L'envers du décor

Published on juillet 10th, 2016 | by MagMozaik

0

Donostia 2016: Coulisses à mi-parcours!

L’exposition estivale de Biarritz, consacrée à Pierre Gonnord, en collaboration étroite avec Donostia 2016, ponctue le demi parcours de la Fondation en charge de cette année culturelle européenne. L’occasion de découvrir, en compagnie de Pablo Berastegui, l’envers du décor d’un impressionnant dispositif, placé sous la présidence du maire de Saint Sébastien, Eneko Goia. Un rendez-vous incontournable dans la perspective de notre ouvrage bilan -Donostia 2016: Une trace, des traces – à paraître en janvier 2017. Un entretien “vérité” exclusif avec un homme de grande culture et d’une courtoisie délicieuse, omniprésent et fortement impliqué sur tous les événements essentiels qui marquent cette année et s’inscriront dans un futur durable.

Comment avez-vous été choisi en tant que producteur culturel pour assumer la direction de la Fondation Donostia 2016? Quand et par quelles instances?

Je suis producteur culturel, ancien coordinateur général du centre de création contemporaine Matadero de Madrid et ancien directeur de Photo España. J’ai été élu comme directeur général après un appel d´offre. J’étais à ce moment là au Portugal pour une année sabbatique. J’ai présenté ma candidature car il s´agissait à mes yeux d’un projet superbe, motivant et porteur de valeurs fortes telles que le dialogue comme forme de connaissance, et la culture comme instrument de transformation sociale.

Dans un contexte de longue préparation, comment avez vous intégré le programme en cours et pu, à votre tour, lui apporter votre touche personnelle? Autrement dit, quelle part d’autonomie avez vous dans cette construction complexe qui unit la Fondation, la ville, le parlement et les divers partenaires institutionnels ? Combien de mois de travail cela représente-t-il en amont?

Lorsque je suis arrivé, il existait déjà un groupe de travail excellent. Le projet, gagnant, de Donostia 2016 avait déjà une programmation bien définie et élaborée, puis développée, depuis l’acte de candidature, par plusieurs personnes, dont Xabier Paya (directeur du programme culturel à l’époque). Néanmoins nous avons pu apporter nos propres contributions, à travers un nouvel axe de développement, Les Conversations, destiné à initier des projets spécifiques en collaboration avec les programmateurs culturels du territoire, tels que le Festival International de Cinéma Zinemaldia, la Quinzaine Musicale, le Heineken Jazzaldia, mais aussi avec des opérateurs plus petits, de la ville de l’exterieur. Plusieurs du Pays Basque Nord.

Nous avons rajouté le programme « Vagues d´energie », conçu pour encourager la participation citoyenne active dans le domaine socio-culturel et financer ses projets spécifiques qui partagent les valeurs de Saint-Sébastien 2016. Vagues d’énergie est inspirée de Kulturskjutsen, une initiative similaire mise en place par la Capitale Européenne de la Culture d’Umeå 2014, mais avec une différence importante: un conseil citoyen, appelé Ardora, se charge de sélectionner les projets qui seront subventionnés. Dans Vagues d’énergie, la population est protagoniste à la fois des propositions culturelles et des décisions exécutives. Le programme s’articule autour de deux modalités de subvention : un appel à candidatures mensuel de cinq aides de 2016 euros et un autre tous les deux mois où sont accordés 20 160 euros pour un projet de plus grande envergure. L’appel est toujours opérationnel.

De quel budget disposiez vous et d’où provenaient les financements?

Donostia 2016, Capitale Européenne de la Culture, dispose d’un budget de 48 772 012 € (2012-2018). L’essentiel, soit 75% du budget, est fourni par les trois administrations basques et, pour 10%,  le Ministère de la Culture du gouvernement espagnol, complété de fonds propres: subventions, mécénat, vente de billets, etc (environ 15%).

Vous disposez d’une équipe organisatrice chargée de coordonner les manifestations et les relations avec les différents acteurs impliqués dans ces événements. Est-ce une équipe que vous avez choisie et comment s’est organisé le travail en commun? Avez vous fonctionné par secteurs thématiques ou autour des phares?

Comme précisé plus haut, lorsque je suis arrivé il existait déjà une équipe réduite mais très professionnelle. Au bout de quelques mois, de nouveaux recrutements ont été réalisés. La programmation culturelle s’articule autour de 3 pôles appelés pour l’occasion des « Phares ».

-Le Phare de la Paix : vivre ensemble dans une société solidaire

-Le Phare de la Vie : bien être et « bien vivre » dans le respect de chacun

-Le Phare de la Voix : la langue, la mémoire et l’héritage.

