Donostia 2016

Published on août 11th, 2016 | by MagMozaik

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Donostia: Quand le phoenix renaît de ses cendres!

Donostia a vécu une histoire mouvementée, laissant souvent des plaies béantes au coeur de son architecture et de sa physionomie urbaine. Des cicatrices souvent liées aux violences guerrières de par sa position de place militaire et de base navale cruciale. En 1813, un incendie ravage la ville, dommage collatéral d’une guerre d’indépendance féroce. Peu à peu reconstruite, la cité deviendra, à partir de la fin XIXème siècle, une station balnéaire réputée. Une “Perle du Cantabrique” qui n’en aura pas fini, pour autant avec les blessures profondes de l’ère franquiste et post franquiste. En écho aux expositions majeures “traités de Paix”, le Musée basque et d’histoire de Bayonne nous propose aujourd’hui, du 10 août au 18 septembre, une reconstitution de la ville en 3D avant 1813 réalisée avec brio par l’architecte donostiar José Javier Pi Chevrot, formé à La Villette, dans le sillage d’un Castro, et son équipe talentueuse, en perpétuelle quête d’urbanismes perdus.

Bel exercice de style que cette ville ressurgie du passé par la magie du numérique et qui s’inscrit au coeur d’un des fils rouges majeurs de Donostia 2016, aux frontières fragiles entre guerres et paix. Un questionnement que l’histoire architecturale de la ville incarne dans toutes ses fibres et entrailles urbaines, blessées, défigurées dans leurs chairs de pierre et d’hommes pour finalement ressusciter en un puzzle bigarré où la vieille ville tortueuse s’accommode de nouveaux surgeons nées des cendres de 1813.

José Javier Pi Chevrot, Unai Sarasola Arce et Mikel Oyarzabal Arregui ont l’idée, voici quelques années, en 2013, de proposer, 200 ans après le tragique incendie de 1813, un vision reconstituée de Donostia telle qu’elle était dans ses traces historiques multiples, du moyen-âge à cette date fatidique d’affrontements entre français et anglais, qui se solda par la victoire écrasante de la perfide Albion sur l’aigle impérial, à quelques encablures temporelles de Waterloo. A 3000 contre 30 000 côté anglo-portugais, les pertes furent cependant lourdes pour les anglais qui par vengeance n’hésitèrent pas à massacrer la moitié des habitants et à incendier la ville. Un projet titanesque qui mobilisa, et mobilise encore aujourd’hui, la recherche d’une foule de documents historiques anciens. A part quelques édifices encore présents aujourd’hui, il faudra à la fine équipe de presque archéologues urbains extrapoler le visage de la ville à partir de plans anciens et cadastraux, de styles architecturaux qui existaient à l’époque en d’autres lieux intacts ou de bâtiments encore présents. Un véritable travail de fourmi fondé sur l’analyse des pierres mais aussi sur les schémas socio-économiques, voire politiques et religieux, d’une époque où la richesse et le statut social des familles s’inscrivaient au coeur des édifices, comme des symboles des hiérarchies sociales. Un travail également topographique de reconstitution des terrains tels qu’ils étaient avant que le XIXème siècle n’arase les sols pour édifier de nouveaux quartiers au cordeau.

Tout le substrat d’une époque ressurgit là à travers l’extrême richesse de documents consultés. Autant d’éléments qui restituent la vie et l’ambiance de la cité d’alors avec ses notables, ses pêcheurs baleiniers, ses églises, ses couvents, ses ruelles enchevêtrées, ses remparts médiévaux revisités, ses tumultes de l’histoire, ses strates multiples et historiques serties en écrins de mémoires architecturales complexes. La ville comptait alors 5000 habitants mais aussi 5000 habitants dans la campagne alentour émaillée de couvents et de Palais. En 3D, tout revit par magie. Des dessins précis, des épures subtiles, étonnamment exactes et minutieuses de l’architecte dans les moindres détails de maisons, de rues, de nivelés de terrain, naissent des modèles d’une grande finesse transformés ensuite en de somptueux paysages numériques bruissant encore d’une vie d’avant le drame destructeur. Tout un monde ressuscite avec son coeur de ruche urbaine et sa campagne ponctuée de demeures fastueuses ou de domaines religieux. Un décor souvent imaginé au plus près d’une probable véracité, tant sont rares les représentations d’époque de la ville, les peintres s’attachant davantage à illustrer la Concha.

Un formidable et gigantesque travail qui permet de mieux comprendre le visage de la ville à travers un passé disparu mais restitué ici, que la porte tour clocher de Santa Maria, aujourd’hui détruite, symbolise. A partir de documents anciens, l’équipe a réussi à la rebâtir en carton sur une hauteur de 20 mètres en l’installant au coeur de l’église Santa Maria. Une magnifique reproduction réalisée à partir de gravures anciennes dans des styles similaires à l’époque, tel celui de la cathédrale Sainte Marie de Bayonne, manifestement copié car Donostia, alors gasconne,  dépendait alors de l’évêché de Bayonne. Bayonne dont on retrouve ici, sur l’Hôtel de ville, les emblèmes de justice et de prudence. Mais surtout une magistrale façon de préserver toute la mémoire historique d’un peuple à travers son riche patrimoine urbain. Une maquette qui n’aurait pu voir le jour sans Veronica Ordoizgoiti Arregi et son entreprise Ekida.

Toute cette équipe vit avec passion cette ambition de redonner aux villes ainsi explorées toutes leurs dimensions historiques au fil d’évolutions de leurs structures urbaines. Une volonté également de lever le voile de l’oubli sur quelques grands architectes du XVIIIème siècle tel Ercole Torelli qui, en 1720 imagina de multiples structures urbaines baroques. Pour ce faire et poursuivre ce nécessaire devoir de mémoire, l’architecte a créé une association dédiée à cet objectif de grande virtuosité, Harrimen – Harrien Oroimena. Joli regard vers le passé qui donne tout son souffle aux expositions “Traités de paix”. Dommage que Donostia 2016 n’ait pu intégrer à son programme cette mythique tour reconstituée en structure métallique en lieu et place de l’ancienne!!

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

www.irukiark.com et www.musee-basque.com

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