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Published on juillet 22nd, 2017 | by MagMozaik

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De mots en maux!

Ce n’est un secret pour personne: Si je mène une vie sociale et culturelle bien ancrée dans la réalité, je m’amuse souvent à surfer sur « Fesse de Bouc », histoire de prendre le pouls d’une époque où la virtualité (et le vernis qui l’accompagne) tient hélas souvent lieu de lien social quand il est si doux de partager des restaurants, des spectacles, des expositions ou des dîners privés entre amis dans la vraie vie! Ordoncques, je viens de découvrir un site qui me stupéfie par son accroche très futée sous forme de quizz et finalement par son incommensurable bêtise ! esprit-livre.com vous y apprend donc à vous mesurer aux plus grands auteurs de la littérature mondiale, tous siècles confondus, pour tester vos aptitudes à savoir manier la plume !!

Allez hop! Fi des styles et genres propres à chaque époque, on passe de la nouvelle au roman, de Stephen King, Saint John Perse ou Jack London à Oscar Wilde en passant par La Bruyère ou Voltaire avec une déconcertante désinvolture qui me laisse quelque peu pantoise! Un grand écart assuré qui ne déplairait pas à notre chère Marquise, toujours à l’affut des incongruités! Alors on vous explique l’arnaque absolue: A chaque question, pertinente ou pas, plusieurs réponses possibles qui sont des citations d’écrivains célèbres. Bon! Vous prenez le parti de répondre en fonction des options qui vous conviennent et non des auteurs qui vous plaisent. On vous répond en citant d’autres auteurs complètement hors sujet.

Un exemple? « Que pensez-vous de la nouvelle? » me demande-t-on! Parmi les choix possibles je me décide pour: « Le roman c’est l’instant, la nouvelle c’est le temps » d’un certain Roger Grenier qui a franchement l’art d’enfoncer les portes ouvertes! Après le bla-bla guimauve de circonstance on m’assène Hervé Bazin: « On peut faiblir sur 1000 mètres et se reprendre. Sur 100 mètres, non. En face du roman, la nouvelle est dans le même cas : elle n’a pas le droit à l’erreur. Est-ce donc la distance et la rapidité qui la caractérise ? Voire ! Les limites sont floues. Ses formes et intentions, également. Je dirais plutôt que, si le roman se déroule dans le temps (c’est même son problème majeur) la nouvelle s’occupe d’un arrêt dans le temps où quelque chose se passe. (…) Je tiens la nouvelle pour la meilleure école d’écriture. » Sportif, certes comme exercice mais je ne suis pas plus avancée pour être à la corde dans cette course haletante au prix Pulitzer! Autre interrogation: « Selon vous, qu’est ce qu’un écrivain? Je cite Chateaubriand, sans le vouloir vraiment mais qui, en l’occurence me semble le plus pertinent ou le moins hors sujet: « L’écrivain original n’est pas celui qui n’imite personne mais celui que personne ne peut imiter. »  Bon là déjà s’est pas foulé le René! Mais la réponse n’en est que plus pathétique: « L’écrivain est pour vous l’accomplissement d’une personnalité unique : un style inimitable et qui se reconnaît au premier coup d’œil. Il s’agit de la marque de tout artiste. Un idéal pour tous. Une réalité pour une minorité. Certes ! Mais il est bon d’avoir de l’ambition et de chercher à développer sa singularité. Cette quête vous guidera sur le bon chemin. » Le Saint Graal en mode Leadl ou Netto finalement! Je passe sur les autres questions du style « Estimez vous que le temps soit l’allié de l’écrivain » ou « combien de pages avez-vous écrites dans les 30 derniers jours », hilarantes autant que navrantes quand au diagnostics qu’on vous délivre sur votre capacité ou non à savoir écrire!

Mais une fois dépassé le stade de la consternation, force est bien d’avouer la délectation et le plaisir que j’ai eu à savourer, non sans ironie, avec mes excuses aux gogos pris au piège d’un discours au vide abyssal, ce genre incroyable de supercherie de bas étage. Depuis, me voilà harcelée de mails me demandant si j’ai bien retenu la leçon de ce test pitoyable, si j’ai bien saisi qu’écrire s’apprend en quelques leçons onéreuses et m’apprenant finalement qu’aligner les bons mots passe d’abord par savoir mettre le bon nombre de zéros sur un chèque à l’ordre de cette officine au vernis décidément bien craquelé! Je me bornerai juste à quelques bonnes vérités: Non, écrire ne s’apprend pas! Ecrire se ressent, se vit. Les mots vous habitent, vous hantent, vous guident, vous inspirent…L’écriture est un virus qui ne vous lâche jamais, une drogue sans remède, une raison d’être et de vivre qui ne supporte aucun dilettantisme. Et si chaque jour vous ne ressentez pas ce besoin irrépressible de composer en mots vos partitions musicales alors laissez tomber! Être écrivain ne s’apprend pas. On nait ou on est écrivain. Et puis, en pauvre et inepte novice que je suis qui préfère, en cette saison estivale, m’enivrer des mots des autres, je me contenterai de m’emparer de quelques beaux ouvrages délaissés par manque de temps afin d’entendre cette symphonie du verbe qui me nourrit chaque jour, bercée par les ressacs de mon cher océan.

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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