Combien de personnes cette équipe rassemble-t-elle en termes de permanents et de saisonniers? Plus largement, si l’on inclut toutes les manifestations combien de personnes impliquées Donostia 2016 compte-t-il?

Il y a 63 personnes dans l´équipe. Et si l´on inclut toutes les manifestations,  500 artistes venus de toute l´Europe y participent.

Secteurs des arts, le la culture, de la citoyenneté, du sport, de l’économie, des relations transfrontalières, des relations européennes, de la communication, des relations avec le public, via les produits dérivés et la billetterie, de la logistique et des finances… Comment gère -t-on au quotidien un tel enchevêtrement de personnes, de compétences et d’enjeux étroitement imbriqués aussi complexe qui, en dehors des arts et de la culture, fait appel  à tant de multiples strates socio-économiques et politiques, au nord et au sud?

La route n´est pas du tout facile, mais elle est passionnante, un vrai défi! Cependant, je pense que si nous sommes en passe de réussir à gérer un projet de ce calibre, tout cela est rendu possible grâce aux efforts de notre équipe et la complicité de nombreux personnes et organisations.

Quel est le centre nodal et décisionnaire d’un tel monstre? Quelles sont les têtes qui le dirigent et comment organisent elles concrètement leur collaboration au sommet de cette vaste pyramide, cité sud et cité nord? Quel organigramme s’est-il mis en place?

Pour atteindre cet objectif, outre notre organigramme de travail, la décentralisation dans la gestion et le développement des activités qui font partie du programme culturel de DSS2016EU constituent la principale stratégie mise en place. En fin de compte, les agents qui collaborent avec DSS2016EU dans la création de ces projets sont ceux qui survivront à partir de 2017, et poursuivront l’esprit et les valeurs de la Capitalité.

La participation de tous et l’engouement suscité sont-ils à la mesure de vos attentes? Si non, pourquoi?

Oui, depuis sa conception, Saint-Sébastien 2016 a aussi été le résultat d’une somme de propositions de la société civile; en fait, le caractère participatif de la construction du programme fut l’une des raisons du succès de la candidature de Saint-Sébastien et, après son élection, comme je l´ai déjà dit, les habitants ont continué à présenter spontanément leurs projets, dont la plupart, malheureusement, n’ont pas trouvé de la place dans le programme.

La médiatisation est-elle à la hauteur de vos attentes? Si non, pourquoi?

Oui, même s’il s’agit d’un projet qui ne travaille pas sur la « spectacularisation » de la culture. La couverture, il est vrai, est plutôt locale, mais le projet a suscité pas mal d’interêt des media internationaux.

L’impact européen répond-il à vos ambitions? Si non, pourquoi?

Nous sommes très contents de la bonne interprétation de nos valeurs motrices et de l’ambition méthodologique de notre projet dans les moyens de communication européens, notamment dans les pays de l’Europe centrale comme l’Allemagne ou l’Autriche, et aussi la France.

Dans tous ces cas, où sont les forces et les faiblesses?

Le défi était difficile et, effectivement, le parcours n’a pas été sans difficulté ni obstacle, mais Saint-Sébastien 2016 a cru fermement en son pari. Bien entendu, il y a des choses que nous avons pu faire beaucoup mieux, mais nous n’en sommes maintenant qu’à mi parcours.

A mi parcours, quels tirs vous semblent-ils devoir être rectifiés et améliorés? De quels instruments de mesure disposez-vous pour évaluer l’impact de chaque événement du programme et des manifestations générés en semi-labellisation ou en off?

Un certain nombre d’outils et de méthodes quantitatifs et qualitatifs ont été mis au point à tous les niveaux, afin d´effectuer une évaluation basée sur des indicateurs obtenus. Nous le verrons l´année prochaine, lorsque l´évaluation nous sera présentée.

Un exemple concret: le Phare de la paix et les traités de paix! Comment ce vaste projet a-t-il été imaginé et structuré? Comment et en combien de temps la mise en place s’est-elle effectuée, avec quels partenaires, quels financements, quelles lourdeurs ou quels impératifs de sécurité ou d’assurance (compte tenu de la valeur des oeuvres) à surmonter et résoudre,  et quels moyens humains et logistiques pour valoriser ce qui est à coup sûr le point d’orgue de l’année? Comment la communication et la médiatisation se sont-elles organisées autour de tous les événements inclus dans ce dispositif ambitieux? Comment gérez-vous et contrôlez vous toutes les expositions hors programme que cet événement majeur a généré en périphérie? Quel est le coût de ce dispositif?

