Coups de coeur

Published on juin 13th, 2017 | by MagMozaik

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Cuba libre!

Julio Matilla est de ces artistes cubains résolument libres dont la peinture charnelle, sensuelle, organique, caribéenne d’avant l’arrivée des espagnols de Cortez dérangea Castro, soucieux d’imposer une peinture non abstraite qui sache parler au peuple comme en URSS ou en Chine!

Dans la lignée d’un Wilfredo Lam et de ses influences métissées, il préféra quitter son île dont il ne ressentait plus ni l’âme ni les racines taïnos pour s’exiler ici, où l’absence de bruit revitalise son art aux couleurs de la nostalgie en clairs obscurs, et où il retrouve, dans l’animisme païen basque, les flamboyances du temps où les envahisseurs européens n’avaient pas encore abîmé bien des cultures extraordinaires, des mayas aux taïnos en passant par les indiens d’Amérique. Du 28 juin au 13 juillet, la médiathèque de Biarritz lui consacre une belle exposition assortie de multiples médiations, en avant première du Festival Biarritz Amérique Latine, sous la houlette de Maialen Sanchez et Jean-François Larralde, son ami de toujours.

José Matilla revendique profondément ses racines Tainos que le syncrétisme de l’île a nourri de multiples influences artistiques métissées au fil des siècles d’une histoire qui a vécu la colonisation espagnole, l’arrivée d’esclaves africains puis d’une autre vague d’esclaves, cette fois-ci chinois. sur ce terreau riche de jungles humaines et végétales enchevêtrées, s’est ciselé un art puissant, luxuriant, organique et charnel qui tire ses origines de l’art primitif taino largement animiste et apparenté à la civilisation amérindienne Maya. Julio Matilla s’inscrit avec puissance dans cet art caraibéen complexe et majestueux, de l’ordre du sacré, très fortement structuré, dans le sillage de celui qui, en renouant avec ses racines syncrétiques, renouvela l’art conceptuel cubain, Wilfredo Lam, symbole s’il en est des métissages humains et culturels inscrits dans les gènes historiques de l’île. De ce maitre, très largement influencé par le mouvement surréaliste qu’il fréquenta beaucoup, il a hérité la sensualité, l’intensité tropicale et l’exubérance de ses représentations abstraites dont on ne sait si l’âme se niche en ses formes humaines, végétales ou animales, souvent intimement croisées, presque fusionnelles. Un style qui gagnera en densité d’émotions exprimées et de textures avec l’exil, tout en messages universels et profonde poésie, toujours en quête d’harmonie entre l’homme et son environnement naturel, nourri d’énergies et de contrastes.

L’artiste cubain connait, par la maîtrise de son art et de son langage somptueux, très vite un grand succès. Dès l’âge de 20 ans, en 1948, il inaugure le premier opus d’une longue série d’expositions, de la Havane à Paris en passant par les îles Caraïbes, New York, Miami, Mexico, sillonnant la planète en quelque 50 ans, sans que jamais ne se tarisse son inspiration en oeuvres pétries d’émotions mais aussi d’une nostalgie que ses palettes chromatiques sombres, parfois douloureuses et ses thématiques aux formes ondulées, presque déchirées, reflètent avec une sensibilité tout en pudeur sous des apparences foisonnantes. Il faut dire que Julio Matilla, à l’instar de tous les artistes de cette époque pré-castriste, a souffert d’une censure rageuse dès le triomphe de la Révolution cubaine. Artiste transversal, créateur prolixe de toiles très physiques mais aussi de décors ou de costumes de théâtre hors patrie, il subit dès les années 60 le joug qui impose à tout artiste de produire une peinture qui parle au peuple, réaliste et non abstraite, dans le sillage d’autres pays de même idéologie telles l’URSS ou la Chine. Il doit son salut artistique et sa liberté créative retrouvée à un ennui de santé qui l’oblige à s’exiler en soins à Paris. Il ne reviendra jamais à Cuba, se sentant davantage chez lui à Miami où il retrouve dans la communauté de ses amis, l’ambiance de son pays. A défaut de s’enivrer encore de ses paysages, ses musicalités poétiques lui permettent de ne jamais perdre ses sources vitales. Mais il a découvert la France et le hasard de rencontres le conduit sur nos rivages, en Espagne puis en Pays Basque. La séduction opère immédiatement entre deux cultures ancestrales animistes fortes et proches, de celles d’avant la colonisation espagnole chez lui ou de la christianisation chez nous! Il se forge ainsi quelques points d’ancrage entre Miami et Anglet où il réside aujourd’hui, ayant choisi la nationalité française.

A l’ heure ou le Festival Biarritz Amérique Latine écrit une nouvelle page de son histoire, avec l’arrivée de Jacques Arlandis, et s’apprête à mettre un focus sur la Colombie, Jean-François Larralde, membre depuis 25 ans de Biarritz Festival, et Maialen Sanchez, dont on sait l’extraordinaire vitalité culturelle et artistique, ont imaginé, en avant-première de ce festival renouvelé, un hommage à cet immense talent cubain, grand ami de l’écrivain Edouardo Manet, si présent ici. Une exposition accompagnée de multiples rencontres et manifestations culturelles en partenariat avec l’Espace América de la Médiathèque, l’Aflacoba, le Festival Biarritz Amérique Latine et le cinéma Le Royal. Relations avec la danse afro-cubaine, documentaires, films, lecture de textes ou parcours musicaux permettront de mieux cerner l’oeuvre de Julio Matilla dans son contexte culturel nourri d’ écrivains, tel Alejo Carpentier, et de nouvelles générations nées du creuset castriste. Deux petites pépites à signaler: « 7 jours  à la Havane », le 27 juin, 20h30 au Royal. Un touriste américain découvre la ville en compagnie d’un chauffeur de taxi. Emir Kusturica, venu recevoir un prix, se lie avec son chauffeur, un trompettiste virtuose. Cécilia doit choisir entre deux hommes…. 7 histoires par 7 réalisateurs se succèdent ainsi dont Laurent Cantet, Benicio del Toro ou Julio Medem. Autre univers, tout en poésie fine, le 11 juillet, 15h30, à l’Auditorium de la Médiathèque avec « Nada+ », petit bijou sensible de Juan Carlos Cremata Malberti. L’histoire simple et tendre d’une jeune cubaine postière que le hasard amène à réécrire les lettres de ses concitoyens. Une façon d’aider qui lui apporte le bonheur. Le programme complet est disponible à la Médiathèque et au Royal, entre autres lieux.

28 juin-13 juillet, Médiathèque de Biarritz, entrée libre du mardi au samedi de 10h00 à 18h00. Tous renseignements sur www.mediatheque-biarritz.fr

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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