littérature

Published on avril 8th, 2017 | by MagMozaik

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De l’alchimie des mots…

Il n’y a plus bel outil pour s’inventer un univers, se dire, se vivre, se projeter dans le temps et l’espace, le temps de rêveries, les nôtres ou d’autres, que l’écriture, cette belle prolongation si sensible de nos émotions à travers l’encre, la plume, le papier, les doigts agiles, torturés ou hésitants, impétueux, magistraux, violents, rageurs ou suaves, sensuels et ivres, que ces bourrasques de mots, dont la syntaxe se ferait partitions aux inflorescences infinies, le style, tempos aux mille nuances, et les mots, enchainements de notes somptueuses aux combinaisons si complexes, uniques et chatoyantes ? Petite partition en forme d’hymne!

A l’heure où lire et écrire dans un recoin de soi-même, comme un outrage outrecuidant au langage SMS phonétique, au mieux, devient un véritable sacerdoce, voire, pire, un phénomène de foire de reliques d’antan dressées contre l’appauvrissement culturel, à l’heure où les supermarchés nous dégueulent des livres boites de conserve de médiocre qualité ou sans saveur ni odeur qui ont noms best-sellers ou copies de nègres ou papier gâché, quelle jubilation rare que de déguster un tourbillon délicat et subtil de fragrances qui régalent nos papilles neuronales en cette douce ivresse de savourer les courbes de lettres et les musiques qu’elles composent, en impromptu, improvisation, ou lente et somptueuse maturation, dans ces beaux écrins de libraires passionnés.

J’ai toujours eu le sentiment qu’un écrivain, un poète, ou tout autre amoureux de l’écriture étaient des artistes des mots, ciselés avec volupté mais aussi exigence de savoir laisser surgir de son âme les plus belles gerbes exactes, précises, d’instants de dires saisis au fil instantané des émotions. Artistes des mots, mais aussi des musiciens compositeurs dont les trilles s’insinuent en belles envolées vers les lecteurs qui se les approprient, les modulent, les interprètent à leur manière toujours intime. Peintres aussi, à l’instar de ces poètes dont les mots se dessinaient sur les pages, tel Apollinaire ou les dadaïstes! Car un livre ne se livre pas, ne se clame pas, ne se dévergonde pas, ne se prostitue pas! Il se vit dans les recoins de chaque mémoire où dansent les souvenirs, grondent les colères en silences assourdissants, en volutes de plaisirs, d’envies, de passions, en bribes de lumières ou d’orages fracassants … Juste là où se tissent nos vies, nos parcours, nos parfums de joie ou nos déchirures indicibles. Un livre se s’enferme pas en codes imposés qui prétendent enserrer les mots en lignes et pages justifiées. Au contraire, ils explosent les cadres, triturent et malmènent parfois la page blanche qui supporte leur fantaisie, leur danse, leur liberté de nous surprendre toujours aux frontières de l’invention, de l’imagination. Lire les mots c’est aussi les voir composer un tableau, une vague visuelle imprévisible! C’est les écouter deviser entre eux, s’envoler du livre, nous échapper parfois ou nous entrainer ailleurs. Il suffit alors de fermer les yeux et de les suivre, loin, très loin.

Je ne saurais vivre sans ces mots, espiègles feux follets, les miens ou ceux des autres, qui sont un lien charnel vers une plus belle humanité, vers un partage et un métissage de nos cultures, de nos “autrement”! Ils sont ma colonne vertébrale, ma nécessité, mon urgence, ma vibration, mon engagement dans ce monde, tout ce qui fait que je suis moi, construite au fil de bien des mots, de bien des musiques de lettres, de l’être, de bien des vagabondages ouverts sur des imaginaires infiniment nombreux, infiniment là, dans la douceur de nuits plus belles que mes jours. Ils sont ma nourriture vitale sans laquelle je dépéris et qui s’empare de ma main passionnée, frénétique ou enflammée parfois, lorsque bon leur semble. Comme Florence Barucq, interviewée à l’approche du Biltzar, splendide alchimiste des mots avec sa consoeur Catherine Marchand, je ne peux vivre une journée ou une nuit sans jeter mes émotions en mots sur une page blanche ou un écran d’ordinateur!! Ne nous dit-elle pas: « Les librairies sont mes chapelles, les bibliothèques mes cathédrales »?. Je souscris!! Peu importe le flacon pourvu qu’on ait cette ivresse jubilatoire, libératrice comme une douce mélopée ou parfois un ouragan rugissant lorsque monte la révolte contre la barbarie ou l’injustice et qu’il faut, en combattante, monter au créneau sur l’écume vrombissante de certains mots et maux!! Je ne m’assoupis jamais sans un carnet à proximité car me réveille souvent  en pleine nuit cette urgence de cracher vite quelques mots, quelques bribes de phrases qui sont les plus authentiques et pures, abruptes, quand ma tête bouillonne de tant d’envie de dire tous azimuts!! Je cache alors mon stylo sous l’oreiller de crainte que mes chattes ne s’en amusent dans la nuit subrepticement, avec une inconscience qui dépasse l’entendement!! Satanées félines qui jouent avec mes émotions, celles qui ne leur sont pas destinées, et elles le savent.

Ecrire c’est vivre tous les instants de sa vie, en boire le suc sous de multiples formes qui se succèdent selon nos humeurs, nos émotions et nos envies de les exprimer. Ce peut être la poésie mais aussi le roman, le récit historique, la nouvelle, les entretiens ou pour témoigner de notre époque au d’autres plus anciennes, le journalisme. Mais écrire, c’est aussi une formidable contradiction assumée entre notre intimité et notre envie de partager, entre poser les mots sur une page en grattant le papier pour offrir un lambeau de notre chair, ou les taper sur un clavier, ce qui est une tout autre sensation, un tout autre propos, une tout autre carapace improvisée par écran interposé!! Mais qui aujourd’hui prend la peine d’écrire à la main une missive chargée d’émotions palpables entre les traits des lettres presque calligraphiées ? Moi sans nul doute, mais pour les êtres chers qui méritent cette flèche de vie tirée en plein coeur, en pleine âme!! Car suivre la plume c’est prendre le temps de peser chaque mot, de lui donner soit un visage rageur, soit un visage d’amour et de sensualité, de se coucher sur une page gravée de nos émotions, parfois de nos frissons ou de nos larmes, et ça, c’est important, ça c’est unique et rare, ça c’est précieux car ça, c’est nous, notre humanité et qui nous sommes dans une complexité infinie et sensible.

Ecrire c’est être capable de rester là, sous ce magnifique soleil d’avril, à faire de mes mots les ambassadeurs de mon territoire à moi ou d’autres, sans autre but et autre ambition que d’inventer à mon tour une magie nouvelle pour mieux se dire et clamer haut et fort combien nous devons défendre sur les remparts de nos rêves, de nos univers, de nos imaginaires, de nos belles rencontres, ces pépites que sont les flots, les marées rugissants de nos mots, ces quelques lettres qui font de nous des êtres doués de vie et d’émotion au delà de toutes les frontières, que l’on parle en langue humaine, en langue animale… ou juste en langue de vie. Et peu importe où quelques ronds de cuir décident de vous cataloguer ou de vous exclure sous quelques motifs administratifs ineptes! Je suis juste une amoureuse inconditionnelle des mots et ça, je le revendique haut et fort, n’en déplaise aux empêcheurs de tourner en rond ou dans quelque direction qui me plaise!!

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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