Vu dans la presse

Published on octobre 29th, 2017 | by MagMozaik

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Claquer la porte sur sa vie…

Qu’est ce qui pousse un être humain à s’évaporer un jour littéralement, à se métamorphoser en abandonnant toute une ancienne vie pour une vie autre, nouvelle, différente, passée de l’état liquide à l’état gazeux, fondée sur d’autres départs, d’autres renouveaux?

Comment expliquer que les japonais connaissent à grande échelle ce phénomène de fracture très psychique et psychologique à la fois mais en même temps intimement lié aux valeurs culturelles de leur société et de leur histoire qui permet de résoudre bien des ruptures nécessaires avec des pesanteurs qui ont nom déshonneur, tradition, codes à transgresser pour plus de liberté. Très symbolique d’un pays aux codes rigoureux générateurs de stresses énormes, ces disparitions étonnantes affectent chaque année 100 000 personnes évanouies dans la nature mais renaissant de leurs cendres, insupportables, sous d’autres identités, d’autres lieux, d’autres respirations salutaires…Une manière d’échapper aux pressions effroyables d’un Japon où l’humain n’existe plus en dehors de sa seule fonctionnalité productive? Un Japon où l’humain se terre dans les gratte ciels pour ne pas avoir à sortir un masque de chirurgien sur le nez, ne vivant plus qu’à travers le web qui fournit l’essentiel de la survie par livraisons interposées? Un Japon désincarné et déshumanisé qui ne renonce pas, malgré tout,  à sentir les frimas, honorer ses ancêtres, ne pas oublier un passé honteux ou caresser les fleurs de cerisiers? Un Japon en rupture effroyable avec sa robotisation de tout et de tous? Etonnantes, brutales et salutaires disparitions volontaires de personnes dont la société juxtapose les extrêmes, entre traditions et modernisme exacerbé, et qui broie les identités, empreintes de traditions millénaires, ramenées au rang de simples éléments de productivité économique. Une forme de schizophrénie insoutenable et invivable, entre passé et futur qui ne trouve sa place qu’à travers la rupture indispensable, admise légalement au Japon! Pas de compromis possible entre des extrêmes qui symbolisent de si grandes fractures temporelles et culturelles! C’est comme si, en quelques minutes nous passions des Frères Wright aux navettes spatiales! Un raccourci en forme de tourbillon destructeur.

Alors la seule solution possible est de se réinventer autrement pour ne pas sombrer, pour exister à nouveau, laissant derrière des êtres dévastés pour ne pas avoir su ou voulu comprendre jusqu’où ne pas aller. Essayer de comprendre ce que nous ne pourrions imaginer ici, tel est le propos très sensible de Delphine Hecquet qui, à travers sa compagnie Magique-Circonstantielle, mène l’enquète au coeur même des comportements et des émotions tout en pudeur. Car il y a ceux qui partent sans rien dire et ceux qui restent dans la stupéfaction la plus totale, la plus douloureuse de ces absences qui ne sont pas des morts mais des résurrections sans eux! Une souffrance que l’incompréhension génère, qui fait s’interroger sur le pourquoi et le comment quand eux, restent, démunis, à se remettre en cause sur le point de rupture, le point de blessure profonde et irréversible. Cette femme qui n’est plus qu’un meuble du foyer et qui quitte mari et enfant pour se sentir à nouveau désirée… Cet autre qui fuit une mère dont la dureté et l’égoïsme la rongent…Sur scène? Un journaliste/comédien français confronté à des comédiens japonais qui restituent cette réalité dramatique, finement ciselée dans leur langue incisive. Une exploration à fleur de vie, à fleur de renaissance douloureuse, largement soutenue par L’OARA et de multiples scènes nationales ou centres de théâtre en France.

« Les évoporés », Scène Nationale, Théâtre de Bayonne, 7 et 8 novembre à 20h30. de 12 à 18 euros.

www.scenenationale.fr

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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