Donostia 2016

Published on mai 15th, 2016 | by MagMozaik

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En art, point de frontière!

Ces mots si pertinents furent dits par Victor Hugo et inscrits hier soir en exergue d’un simple seau d’eau bleu, transformés à la Rotonde en oeuvre d’art exquise dont la seule mission était de récolter l’eau d’une fuite impromptue! Délicieuse correspondance avec cet “Art au Cloître” où se rencontrent, l’espace d’un long week end, des artistes basques aux langues et cultures complémentaires et aux inspirations si fusionnelles. Un événement organisé par la galerie des Corsaires prête à tous les abordages et toutes les audaces en un lieu naguère, comme le rappelait Yves Ugalde, adjoint à la Culture, bouillonnant de vie et d’échanges commerciaux, sous les auspices protecteurs des anges de pierre de la Cathédrale Sainte Marie de Bayonne. Un espace qu’habitent désormais, avec un haut niveau d’exigence amplement atteint par ce bel aréopage d’artistes sans frontière, sculpteurs, peintres et collagistes dont les échanges se font évidences en ce havre de paix admirablement restauré!

Des rencontres transfrontalières

Dans le sillage de Donostia 2016, la galerie des Corsaires propose, au Cloître de Bayonne, un superbe parcours d’artistes, tous issus de notre territoire basque, de part et d’autre des Pyrénées. Une rencontre et des échanges exceptionnels, uniques, avec des créateurs de très haute qualité qu’il serait franchement impardonnable de rater. Peintres, sculpteurs, collagistes vous attendent en ce cadre privilégié du 14 au 16 mai, de 10h00 à 19h00. Au total, 22 artistes aux univers très différents mais d’une grande virtuosité, histoire de rappeler, si besoin en était, à quel point le quotidien difficile des créateurs se saurait gommer une seule once de leur talent!

Juan Askarate Garde, Cristina Cidriain Urra, Miguel Etxebarria, Saturnino Gutierrez Baroso, Juan Azkarate, Pelex, Iker Valle Bravo, Abo, Jean-Marc Barneche, Eric Bourdon, Patrick Bueno, Monique Brot, Jean-Noël Calvet, Chabryez, Daniel Joly, Agnès Lacombe, Delphine Lahens, Thierry Portal, Alain Rillot, André Rouquet, Jean-Marie salarié, Vincent Teissier, Zaza…. 22 bonnes raisons incontournables de rencontrer des artistes, exposants ou non, qui vous conduiront au cœur unique de leurs univers.

L’espace, avouons-le, leur sied à merveille, en un lieu grandiose où les paroles s’échangent et les rires fusent. Le soleil boude mais les miss de la Côte Basque dérident bien des visages, heureux de poser en si belle compagnie! Des jeunes femmes dont les Années Folles de Biarritz apprécieront bientôt la grâce et la simplicité. Emploi du temps trépidant et serré oblige, nous arrivons sur le coup des 19h00, juste le temps de parcourir les allées du cloître et de revoir avec bonheur bien des artistes amis avant que n’arrive Yves Ugalde, tout à la joie de savourer ces précieux instants où ce riche patrimoine architectural se fait écrin de talents absolus.

Petite déambulation et quelques coups de coeur!

Notre premier coup de cœur? Les administrateurs des Corsaires, tous artistes, quelque peu frustrés de ne pouvoir exposer ici, statut oblige, à part Mica qui expose à la galerie du 16 au 28 mai ou Michel Chalot présent tous les samedis sur la “Place aux peintres” quand le temps l’autorise! Mica, le bavard et prolixe artiste à l’humour décalé ne l’est jamais autant qu’à travers ses œuvres impétueuses et flamboyantes. Peintre des couleurs éclatantes, des mouvements rageurs et des arabesques somptueuses, ses palettes sonores écoutent les silences du territoire où il a décidé d’ancrer son univers. les vagues de son imaginaire surfent sur les grondements de l’océan, les souffles des montagnes, les rages de taureaux ivres de dignité et de liberté au cœur d’arènes meurtrières. Un pays tout simplement vibrant de toutes ses différences, captées en touches fières et vives. se laisser happer par les toiles de Mica c’est se plonger dans le rire, la vie, la richesse d’un territoire à fleur d’émotion. A ses côtés, Patrick Guérin, sculpteur et tourneur sur bois dont l’imaginaire se joue des textures et des couleurs en une créativité insolente et fougueuse. de ses mains éclosent des fleurs qui n’existent pas encore, naissent d’élégantes araignées à séduire l’arachnophobe que je suis… Un joli duo laché en une liberté drôlatique et féérique qui succède aux “Etats d’âme” d’un quatuor féminin d’une force émotionnelle délicate et intense. Marie-Hélène Bresson, Christine Claverie, Yvana Duchêne et Laurence Sangorrin ont su offrir en œuvres déchirées, parfois douloureuses mais toujours fières, de fines introspections de paysages intérieurs, fragiles et fugaces.

