniques du dernier et intrépide chalutier thonier, elles nous plongent aujourd’hui dans l’univers ombrageux et embrumé des bergers basques dont Zigor, récemment, avait, en étranges luminosités et silences assourdissants, capté les troupeaux et les méandres montagneux. L’occasion, en quelques magnifiques rencontres, de s’interroger sur des hommes et des femmes de préservation dont la passion pour ce métier, voire ce sacerdoce, ne s’émousse guère.

A l’heure de l’industrialisation aseptisée, le pastoralisme, les pastoralistes, restent les derniers remparts pour préserver et entretenir la vivacité de nos montagnes avec force brebis chouchoutées, chiens vigilants et bergers en osmose avec le nature pour offrir les meilleurs produits qui se puissent savourer dans notre territoire. Les Manex, les Blanches du Béarn… Toutes ces demoiselles qui agnellent en hiver vivent au rythme des transhumances vers des herbages et des airs qui magnifient leurs laits de merveilleux arômes, leurs fromages faits à l’ancienne et leurs toisons coupées à la main. Sans terre ou avec, les bergers, conscients des menaces actuelles sur leurs pratiques ancestrales, s’adaptent- souvent en vallées- aux techniques modernes sans rien abdiquer de leur vie austère et identitaire. En haut c’est la traite à la main, la liberté de goûter les bons herbages et de galoper sous le regard strict des chiens. En bas, la mécanique prend le relais avec son lot de concours de fromages et les nécessaires rentabilisations économiques.

Un “entre deux mondes” d’authenticité, de convivialité où les mots sont inutiles pour comprendre, déguster ces choix de vie entre les belles en troupeaux et l’homme, quand les rythmes saisonniers décident d’une qualité d’existence qu’aucun n’abandonnerait pour rien au monde. Il fut un temps où l’on sifflait de vallée en vallée, de berger en berger, où le soir, dans les hauteurs, le fromage se faisait avec amour selon des rites immuables de présure et de repos pour le meilleur gazna possible, où le foyer chauffait doucement le lait avant d’accueillir les mets humains partagés entre bergers et bergères, là haut, tout là haut…

Séverine Dabadie et Christiane Etchezaharreta ont suivi pendant 3 ans, étés comme hivers, les parcours simples et vrais de bergers de toutes conditions, jeunes et vieux, hommes et femmes, salariés et bergers par tradition familiale. Elles nous restituent aujourd’hui toute la beauté des savoir faire à préserver de toute urgence, en dépit des diktats de productivité consuméristes actuels. La qualité n’a pas de prix et ces vies là non plus!! Un patrimoine immatériel de plus en plus menacé aujourd’hui, à découvrir et protéger – tant il est vrai que la quantité  n’égalera jamais la qualité- né de pastoralismes d’exception. L’ouvrage, bilingue, a été réalisé par Elkar avec le soutien de l’Office Public de la Langue Basque, du Gouvernement Basque, des producteurs de la “Fromagerie des bergers de Saint-Michel” et des fromagers de Saint-Jean-de-Luz Beñat et Fatou Moity, Beñat Fromager. Le pastoralisme? Plus qu’un art de vivre, une vrai culture!

 Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

www.severinedabadie.com, voir ci-dessus film réalisé par les auteurs.

Voir également Semaine du Pays Basque n° 1202

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