littérature

Published on juin 29th, 2016 | by MagMozaik

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Des “extra-merrestres” au bout des libertés…

Le surf… Plus qu’un style, une tribu, un véritable art de vivre jusqu’au bout de passions extrêmes et à tout leur sacrifier en des vies brûlées, consumées sur le fil d’adrénalines incandescentes! 10 portraits d’étoiles filantes dont l’existence rebelle, digne des plus rocambolesques aventures épiques, à contre courant de tous les “establishments” des années 60 et 70, a enflammé et dompté tous les plus beaux spots et rouleaux de la planète en de brefs mais flamboyants défis! Destins extraordinaires d’hommes ardents, dévorés, en fragilités et angoisses, par l’ambition de vivre au delà de la vie. Ces mêmes vies constamment mises en danger au mépris de toutes les lois souvent, en de perpétuelles errances de liberté face au plus terrible et somptueux adversaire digne de leur virtuosité, l’océan! Des histoires hors normes qu’Alain Gardinier, éternel explorateur de l’étrange planète surf, nous livre à la manière narrative d’un grand reporter, sans concession mais aussi sans jugement, à travers “Ride the wild Surf”, paru aux éditions Atlantica.

Il y a quelque chose de “Point Break” dans tous ces parcours où la réalité dépasse la fiction, voire l’inspire. On s’en souvient, ce film emblématique de l’esprit surf mettait en scène une bande de surfeurs devenue gang des présidents et pilleuse de banques pour mieux assouvir en toute liberté financière sa passion des spots à conquérir coûte que coûte. Un film au souffle épique où Patrick Swayze et Keanu Reeves symbolisaient l’affrontement radical entre deux mondes, l’un traversé de courants multiples d’adrénaline et l’autre légaliste. Un duel violent aux franges des envoutements de déferlantes finalement mortelles. Plutôt mourir en liberté que vivre avec ses rêves enfermés entre 4 murs.

Nous ne parlerons pas ici de toutes les innombrables techniques de surf ou ou windsurf, de l’évolution de ce sport, de ses compétitions, de ses championnats et autres spots remarquables au quatre coins des océans de la planète. Alain Gardinier, en fin connaisseur quasi encyclopédique et très bien documenté émaille son ouvrage d’un historique très pointu et complet de cette discipline qui, à l’origine, était le sport noble des guerriers hawaiens (Hee’ Nalu) avec le surf en luges terrestre (Hee’ Holua), destiné à endurcir et forger de véritables combattants au coeur de l’élite maori. cet aspect ultra spécialisé de l’ouvrage est sans doute son seul défaut pour qui s’immerge, en néophyte absolu, dans un monde aux techniques pour le moins complexes. Mais un pêché bien véniel au regard de l’extraordinaire voyage aux confins fragiles et fiers de l’âme humaine que nous offre l’auteur.

Il nous brosse en quelques pages, avec tendresse, empathie, sans concession, mais sans pour autant le juger, un monde qui ne connaîtra jamais d’autre loi ou d’autre norme que celle de la liberté, conquise au prix de quêtes destructrices, au prix de la vie même. Il a choisi 10 hommes d’exception par leur parcours de flamboyances et d’errances, corsaires des temps modernes, souvent pirates, mais à coup sûr “extra-merrestres”, indomptables jusqu’au bout de la souffrance physique ou des dérives de l’esprit. Des itinéraires denses, souvent fracassés, écorchés, surfant sur le fil dangereux de l’adrénaline, acquise et dopée de diverses manières, de la foi intransigeante aux substances addictives.  10 hommes toujours en mal de reconnaissance et de victoires sur les déferlantes, déployant des trésors d’ingéniosité pour imaginer, créer, affiner toujours davantage LA planche idéale et le style le plus parfait, fusionnel, quitte, en cas d’échecs ou d’esprit fragilisés partant en vrille vers la paranoia, la schizophrénie, la bipolarité ou l’insolence arrogante, à se rabattre sur le windsurf, certes plus aérien, mais moins prestigieux!