Permettez-moi tout d´abord de préciser que la Capitale Européenne de la Culture est l’occasion de promouvoir les particularités de la culture propre au lieu, mais surtout de reconnaître notre condition de citoyens européens et de célébrer notre patrimoine culturel commun. Dans ce sens, Traité de paix, qui a été conçu par Santi Eraso (directeur de Donostia 2016 entre 2009 et 2011) et ensuite avec le commissariat de Pedro G. Romero, présente toute la richesse de ce patrimoine artistique européen, avec des oeuvres de nombreux musées internationaux et diverses périodes historiques qui proposent une réflexion sur la paix en Europe. En même temps, Traité de paix est un projet qui a toujours été pensé comme un miroir dans lequel refléter les valeurs de Saint-Sébastien 2016, Capitale Européenne de la Culture.

Côté organisation, Traité de paix est un  projet organisé avec le San Telmo Museoa et Koldo Mitxelena Kulturunea, avec le parrainage de Telefónica et le soutien de EU-Japan Fest, du Gouvernement de Flandre, avec la collaboration du Musée Basque et de l’histoire de Bayonne, Le DIDAM, la Mairie de Bayonne, Artium, Centro-Museo Vasco de Arte Contemporáneo, Fondation Antoni Tàpies, Fondation Museo Jorge Oteiza, Museo de Bellas Artes de Bilbao, Zumalakarregi Museoa, Laboratorium Museoa, VIII Centenaire de l’Université de Salamanque et Tabakalera, Centre International de Culture Contemporaine.

Tout le travail de vos équipes va-t-il s’arrêter début 2017 ou prévoyez vous, même en équipes réduites, de prolonger les efforts pour mesurer les impacts et définir des pistes ouvertes à poursuivre pendant quelques mois pour en assurer le relais?

En ce qui concerne l´avenir de nos équipes, il reste encore à definir. Par ailleurs, pour l’instant, les festivals mis en marche en DSS2016EU auront une continuité pendant trois ans au moins; et nous avons travaillé pour cela en collaboration avec Tabakalera, par exemple. Il en va de même concernant les équipements: Mis à part notre siège, nous n’avons construit ni rénové aucun autre bâtiment, car Donostia 2016 n’est pas un hardware mais un software culturel, guidé par la lumière du phare de la “culture pour vivre ensemble”.

Pensez-vous que le visage de Saint Sébastien en sortira modifié profondément et renforcé au regard de l’Europe, en termes d’image et de coopération transfrontalière dans tous les domaines, notamment culturels et touristiques?

Janvier 2017 est une date clé. Ce sera le moment pendant lequel la graine semée par Saint-Sébastien 2016 germera et où l’on pourra commencer à voir en quoi s’est transformé la ville ; quelle trace l’année de la Capitale a laissé sur les habitants et la ville. En définitive, le défi lancé dans le projet de candidature consistait à faire en sorte que DSS2016EU aille au-delà de l’année habituelle des célébrations. Le programme de Saint-Sébastien 2016 a été conçu pour laisser un héritage spécifique pour l’avenir : Des citoyens plus libres, plus humanistes et respectueux des droits humains, une société plus participative qui apprend à régler ses conflits par le truchement de la culture et des arts. Saint-Sébastien aspire à devenir une référence dans le domaine de la culture et des processus créatifs.

Un autre héritage que Saint-Sébastien 2016 souhaite léguer à la ville est une manière différente de travailler qui permette aux institutions, agents et associations, de diverses disciplines et typologies, publiques ou privées, d’apprendre à unir leurs efforts et à ouvrir de nouveaux horizons.

Dans ce sens, la “culture de chéquier” ne nous intéresse pas puisque l’une des caractéristiques de Saint Sébastien est le « sirimiri » (petite pluie fine et continue, typique du Pays Basque) culturel, peut-être pas spectaculaire à moyen terme, mais nous pensons que notre manière de travailler laissera un héritage riche.

A part, vous reposer et demander à Zigor sa recette pour ne pas trop travailler, quels sont vos projets après cette année épuisante?

Tout d’abord, fermer ma collaboration avec DSS2016 et puis prendre le temps pour penser quels pourraient être mes prochains pas.

www.dss2016.eu

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

This Post Has Been Viewed 117 Times


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to Top ↑
  • Rejoignez-nous sur Facebook

  • Catalogue art/culture

  • L’annuaire Mozaik 2017

    L’annuaire Mozaik 2017
  • Panier