Festivals

Published on octobre 17th, 2016 | by MagMozaik

1

Des mots écrits, des mots parlés

Il y a les mots que l’on écrit et il y a ceux que l’on prononce. Il y a surtout les livres qui font ce lien, comme des passeurs. D’immobile, le mot devient mouvement et traverse l’espace. La phrase devient chemin et la voix le suit. Biarritz, ville de manifestations culturelles, nous a invités à ce voyage et est devenue  terre d’accueil de ces mots magiques lors du festival littéraire et théâtral « Terre d’exil » durant la période du 13 au 16 octobre 2016.

« Li(v)re en scène » - Une initiative qui a tout pout séduire

Anne Rotenberg et Claire Borotra ont eu cette merveilleuse idée de porter à la scène des adaptations inédites d’œuvres littéraires liées au thème du voyage et de l’exil (voir l’article du 6 octobre «Li(v)re en scène, li(v)resse des mots » sur Magmozaïk). Cette « invitation aux voyages » a permis de re-découvrir des auteurs anciens ou contemporains dont les textes ont été lus sur scène par des comédiens de grand talent.

L’exil est présenté de quatre manières différentes : des films au cinéma Le Royal, deux expositions ainsi que des conférences à la Médiathèque, et des lectures à voix haute mises en scènes au théâtre du Casino qui s’est fait l’écrin de ces soirées magiques où les mots se sont envolés vers un public particulièrement réceptif.

Voici quelques commentaires, non exhaustifs, sur cet ensemble de manifestations.

La Médiathèque de Biarritz, partenaire très active de ce festival

Maïalen Sanchez, sa Directrice, a su avec son équipe, accompagner ces belles journées littéraires en proposant deux expositions. La première se situe dès l’entrée de la  Médiathèque, avec une vingtaine de grands panneaux présentant d’une façon claire et didactique, l’exil des Harkis lors de l’indépendance de l’Algérie.

La seconde, installée dans la salle d’exposition, est consacrée au merveilleux ouvrage de Jean Harambat. Cet auteur de bandes dessinées a consacré tout un livre au retour d’Ulysse à Ithaque (prix de la BD 2014). Pour se faire une idée de la qualité de son travail, plusieurs planches en ont été extraites et agrandies nous plongeant dans un monde de dessins aux traits vifs, tout en nuances de couleurs bleu ou sépia. « Ulysse, les chants du retour » est publié par Actes Sud BD. A voir sans faute avant le 26 novembre.

De plus, la Médiathèque a organisé une série de conférences dont les animateurs-trices, ont su conquérir le public, par leur talent, leur passion et leur grande connaissance des thèmes de l’exil.

Marie Bouchet, de l’université de Toulouse, nous a parlé de l’écriture d’Ernest Hemingway et de Francis Scott Fitzgerald (longtemps exilés -de bon gré- en Europe) et de Vladimir Nabokov (exilé -par nécessité- aux Etats-Unis). Peut-être aurait-on souhaité que cette conférence porte davantage sur les questions de l’exil  dans la littérature contemporaine.

 

L’auditorium est plein à craquer lorsqu’arrive Jean-Philippe Mercé.  Conférencier spécialiste de l’art et fidèle intervenant à la Médiathèque, il a fait un brillant rappel du thème de l’exil dans l’art. Abondamment illustré de reproductions de tableaux, cet exposé a prouvé que toutes les civilisations, à des époques diverses, ont été touchées par l’exil. Les peintres – tels Cranach’ ou Poussin – se sont abondamment inspirés de ce thème connu depuis Adam et Eve. De nos jours, chanteurs, grapheurs et sculpteurs continuent de développer ce sujet ô combien d’actualité avec des techniques plus contemporaines. Jean-Philippe Mercé possède ce talent rare de rendre l’art vivant à travers les siècles. Il est autant connaisseur des créateurs du XIIIème siècle que de ceux du XXème.

Mathieu Accoh et Lionel Fauré-Corréard, fidèles à leur tradition de passeurs d’idées, ont tenu un stimulant atelier de pop’philosophie en posant certaines questions comme : quel rapport peut-il y avoir entre le refus de l’exil par Socrate et son acceptation par  Yoda (le maître Jedi de Star Wars) ?

