Opérateurs, prescripteurs, associations

Published on juillet 3rd, 2017 | by MagMozaik

0

Des pointes au crampons: Une insolite rencontre

Prendre le temps d’une rencontre pour apprendre à se connaître, à partager des valeurs communes liées à des passions spécifiques et à l’ancrage dans un territoire commun de forte identité, tel était le sens des premiers pas initiés le 26 juin dernier au Casino Municipal de Biarritz par la Banque Populaire Aquitaine et Centre Atlantique entre ses deux fleurons mécénés: L’Aviron Bayonnais et le Malandain Ballet Biarritz. Etonnante réunion des extrêmes dont les affinités électives s’avèrent bien plus nombreuses et subtiles qu’on pourrait le penser.

Deux strates différentes, deux dimensions parallèles vouées à ne jamais se rencontrer? Voire! Entre la Belle et la Bête, rien ne présageait cette histoire unique et ô combien symbolique entre les tourments de la création pure et les efforts physiques… Et pourtant un fil ténu sépare ces deux mondes que tout semble opposer, entre la fureur bruyante des stades, les performances et résultats nécessaires à chaque match et le silence feutré tout en élégance et concentration des coulisses de ballets. Un fil ténu qui cisèle au quotidien ces athlètes si différents que sont les joueurs de rugby de l’Aviron Bayonnais et les danseurs du Malandain Ballet Biarritz. Incongruité direz-vous? Juste un trait d’union qui a nom Banque Populaire d’Aquitaine et du Centre Atlantique, mécène commun qui a pris le pari de réunir, sous la houlette de son directeur adjoint Christian Chapothin, deux extrêmes d’apparence irréconciliables pour un dialogue où partager bien des expériences de vie communes dans la pratique du sport et de la danse. L’amorce de parcours croisés qui se profilent déjà en invitations respectives de joueurs aux spectacles Malandain et d’éventuelles représentations de ballets au coeur de stades. Et pourquoi ne pas dépasser les préjugés, supposés dresser, les uns contre les autres, des athlètes exceptionnels qui pour donner, l’un dans le raffinement et la grâce, l’autre dans la puissance irrésistible voire brutale, ne s’en situent pas moins sur le même niveau d’excellence et d’efforts surhumains pour parvenir au sommet de deux virtuosités distinctes?

Rien de commun? voire! Deux mondes opposés? Voire. De bonnes rencontres sur des terrains essentiels que vivent ces deux types d’athlètes avec des variations liées à leurs pratiques et le vrai partage d’expériences de vie communes. A l’appui, saisissant, un montage de photos, sur grand écran, mises en parallèle, d’attitudes qui, par un curieux mimétisme, esquissent les mêmes courbes de gestes et de corps ou les mêmes expressions incandescentes sur les visages. Un fondu enchaîné tout en fluidités rares, comme une passerelle entre deux mondes que les ambitions, les objectifs, le fonctionnement entrepreneurial, la cohésion de groupe, la rigueur, la discipline et la recherche d’excellence à zéro défaut réunissent étrangement mais en des partitions propres à chacun d’eux.

Deux mondes qui s’observent, dialoguent, s’interrogent sur leurs différences et les efforts communs à produire à ce niveau d’excellence. Une rencontre qui s’amorce doucement en échanges danseurs/joueurs. Une vraie rencontre entre la grâce et l’élégance absolues et la puissance brute des joueurs dont curieusement la gestuelle dans les matches s’approche de celle des danseurs, dont celle de l’entraineur se calque sur celle du chorégraphe. Un match est une chorégraphie aléatoire, toujours unique, contrairement au ballet dont le langage est codifié à la virgule près en représentations qui ne laissent aucune place au hasard. La beauté d’une tempête face aux chaos organisé des pages écrites en gestes par les ballets. Mais un même instrument à travers lequel se dire, progresser, se sublimer: le corps. Un même désir de toujours se perfectionner en visionnage de matchs ou en répétitions de ballets où corriger les imperfections souvent minimes mais inacceptables. Les transpositions et analogies s’imposent d’elles-mêmes: Le trac du danseur, nécessaire pour apporter du plaisir et en avoir, se fait adrénaline au rugby; un groupe, une troupe…Si l’essai résulte d’actions communes de jeu, les solistes sont à leur tour portés par l’ensemble des danseurs. Et puis intervient l’entrainement, tant physique que mental, phase cruciale pour l’un et l’autre camp. Des entrainements pointus aux mêmes exigences pour des ambitions certes différentes mais analogues: l’excellence! Par la pureté des gestes d’un côté et la virtuosité des actions permises ainsi de l’autre. Des entrainements où le corps souffre des deux côtés jusqu’à dépasser ses propres limites. Des entrainements qui demandent aussi des deux côtés des méthodes de concentration où puiser l’énergie et la puissance: Travail du souffle, de l’endurance, du mental, le tout étroitement encadré par des équipes médicales de suivi et prévention, avec cette pointe d’admiration des rugbymen, époustouflés de constater à quel point les danseurs cachent sur scène leur douleur quand eux l’exorcisent sur le terrain en grimaces. Des préparations orchestrées de part et d’autre par des capitaines, coach d’un côté, directeur artistique chorégraphe de l’autre qui, si le « turn over » est davantage de mise dans le domaine sportif, n’en insufflent pas moins un esprit, une direction et des objectifs vers où se projeter! Petites variations notables néanmoins: La mixité qui n’existe pas dans un pack et surtout, les tournées souvent longues qui exigent de relativiser les relations humaines et de souvent dépasser les egos. Mais le secret du succès, de la cohésion de groupe, tient aux mêmes rituels, dans les vestiaires ou dans les loges et coulisses.

De fait, les deux structures se ressemblent par leurs modèles économiques. Car il s’agit bien là de diriger et penser, en termes de stratégies à long terme, de véritables entreprises  aux logistiques lourdes et précises même si les enjeux diffèrent. L’Aviron Bayonnais est tenu aux résultats dont dépendent ses investissements, ses infrastructures et son personnel. Un saison tourne entre 22 et 25 millions d’euros pour un public dont l’importance en nombre n’a rien de commun avec celui d’une salle de spectacle. Malandain Ballet Biarritz? C’est un budget d’environ 3 millions d’euros composé de 50% de subventions et de 50% d’autofinancement. La stratégie de diffusion commerciale, plus affinée, aux enjeux plus qualitatifs, s’articule davantage sur le rayonnement international de la troupe. Pour autant, les deux entités partagent un souci identique de gagner constamment de nouveaux publics, d’éducation et de transmission.

Le trait d’union? Un partenaire sur la durée qui accompagne les deux structures en mêlant leurs philosophies: La Banque Populaire Aquitaine et Centre Atlantique qui voit en ses deux poulains deux manières pas si éloignées de conjuguer l’excellence avec la même volonté généreuse de diffusion et de transmission. Que l’on soit esthète éclairé de la danse ou fanatique supporter de l’AB, Christian Devèze, Pierre Berbizier, Thierry Malandain , Françoise Dubuc et autres John Beattie, Frédéric Deberdt ou Ione Miren Aguirre ont résolument, sous les feux de la rampe, marqué un bel essai contre les idées reçues, à crampons ou pointes mouchetés!  A transformer bien vite et à suivre…

Pour informations: www.malandainballet.com, www.bpaca.banquepopulaire.fr, www.abrugby.fr

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

This Post Has Been Viewed 41 Times


Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to Top ↑
  • Rejoignez-nous sur Facebook

  • Catalogue art/culture

  • L’annuaire Mozaik 2017

    L’annuaire Mozaik 2017
  • Panier