Coups de coeur

Published on mai 15th, 2017 | by MagMozaik

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Des mots pour se jouer des maux

Le Théâtre du Versant sculpte les mots, ses mots et ceux d’autres, subtils, incisifs, poétiques, puissants de force, de tolérance, de métissage et de résistance à toutes les censures ou barbaries, des autres, partout dans le monde où la troupe diffuse ses passions et ses créations passionnantes!

Attentive aux nouvelles donnes territoriales qui redistribuent, dans la région et sur notre territoire, les cartes de la création et des collaborations constructives, elle renforce d’autant un parcours inventif jalonné de rendez-vous nouveaux ou désormais récurrents et attendus, sensible, humaniste et toujours curieuse des libres expressions d’ici et d’ailleurs. Une compagnie bien ancrée dans sa culture territoriale mais aussi citoyenne d’un monde aux multiples mosaïques humaines.

L ‘imagination et la trajectoire du Versant s’inscrit désormais avant tout au coeur de la Nouvelle Aquitaine, en des partenariats culturels scellés avec une intelligence novatrice passée au crible des mots en priorité. Un champ d’intervention élargi qui autorise bien des ouvertures en termes de créations et de collaborations . Outre les tournées décentralisées, initiées depuis longtemps, qui se poursuivent en Creuse et Limousin, les Francophonies de Limoges tissent aujourd’hui un lien de sens avec le théâtre biarrot via les « Zébrures » qui portent chaque année leur regard sur des écrivains francophones. Une belle reconnaissance qui démultiplie d’autant l’impact de l’événement biennal de la troupe, le « Colloque international, chantiers Nord-Sud » dont la 8ème édition se tiendra du 14 au 18 novembre prochain. Premier acte fondateur de ce duo en mots inédit? La récente venue, le 29 mars dernier, du canadien de langue française Gilles Poulin-Denis dont le « Statu Quo » devrait néanmoins faire évoluer bien des repères et complicités culturels entre Gaël Rabas et Marie-Agnès Sevestre. Autre initiative ciselée à plus long terme, la réflexion amorcée avec le CRR de Poitiers pour élaborer de concert un cycle de formation théâtre supérieur.

Et puis bien sûr, l’actualité du Versant s’annonce, comme de coutume, bien chargé en manifestations récurrentes néanmoins très créatives et pour certaines, en pleine évolution. C’est ainsi le cas de la Cité de l’Océan qui ne peut que se féliciter d’un regain salutaire de vie grâce aux interventions de la compagnie, amenée à multiplier ses actions ludiques, théâtrales et pédagogiques pour mieux entrainer dans son sillage les imaginaires d’enfants. La trajectoire des baleines, abordée en mode contes, légendes, récits et chants envoutants illustre à merveille des implications désormais régulières qui font sens et renforcent l’orientation maritime de cet ancien port baleinier. Nous reparlerons sans doute de ce nouvel envol vers le large. Premier temps fort récemment instauré, « Théâtre dans la ville », le 5 juin, dédié au public biarrot, décliné en 3 représentations gratuites aux Halles, à l’EPHAD avenue de Verdun et Place Clémenceau. Au programme des réjouissances: « Fourbes pleurs et Fourberies » à 11h00, les « Visiteurs du temps » à 16h00 et « Aminata » à 17h00. Outre un petit détour tout en poésie les 27 et 28 mai vers le Festival des Arts de la Rue, le 20 mai Henri Lafitte, de Saint Pierre et Miquelon, mais basque d’origine, nous entraîne dans le sillage historique des Terre-Neuvas, là où s’entrecroisèrent des épopées humaines de toutes les contrées maritimes d’Europe, là où les terres arides le disputent à la furie de l’océan glacial. Une voix du grand large, une guitare en bandoulière, pour un voyage musical au long cours! Retour de « Mai jeunes années » dès le 11 mai et jusqu’au 26 juin pour un chassé croisé de quelque 50 spectacles de scolaires et d’ateliers amateurs de la compagnie. Autres nouveautés ou rendez-vous annoncés: Les auditions-examens, les 24 et 31 mai au Versant, des élèves du Conservatoire dont le cycle théâtre, après 15 ans de travail, prend un rythme de croisière avec quelque 200 élèves en pré-professionnalisation. Des rendez-vous récurrents qu’enrichit une belle ouverture de la compagnie aux jeunes troupes accueillies en résidences ou en spectacles. 3, en l’occurrence, bénéficient du soutien du Versant: « 20 de la Luna », compagnie de Marina Pacowski, une habituée des lieux, les élèves de la Faculté des Arts du Spectacle de Bordeaux qui présenteront « A la renverse » et la jeune troupe de Saint Pée sur Nivelle, « Iduz Kilore » dont le spectacle du 28 mai sur les tréteaux du versant nous enchanteront sûrement. 

