Mozaik de musiques

Published on octobre 16th, 2016 | by MagMozaik

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Du Sacré et du Profane

Toutes les musiques sont-elles sacrées? Telle est la question pertinente sur laquelle se fonde le nouveau Rendez-Vous d’octobre des Musiques Sacrées de Saint Jean de Luz du 20 au 23 octobre, en 3 concerts et une conférence.

Génèse d'une respiration

Idée de départ ? Inventer un événement de rentrée, de respiration, mené de concert par la Ville et ses partenaires annuels majeurs (Le Conservatoire Maurice Ravel via l’Orchestre Régional Bayonne Côte Basque, la Scène Nationale du Sud Aquitain et l’association luzienne Orgue) qui propulse la voix et la musique au rang de vecteur spirituel et s’appuie sur une valorisation d’un patrimoine architectural pour le moins adapté au jaillissement des musiques sacrées. L’idée aussi d’insuffler à la musique un rythme saisonnier empreint d’introspection, de réflexion et d’histoire et de réaliser une belle synergie entre des structures actives toute l’année pour un rendez-vous d’octobre. Mais si la première édition s’ancre sur ce qui sculpte l’identité profonde luzienne à travers son histoire musicale, l’ambition reste à l’avenir de s’ouvrir à d’autres spiritualités et cultures du monde entier.

Le choix des musiques sacrées? Une évidence liée à l’histoire de la ville et à ses bijoux architecturaux religieux dont l’acoustique sied à merveille à ce genre musical dont elle sublime les envolées sonores et les voix chorales qui en cisèlent souvent les partitions. Un choix qui néanmoins interroge sur ce que l’on peut, en musique, qualifier de sacré ou de profane ! De fait toute musique se compose en mode spirituel mais sans forcément une connotation religieuse. Chacun s’approprie la dimension « sacrée » selon ses propres valeurs et sensibilités, ce qui est mon cas puisque athée! La frontière entre profane et sacré se tisse sur nos propres échelles en des gradations où la musique sait exprimer et traduire ce que nous considérons comme essentiel en termes d’émotions et d’humanité ou qui nous renvoient à nos vibrations intimes de mémoire et de souvenirs personnels. Seul le critère de définition importe sur ce que l’on s’accorde finalement à qualifier de profane ou de sacré… La religion, les valeurs de justice, de résistance, les éthiques de vie…?? La gamme des variations est infinie en ce registre des interprétations de tels mots lourds de sens sur le fil de nos vies, de nos valeurs, de nos croyances en des idéaux ou des absolus qui régissent nos pensées ou nos comportements affutés.  Mais de fait, quel que soit le sens donné à ce « sacré », il s’agit toujours, ni plus ni moins, de sublimer par la musique nos choix de vie philosophiques, éthiques et humanistes, que l’on soit croyant en un dieu ou en certaines valeurs humaines fortes.

Un reflet de l’identité luzienne

Initiateur du projet? Jean-Louis Casteret soutenu par Pello Etcheverry, adjoint délégué à la création, l’action et l’innovation culturelles. Lieux de prédilection ? L’auditorium Maurice Ravel, l’Eglise Saint Jean-Baptiste et la Chapelle Urdazuri . La programmation Butine en des styles subtils et diversifiés, du baroque de Charpentier ou Couperin au contemporain d’Alcaraz en passant par le romantisme et le néo-romantisme d’un Saint-Saëns ou d’un Fauré aux sonorités cristallines et fluides.

Etienne Rousseau-Plotto, grand spécialiste de Stravinski et Ravel, organiste émérite et professeur d’histoire au Lycée Ravel de Saint Jean de Luz, s’interroge d’emblée  sur ce qui nourrit l’essence même de ce rendez-vous, en une conférence à l’Auditorium Maurice Ravel. « Toutes les musiques sont-elles sacrées? » Oui, sans nul doute, à condition de placer le curseur sur les échelles de différentes valeurs, religieuses ou profanes, tant il est vrai que la musique, cet art abstrait, renvoie à nos partitions de vie intimes en quelques élévations transcendantes de l’esprit. Que l’on soit croyant ou pas, la jubilation née du jazz, du blues, du rock, du folk ou de toutes formes de volutes dites classiques, l’émotion jaillie de toutes époques ou de tous pays invente un langage universel où l’humanisme se tisse. Un musicien basque, Fermin Muguruza, l’illustrait récemment dans un flamboyant documentaire, “Nola”: La musique reste le creuset où se construit l’identité d’un peuple, d’un pays et tout homme qui sait entendre ses multitudes  ou les chanter est une homme libre. Des instants de vibrations ouverts sur l’éternité ? Une évidence tant les notes se heurtent à toutes les intolérances, toutes les censures, tous les appauvrissements culturels, quels qu’ils soient.

Le 21 octobre à 20h30, l’Orchestre Régional Bayonne Côte Basque, sous la direction de Nicolas Simon, nous offre une perle rare de luminosité et de fraicheur en la personne de la jeune violoncelliste Anastasia Kobekina, lauréate de l’académie Maurice Ravel 2015 qui, par sa virtuosité exceptionnelle, revisite Saint-Saëns, dont l’élève Gabriel Fauré, tout en somptuosité aérienne, complète la prestation de l’orchestre avec Pelléas et Mélisande et et le souffle grandiose de son Requiem. Frisson garantis.

Le lendemain, Chapelle Urdazari, place au baroque et au classique qu’inspirent la « Simphonie du Marais » d’Hugo Reyne en quelques pierres précieuses européennes serties sur leurs instruments et leurs cordes vocales d’une pureté magique. Une formation étonnante et originale, de renommée internationale, dont les concerts convient souvent au grand festin gracieux de la musique, la poésie, le théâtre, la danse ou la gastronomie selon les partitions finement choisies. En ce le lieu de recueillement, Marc-Antoine Charpentier, François Couperin, Jean-Sébastien Bach et Giovanni-Felice Sances nous entrainent dans une subtile spirale de tonalités.

Enfin, le 23 octobre à 16h00, l’Eglise Saint Jean-Baptiste accueille une stupéfiante harmonie chorale avec le choeur des jeunes de « San Juan Bautista Abesbatza », une référence européenne de Bilbao, sous la direction de son créateur Basilio Astulez, accompagné à l’orgue de Gérard Rifon, naître en l’art de magnifier les choeurs. Au programme, Brahms, Mendelssohn, Elgar, Bach mais aussi, en version plus contemporaine, Busto, Withacre, Copi et Alcaraz…

De belles rencontres qui devraient, en théorie, mobiliser les mélomanes de la côte grâce, notamment, à une politique tarifaire rare, compte tenu des prestigieux artistes et formations présents à ce Rendez-Vous d’octobre.

Toutes informations sur les lieux et tarifs modulés (Pass complet à 40 euros) à l’Office de Tourisme de Saint Jean de Luz: www.saint-jean-de-luz.com

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

Photos Mathieu CLERC

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