Une fois de plus, l’auditorium était comble pour accueillir Lydie Salvayre, venue présenter son magnifique roman « Pas pleurer » – Prix Goncourt 2014 – avant la lecture à voix haute prévue le soir même au théâtre du Casino. C’est un véritable plaisir que de l’écouter tant sa gentillesse et sa douceur vous enchantent. Elle a répondu aux questions de Karine Papillaud avec beaucoup de franchise et parfois d’émotion en rappelant certains de ses souvenirs d’enfance.

Le Théâtre du Casino transformé en livre ouvert

Durant trois soirées inoubliables, des acteurs et des actrices se sont succédé sur scène pour lire à voix haute des adaptations de romans judicieusement choisies et brillamment mises en scène. C’est le résultat d’un long travail de préparation pour, d’une part, sélectionner des livres sur le thème de l’exil et, d’autre part, en extraire les phrases les plus représentatives pour en faire un spectacle d’une heure. Cela représente plusieurs mois de travail. Mais la motivation d’Anne Rottenberg et de Claire Borotra est inébranlable !

Ensuite, dès les textes retravaillés,  intervient le talent du metteur en scène pour accompagner la puissance des mots écrits,  la force d’un texte, par le jeu des interprètes, le décor et l’accompagnement sonore .

Enfin, les actrices et acteurs apportent leur touche finale à cette longue préparation. Chacune et chacun ont été enthousiasmés par ce challenge de lecture à voix haute même si cela est un exercice délicat. Tous ont répondu « présent » dès l’origine du projet. Tous ont eu envie de partager avec le public des textes puissants dont les propos sont, hélas, toujours d’actualité. Il n’y avait qu’à les voir “jouer” sur scène pour oublier complètement qu’ils lisaient un texte.

Sept livres ont été retenus pour ce festival

« Le monde entier » de Stefan Zweig

« Terre d’exil » d’Ariane Efron et Boris Pasternak

« Certaines n’avaient jamais vu la mer » de Julie Otsuka

« Album de là-bas » de Jeannine Worms

« Pas pleurer » de Lydie Salvayre

« La nuit de Lisbonne » de Erik Maria Remaque

« Victor Hugo en exil » adapté par Françoise Hamel

Le public, nombreux chaque soir, (la salle a toujours été comble !) a apprécié ces jeux d’acteurs de grande qualité,  cette passion partagée, ce travail considérable et la forte motivation qui ont permis de faire de ce festival une réussite totale. L’émotion était présente durant chaque lecture-spectacle.

Merci à Claire Borotra, Clémentine Célarié, Claire Chazal, Laurence Colussi, Gérard Desarthe, Françoise Fabian,  Jérôme Kircher, Judith Magre, Sara Martins, Linh-Dan Pham, Michel Vuillermoz, Jacques Weber, et Bruno Wolkowitch, pour leur implication dans cette première littéraire. Votre talent a fait s’envoler les mots vers nos coeurs. Grâce à votre professionnalisme et à votre enthousiasme, le festival a rempli toute sa mission : donner à lire.

Cette première à Biarritz confirme la volonté de la Municipalité d’apporter encore plus de culture dans la ville, en dehors des périodes estivales. Le succès public de cette manifestation doit encourager à poursuivre et à aller plus loin encore dans cette voie.

 

C’est avec une grande impatience que nous attendons le prochain festival de « Li(v)re en scène » en 2017 !

Catherine Bosser pour magmozaik64200@gmail.com

This Post Has Been Viewed 175 Times


One Response to Des mots écrits, des mots parlés

  1. Un compte-rendu très complet agrémenté de belles photos sur cette manifestation qui donne à la culture et aux mots toute son importance, et que l’on espère voir renouveler.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Back to Top ↑
  • Rejoignez-nous sur Facebook

  • Catalogue art/culture

  • L’annuaire Mozaik 2017

    L’annuaire Mozaik 2017
  • Panier