Mais notre coup de coeur revient sans conteste au Colloque International-Chantiers Nord Sud que nous suivons déjà avec passion depuis 2013 et dont nous les partenaires assidus, sensibles aux thématiques pertinentes de métissage culturel et aux belles rencontres uniques, précieuses et souvent rares que ces trois jours d’incroyable densité nous permettent de vivre, comme un insolent télescopage de tout ce que notre monde compte d’intelligence, d’insolence, de résistance, de rage de liberté et de rires ravageurs!! Des débats passionnés, passionnants, sur des sujets, pertinents, d’une actualité souvent brûlante, ébouriffants et dérangeants parfois, mais aussi des spectacles de belle fraicheur aux couleurs et accents du monde, en cerises sur le gâteau délicieux des mots et combats partagés. On se souvient en 2015 de la vague incendiaire Selif Keita qui, entouré des « Ambassadeurs », embrasa un Quintaou ahuri et des subtils contes poético-philosophiques de Roger Atkipo à Baroja sur fond de Kora! Cette année ne dérogera pas à la règle des réflexions denses, constructives et insolentes. Thème central? La femme, dans tous ses états, toutes ses origines géographiques ou ethniques, toutes ses langues, tous ses modes d’expression, toutes ses cultures métissées ou non et toutes ses conditions plus ou moins écorchées et réductrices. Un raz de marée intitulé « être femme ici ou ailleurs » qui, dès le jeudi 16 novembre, sous la houlette de Maialen Etcheverry, proposera de magnifiques rencontres avec des femmes basques d’envergure dont une anthropologue qui évoquera la matriarcat basque confronté à celui des peules en Afrique, une femme metteur en scène et une artiste bertzulari, entre autres intervenantes. De magistrales interventions, non encore complètes, suivies le soir d’une création de Thierry Malandain associé pour l’occasion à une chorégraphe basque. A l’heure où s’élabore un programme en fusion complète, émouvante, avec l’actualité, signalons un débat consacré aux témoignages de Kona au Mali, 4 ans après l’intervention militaire française dans un pays plus fragile et menacé dans sa culture ou ses libertés fondamentales que jamais, mais aussi une évocation du statut d’artiste à Caracas où meurt chaque jour une personne. En marge des rencontres et débats, une multitude de spectacles ponctuent l‘événement dont on sait, par expérience, qu’il sera riche et dense d’échanges précieux et rares, à l’heure d’une mondialisation qui ne respecte pas les différences, celles qui font avancer l’humanité à travers toutes ses pépites de culture et d’arts complémentaires. Des spectacles proposés, notamment au Colisée, en étroite collaboration avec La Scène Nationale, L’ORBCB, le Cinéma Le Royal, le Conservatoire de Bayonne et le Biarritz Malandain Ballet. En prime? La venue des lauréats « culture » des jeux olympiques de la francophonie qui se dérouleront en août à Abidjan.

Et demain? Dans un climat pour le moins incertain, il s’agit de resserrer les rangs sans changer de cap. Initier de nouvelles créations avec un « Monologue de femme », extrait de « La saison de l’ombre » de Léonora Miano, mis en scène par Françoise Dorgambide et joué par Alice Camy, « Statu Quo » de Gilles Poulin-Denis, mis en scène par Samuel Jego et, à l’horizon 2018, « Peter Pan », spectacle pour enfants écrit par Nicole Piron et mis en Scène par Brigitte Rabas. Demain c’est aussi des collaborations plus étroites et pédagogiques avec Le Royal et Thierry Malandain. C’est enfin un superbe contrat en 2018 avec le centre culturel de Papetee dont nous reparlerons à coup sûr en une confrontation de la Comedia dell’arte et le monde maori en 8 jours de représentations à destination d’un large public, des enfants de maternelle aux adultes.

Une belle troupe qui prouve encore, si besoin en était, combien les mots peuvent guérir bien des maux! Ariane Mnouchkine disait: « Oui, le théâtre c’est sacré, oui, le plateau c’est sacré et oui, une compagnie de théâtre c’est un royaume ! » Allez donc le visiter !

www.theatre-du-versant.com

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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