Donostia 2016

Published on février 10th, 2016 | by MagMozaik

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Dantzaz Konpainia: Le creuset chorégraphique européen de demain

A l’heure où Donostia 2016 joue la fabuleuse carte du dialogue culturel européen, Dantzaz Konpainia, véritable plateforme de jeunes danseurs européens, joue la carte non moins indispensable de la transfrontalité à travers la structure du Ballet T, créé par le Malandain Ballet Biarritz qui offre à ces jeunes artistes un somptueux tremplin professionnel. Un creuset expérimental où ceux-ci, toujours en situation de transit, le temps de se forger une belle expérience, rencontrent de jeunes chorégraphes, les uns et les autres affutant ainsi leurs talents en devenir et leur créativité. On a pu les voir maintes fois au Temps d’Aimer la Danse ou au Teatro Victoria Eugenia. En cette soirée du 9 février ils proposaient la répétition de deux créations au grand studio de la Gare du Midi, jouées dès le lendemain sur la scène intimiste en sous sol de ce prestigieux théâtre de Saint Sébastien. Un pari de l’expérimental que la Compagnie lancera à nouveau le 27 février prochain au Quintaou avec une reprise de ces deux chorégraphies nouvelles mais aussi une troisième, née de la confrontation entre deux écoles, l’une de Saint Sébastien et l’autre d’Anglet. Un joli duel que nous suivrons sur les tréteaux de ce beau théâtre angloye, dans le cadre de Mugariak.

Un cocktail créatif étonnant et détonant!

Tonique et créative mosaïque que composent ces 10 danseurs (4 hommes et 6 femmes), venus de l’Europe entière, à peine achevée leur formation professionnelle! De Bulgarie, Espagne, Pays basque, Angleterre, Belgique et autre France, ils font de leurs cultures et de leurs approches corporelles différentes, des atouts complémentaires en un joli bouquet original. Ils ne parlent pas la même langue, mais leur gestuelle est leur vocabulaire et leur grammaire dont leurs corps sont les phrases transposées en mode chorégraphique. Et cette énergie là fonctionne à merveille, tant est dense leur envie de se nourrir des autres et de roder leur talent tout neuf dans un cadre professionnel idéal, à l’ombre de la Dantzaz Konpainia et surtout du ballet T. Du haut de leurs quelque 18 ou 20 ans, leurs mouvements et leur coordination d’ensemble reste à perfectionner mais la grâce, la technique et la perfection des gestes sont bien là, en latence, qui ne demandent qu’à éclore, comme des chrysalides bouillonnantes à transformer en papillons rigoureux d’élégance et d’harmonie. Ils sont des écrins virevoltants d’où jailliront bientôt des pépites bien ciselées pour mieux souligner la personnalité artistique de chacun d’eux.

Il en va de même des jeunes chorégraphes auxquels ils se mesurent au quotidien en équipes rares dont l’ambition première consiste à produire des spectacles novateurs en diable! Le Ballet T ne pouvait donc que soutenir cette compagnie née en 1990 à Errenteria, près de Donostia! Les 2 chorégraphes de ce jour se nomment Bertha Bermudez et Jorge Jauregi. Les expériences ici proposées se fondent sur la même volonté de travailler sur le processus de création d’une pièce chorégraphique, à partir du potentiel créatif de chaque danseur, en solo, en duo ou en groupe, laissant ainsi une part importante à l’improvisation, suscitée, mais néanmoins dirigée et cadrée, selon un fil conducteur propre à chaque chorégraphe. Car si le propos est commun, la formulation diffère en deux compositions distinctes et jubilatoires qui peuvent, au départ s’avérer quelque peu déstabilisante pour le spectateur. Mais on se laisse vite emporter par le rythme de chaque discours chorégraphique et de la syntaxe spécifique à chaque créateur!

"Inspiracion", une composition aux phrasés subtils

Cette première étude joue sur la recherche intérieure de l’inspiration en un vocabulaire très intimiste et sobre qui, à partir d’un travail sur le corps, sur l’écriture, le parcours dessiné des phrases de la pièce, d’une variation autour d’éléments naturels, de sons ou de chiffres, va construire peu à peu une chorégraphie, d’abord chaotique puis plus harmonieuse en solos, duos et mouvements de groupe. En fines touches, dont les corps se font les pinceaux, un tableau vif et tout en nuances va esquisser ses arabesques, ses volutes qui vont en donner tout le sens visuel. On pense là à des aquarelles abstraites ou des estampes japonaises tout en pudeur qui mobiliseraient les regards ou non regards, les moindres gestes un peu saccadés au fur et à mesure apprivoisés jusqu’aux fins tracés de la grâce et de l’élégance pour aboutir à une oeuvre commune mettant en exergue chaque élément du tableau ainsi composé de sensibilités plurielles et complémentaires.

Les costumes participent de cette volonté d’harmonie faite d’un ensemble de talents et de sensibilités distinctes et non passés au crible d’un seul moule! Pantalons noirs pour tous mais des tee shirts aux couleurs différentes et bien individualisés. Chaque élément du bouquet laisse éclater ainsi sa propre tonalité, apportant sa touche unique à l’harmonie de l’ensemble au même titre que les voix, suggérant par quelques mots lancés les rythmes de la création commune: eau, terre, feu…un deux trois quatre…six!, ou les mouvements furtifs des doigts propres à chacun…

Une belle et brillante idée, certes très perfectible comme toute expérience, mais qui augure bien du talent en devenir de cette jeune chorégraphe!

"Total Surrender" ou comment dépasser ses propres limites!

Autre univers avec la seconde approche, plus physique, masculine et nerveuse qui joue sur le dépassement de ses propres limites corporelles, en déchirements et mouvements tiraillés jusqu’aux extrêmes! Jorge Jauregi joue sur la définition d’une communication entre les corps qui s’étirent, s’entremêlent douloureusement, en deux groupes qui finissent par n’en faire plus qu’un, en un enchevêtrement faussement chaotique qui trouve sa logique dans le phrasé de chaque danseur imbriqué à celui des autres, en un dialogue nerveux et tourmenté. Le créateur mise sur le potentiel émotionnel de ses danseurs mis à nu sur le fil de leur expressivité extrême. Un tableau sans cesse mouvant à la Pollock mais prêt à imploser en mille morceaux. Et de fait, soudain, chaque danseur se détache peu à peu de la masse, en mouvements d’une grande technicité tels des cris violents, pour devenir des électrons libres, trop libres jusqu’à l’insupportable de l’individualité non contrôlée, jusqu’à ce que retentisse le hurlement déchirant d’une danseuse.

Un point de rupture qui ramène à la sensualité d’un phrasé en couples quasi douloureux, écartelés  jusqu’à l’émotion pure qui anéantira chaque danseur, l’un après l’autre effondrés au sol…

Un vrai choc et une vraie révélation tout en énergie pure! On reparlera de ce chorégraphe à coup sûr, mais aussi de ces jeunes talents virtuoses qui se hissent irrésistiblement au sommet de leur art!

Pour toutes infos: www.malandainballet.com

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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