Des parcours – des aventures plutôt- jalonnés de rencontres, d’amitiés, de rivalités acérées, de femmes consommées, consumées et sacrifiées à la seule passion-obsession de cette hypothétique vague mythique invaincue, à conquérir coûte que coûte. Que de vies sublimées mais aussi abîmées sur l’autel de l’océan dont on ne peut jamais se jouer. Que de destins échoués sur les barrières de coraux ou de rochers, en planches-fétus de paille, ou frêles esquifs pour certains, avant que la Route du Rhum ne vienne rappeler ces rêveurs aux dures réalités de la navigation moderne? Mais des destins qui ancrent, pour la plupart, leurs racines en des enfances difficiles, faites de pauvreté ou de contextes déstabilisants, où le surf reste la seule manière -illusoire?- de se construire un avenir ou se construire tout court. Famille monoparentales précaires ou recomposées dans des univers hollywoodiens, à l’ombre de beaux-pères stars de cinéma… Toutes les variantes les plus insolites, extra-ordinaires, expliquent ces destins en dents de scie!

Un livre qui vous happe en une multitude d’anecdotes qui donnent le ton déjanté à toutes ces histoires, présentées dans un style concis, fluide, journalistique, à la manière d’un grand reporter passionné par ces hommes attachants. Des vies atypiques vues à travers leurs péripéties souvent hilarantes ou déchirantes de déchéances, sur fond de 60’s ou 70’s sauvages et rebelles, riches en expériences nouvelles sans limite, en chemins de traverse souvent périlleux, entre délinquance et folie, en délires et fantasmes où seuls importent ces fameux “Point Break”  irréversibles, ceux de la vague ultime, du corps meurtri et de l’esprit ravagé. 10 parcours en variations multiples mais tous fondés sur une furieuse envie de faire corps avec l’océan et de le défier pour atteindre des états de grâce qui justifient tous les moyens de transgression. Les survivants? Sauvés par l’âge de la maturité qu’ils ont traduit de différentes façons: Retour aux origines culturelles ancestrales pour l’un, implication humaniste et religieuse tournée vers la formation de la jeunesse pour un autre, retour aux études supérieures pour mieux servir l’océan et le respecter pour d’autres encore, ou carrément changer de visage … Autant de subtiles façons de négocier le virage de vies trop vite usées.

10 hommes pour un tableau de famille bigarré! Jack Murphy, le pilleur de villas repenti, Peter Troy, l’éternel voyageur, surfeur explorateur ou l’inverse, Rick Rasmussen, le dealer assassiné, les frères Berque, les malheureux jumeaux navigateurs, Tom Pohaku Stone, le défenseur d’une culture ancestrale, Dorian “doc” Paskowitz, le juif austère et sa tribu d’enfants, Michael Paterson, le schizophrène ombrageux, Peter Drouyn, devenu elle sous le nom de Westerly Windina, Bunker Spreckels, l’oisif héritier écrasé par la renommée de son beau-père Clark gable, l’artiste déjanté de toutes les expériences et performances insensées, l’hyper doué et hyper sensible… Et le 10ème, dont l’ombre plane sur tous ces parcours, avec celle de Miki Dora? Jeff Hakman, qui signe la préface de l’ouvrage, se rappelant ces années charnières où tous les conformismes ont basculé en de nouveaux modes de vie intenses et libres, au delà même de la liberté!

Un ouvrage à rapprocher de la récente ouverture d’une galerie consacrée au surf par le photographe de surf Sylvain Cazenave au 8 rue Gambetta à Biarritz. Un espace où retrouver 40 ans de surf mondial à travers l’objectif de cet artiste passionné!

“Surfer est la plus élégante façon de rater sa vie”. Qu’en pensez-vous?

Alain Gardinier, “Ride the wild surf” aux éditions Atlantica, 21 euros.

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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