Coups de coeur

Published on mai 22nd, 2016 | by MagMozaik

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Derrière les corps…la vie!

Pur moment d’émotion derrière la verrière, quand l’enfermement frustrant des corps laisse échapper l’espoir, la vie, le rêve, la gaité mais aussi la douleur infinie de l’avant et de l’après, quand la maladie frappe de plein fouet des existences réduites à se réinventer autrement, des familles à se repenser dans une écoute à l’acuité exacerbée, des soignants à redéfinir une fragilité à fleur de peau… Intense travail sur le fil rouge de l’émotion réalisé par l’Hôpital marin, Unité Ribaudeau-Dumas, et les comédiens  des Chimères que les familles, les patients, les soignants ont rejoint par leurs mots de douleur, de joie et de quotidien souvent absurde et cocasse. 

Ils sont là derrière la verrière, face à l’océan, porte ouverte sur les rêves d’évasion d’un corps d’enfermement, inerte, qui ne répond plus quand l’esprit s’obstine à s’évader, quand la parole ne laisse plus surgir les mots intenses de vie, quand tout veut marcher, rire, courir, danser, s’envoler vers des ailleurs et pays lointains, revivre tout simplement comme avant la maladie. Partir loin des “cigognes” avilissantes, des fauteuils ivres de fourmillements de gestes qui ne s’accompliront plus jamais à en hurler de rage, de ces dépendances corporelles que l’esprit n’admet plus ou surpasse par l’humour… La trivialité du quotidien en devient épique et burlesque  souvent! Comment faire pipi quand on oublie de vous enlever votre petite culotte ou qu’il faut affronter des toilettes à la turque?  Comment dire que l’on s’est trompé en appuyant sur le bouton d’appel quand on ne communique plus que par clignements de paupières? Une écoute nouvelle à réinventer, réécrire au rythme de corps assoupis pour longtemps, ces carcans que refusent les esprits restés vivaces avec force rage et hargne… ou humour décapant! Comment dire qu’on aime, qu’on est encore un être vivant, qu’on est toujours, malgré l’immobilisme désespérant , la même mère, le même fils, la même femme, le même homme mélomane…

Au quotidien? C’est cette relation intime entre patients et soignants qui ne laisse personne intact. Les soignants que la douleur impacte en attitude qui se font infiniment douces, subtiles malgré la précision nécessaire des actes médicaux. Une proximité tendre où l’indifférence n’existe plus, où l’amour prend toute sa place face à ce gâchis de corps d’où sourd une vie intense. Cet infirmier qui démissionne pour aimer sa patiente, cette autre soignante qui emmènera au bout du monde sa paralysée bouillonnante de vie et de rire, morte de rire justement! Cette patience infinie reconstruite jour après jour, nuit après nuit, minute après minute pour une autre écoute réécrite au fil des maladies, des symptômes, des envies que l’on ne peut plus crier…

Et puis, il y a cette douleur infinie qui brise les familles quand survient l’accident de la vie, tranchant net entre l’avant et l’après. Apprendre à s’adapter, à accepter, à réinventer une nouvelle forme de normalité, à accompagner coûte que coûte l’être cher avec pour seul objectif l’envie, en rêve ou en réalité, de réaliser ses rêves d’enfant… Un voyage, des voyages, des expériences d’homme ou de femme valides en vélo ou dans l’air, des sports extrêmes pour offrir l’impossible. Ciseler une nouvelle écoute qui dépasse les enveloppes corporelles, plus fine, cérébrale ou fondée sur l’émotion pure des regards, des souvenirs qui sont encore là, plus forts que jamais!

Une pièce étonnante, vibrante, où acteurs, soignants, patients se mêlent sur scène, telle cette merveilleuse femme qui réapprend à parler, à marcher, à l’humour décapant… Elle est allée au Puy du Fou sous la pluie, est tombée se retrouvant “comme une tortue mais à l’envers, morte de rire!”. Une émotion pure que les extraits de films ou les images de patients, captées avant leur maladie, exacerbent, tout comme ces familles venues là, au bord des larmes, hurler leurs espoirs et l’amour toujours présent pour leur enfant, leur mari dont le corps a sombré. Magistral et magnifique de pudeur et de vie!

Un grand bravo aux équipes médicales de l’Unité Ribaudeau-Dumas qui, depuis 10 ans, voient derrière les corps la vie et aux Chimères qui la disent…

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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8 Responses to Derrière les corps…la vie!

  1. Lydie GERMAIN says:

    Merci Catherine Clerc, pour ce reportage poignant de vérité, de sincérité, d’amour et d’humour.
    Au plaisir de vous revoir.
    Lydie, la Brindille

    • MagMozaik says:

      Mon dieu la Brindille que je vous aime !!!!! si drôle et émouvante!!j’aimerais vraiment vous revoir sur hendaye?

      • Lydie La Brindille says:

        Je suis à l’hôpital marin jusqu’au 22/06 puisqu’on rejoue “tranche de vie” le 20/06 à Mendi Zolan à Hendaye.
        Peut-on se voir avant ?
        Envoyez moi un mail privé que l’on puisse convenir d’une date.
        J’ai hâte de vous revoir.
        Au plaisir.
        Lydie, la Brindille

    • Maritxu Ibarburu says:

      Bonsoir “la Brindille”, permettez-moi de vous FELICITER pour votre performance vendredi soir. Je suis une ancienne infirmière de Ribadeau, et c’est avec grand plaisir que je suis venue voir “Derrière la verrière”. J’ai versé ma petite larme, comme de nombreuses personnes dans la salle, je suppose. Tous les acteurs étaient magnifiques, poignants de vérité. Votre joie de vivre est communicative, et votre rire, n’en parlons pas !! Vous nous donnez une leçon de courage. Merci et félicitations à tous les acteurs, auteurs et à toutes les personnes qui ont participé à cette aventure. Cette pièce mériterait vraiment une plus large diffusion…

      • MagMozaik says:

        On est bien d’accord!!!!

      • Lydie La Brindille says:

        Merci Maritxu pour toutes ces éloges. Il est vrai qu’on a vécu une belle aventure, pleine d’humanité, d’humour, d’amour en partage. Nous nous sommes régalés à jouer ces témoignages criants de vérité, parfois écorchés vifs, parfois avec beaucoup plus de légèreté pour que la vie soit plus douce.
        Au plaisir de vous connaitre, peut-être à Mendi Zolan le 20/06 avec le 1er spectacle “Tranches de vie”.
        Lydie La Brindille

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