Second coup de cœur qui n’étonnera personne: Les sculpteurs dont les volumes en volutes d’acier ou de bois alternent les textures et les polissages entre rugosités, miroirs élégants ou constructions, notamment boisées, que les esprits architecturent. Daniel Joly allie les extrêmes, entre verre soufflé fragile d’où jaillissent des lumières et acier aux énergies indomptables. Son “Octopus”, surgi des océans par la magie de son imaginaire et de celui de Jean-Marie Rimbault,  suscite une rare émotion. Pelex explore les fragilités humaines en mouvements fugitifs d’acier et de bois. Mais notre sensibilité penche incontestablement du côté de Fabrice Bueno dont les créations sublimes de finesse, d’imagination stylisée, épurée,  et de contrastes nous touchent profondément. Sa magie n’émane d’un conjonction inédite de matières mais d’un traitement subtil du métal, oscillant entre aspérités et douceurs en des compositions superbement construites tout en équilibres délicats et architectures nerveuses, tout en matités primales et luisances élaborées. de ses mains expertes jaillissent des oiseaux, des plumes d’écrivains, des symboliques abstraites et si concrètes néanmoins, des gestes d’une humanité sensible et fine. Mais tout cela n’est rien sans le toucher qui anime ces œuvres et vous transperce. Fermer les yeux et laisser sa main glisser sur les courbes et formes incisives ou rugueuses de ses créations est un plaisir insigne…Petit focus sur les structures élancées de Jean-Noël Calvet dont les bois chaleureux attirent les mains.

Troisième coup de cœur: la belle diversité créative des artistes conviés en ce lieu de grâce et le merveilleux dialogue établi entre eux et avec les visiteurs, venus nombreux partager des instants précieux de transfrontalité.  Nous connaissons, et apprécions, la plupart des créateurs français présents sur cet événement et, mis à part Iker Valle Bravo coutumier de tels échanges, nous découvrons avec bonheur des artistes exubérants ou très pudiques, brillants reflets de l’âme basque, ombrageuse, fière, nourrie de mythes et légendes propices aux plus beaux imaginaires créatifs. Leur timidité, liée aux fines barrières linguistiques, s’estompe vite au contact des autres artistes et des visiteurs, avides de comprendre leurs démarches, leurs œuvres magnifiques. Pelex et Iker Valle bien sûr, mais surtout la somptueuse, plantureuse et lascive femme couchée de papier maché, si parfaitement réalisée qu’elle évoque la pierre ou le marbre, côtoyant avec douceur les étranges vases de l’artiste, Saturnino Gutierrez. Un univers voluptueux qui jouxte celui, plus fantasmagorique, de Juan Azkarate.

Côté français, Chabryez offre en couleurs vives des portraits décalés, reflets étranges de bien des personnalités ainsi saisies au vol, de Picasso à Bowie en passant par Warhol et Audrey Hepburn auxquelles répondent en écho les abstractions chatoyantes d’Agnès Lacombe. Delphine Lahens et Jean-Marie Salanié, en des univers distincts qui se répondent, nous entrainent dans des volutes cérébrales et mouvantes. Vincent Teissier inscrit ses mots en résonance sur des corps gracieux tandis qu’Eric Bourdon nous embarque en des virées maritimes vers des songes vénitiens ou luziens quand Miguel Etxebarria nous ramène en un arrière pays riche de cultures ancestrales dansantes. La sobriété organique de Thierry Portal, dont les faisceaux de lumière soulignent le volume artificiel contrastent avec les exubérances de Jean-Marc Barnèche. Et puis surtout, unique en son genre, notre collagiste Alain Rillot, dit Raoul, dont l’humeur créative vagabonde de papillon en papillon…

Pour infos: http://galeriedescorsaires.blog4ever.com

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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4 Responses to En art, point de frontière!

  1. eric bourdon says:

    toujours aussi bien écrit !

  2. Bel article qui reflète la sensibilité et les goûts personnels de la critique -the woman, I mean.

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