Coups de coeur

Published on juin 28th, 2017 | by MagMozaik

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Clairs-obscurs en partage

Entre Bayonne et Nay, entre regards d’artistes partagés et fulgurances de vie espagnole, Michel Dieuzaide pose ses fines et subtiles impressions argentiques en “résonance” sur deux espaces, le Hangar et la Minoterie, du 10 juin au 30 juillet pour l’un et du 9 juin au 27 août pour l’autre.

Des lieux de transversalité

Deux lieux pour des facettes plurielles d’un talent inouï. Deux lieux de transversalité étonnants dont il est bon de rappeler la belle énergie lumineuse et la judicieuse mise au service d’arts multiples, de la peinture à la photographie en passant par le design, la musique, la danse et la sculpture. Des lieux en devenir et toujours en effervescence, à l’écoute des créateurs atypiques, somptueux, d’aujourd‘hui et de demain. A la barre du navire « Hangar », Monique Larran-Lange, dont on sait l’immersion de vie dans l’art et la culture, sous différentes formes d’actions, toujours en poupe pour défendre un art neuf, impertinent et parfois transgressif, mais toujours porteur d’enrichissements culturels et d’enseignements pour la jeunesse. Rappelons que début juin, elle a offert son espace aux élèves de l’Ecole d’Art de Bayonne, ravis de pouvoir exprimer là leur talent. En étroite et délicate cohérence avec la Minoterie de Nay, elle accueillait en décembre dernier son artiste et grand maître d’oeuvre, Chahab, dont le riche et incandescent parcours, à la croisée de la Perse et de l’occident, fit jaillir ici de flamboyantes gerbes de couleurs incendiées, modulées en partitions du virtuose guitariste Michel Sadanowski. Un lieu appelé à s’inventer, s’imaginer en projets audacieux et transversaux, voire transfrontaliers, mais jamais à buts lucratifs! Un espace nettement inscrit dans l’histoire de Bayonne, du temps où les allées Marines bouillonnaient d’activités de dockers, déchargeant moult marchandises. Là, le sucre était entreposé. Bien des années après, l’espace fut un endroit de ventes aux enchères de véhicules publics… Une mémoire qui habite encore les murs de ce havre de paix et de verdure, niché en plein coeur des tumultes urbains et qui vous transporte, le portail franchi, vers des univers artistiques uniques. Mais un lieu aussi menacé par les ineptes projets immobiliers et commerciaux alentour quand il faudrait au contraire préserver de telles pépites rares dont ont besoin nos artistes locaux pour exister et se faire connaître.

Même contexte d’ancrage historique et de vie inspirante avec la Minoterie de Nay qui abrite aujourd’hui, sous l’impulsion créative de Chahab, des expositions éphémères et de nombreux ateliers. La complicité ne pouvait que s’établir entre les deux espaces, lieux de métissages, au carrefour du Pays basque du Béarn, autour d’un unique artiste d’envergure internationale, Michel Dieuzaide, dont le discours subtil sied à merveille à la respiration intense, fluide, tout en sobriété et élégance,  des deux endroits, en résonances  et aux palettes d’ombres et de lumières quasi musicales.

Un regard cynique lourd d'émotions

Deux univers différents, aux antipodes, mais tissés sur une trame sensible, s’entrechoquent en ces lieux d’échanges et de respiration: Les artistes à Nay, de ceux dont le chemin  a croisé souvent celui du photographe tapi dans l’ombre de leur lumineux talent: Les Chambas, Lafforgue, Soulié, Debré et autres Soulages…..Sans oublier Chahab, son hôte actuel! Et les autres à Bayonne, les sans grade, les humbles d’une fierté espagnole incandescente et tout aussi lumineuse, des rues assoupies de chaleur aux arènes sanglantes, des enfants flamboyants aux images brûlantes de flamenco. Cette Espagne qui n’a jamais cessé de l’envahir. Personnage étrange et complexe que celui de Dieudaize, faux dilettante un brin cynique et désabusé promenant son regard sur une époque qui ne lui convient pas en photographies, films, ouvrages sur la création et l’art. Un monde où il s’est souvent « senti un peu comme en italiques ». «  J’ai parcouru des territoires où me portaient mes élans, en cultivant avec avidité les richesses enfouies dans les marges…Le démon de mon âme a toujours été le  ‘à quoi bon!’. Ce vilain-là, explique le regard plutôt désabusé que je porte sur ce que j’ai commis, en conservant intact le degré d’exigence nécessaire. Si la nécessité de faire fut absolue, l’écho suscité est le plus souvent resté confidentiel. En revanche, le temps ne m’a jamais été compté, et dans le petit tas que je laisse, rien ne s’est jamais fait sans lui. A l’heure où les ombres s’allongent, je reste convaincu de notre solitude existentielle, et de la fragilité de la vie. Mais il me reste au coin des lèvres un demi-sourire où se lit un brin de tristesse, juste pour amender cet air de me ficher un peu du monde qui est aussi la marque de ma liberté et une autre manière de proclamer la vie en dépit de tout ». Superbe et lucide manière de se définir en un regard sombre sur lui-même, mais aussi flamboyant hymne à la vie qu’illustre sa passion aigüe pour la lumière, celle éblouissante du sud, de sa Bigorre natale, « souveraine révélatrice d’émotions » pures. Les deux lieux choisis symbolisent ses deux points d’ancrage. L’un où la « ligne brisée » des Pyrénées lui offre son « horizon définitif », l’autre où jaillit une Espagne torride et digne, toute en insolences fières et pudiques. Surgissent sur les murs blancs dans l’assourdissant silence du Hangar, tour à tour, ce couple de Grenade dont on ressent presque à fleur d’émotions la tension entre positions de l’homme et de la femme en cette société andalouse machiste, ce joueur de guitare flamenca ou cette nuque anonyme dans la chaleur aride d’une ruelle déserte…Et puis cette étonnante photo « Sombra, sol » qui dit tout, en mode ironique, des clairs-obscurs du photographe. Deux magistrales expositions en « résonance » qui doivent beaucoup à Monique Larran-Lange et Chahab, premier artiste inaugural du Hangar, et qu’il faut prendre le temps de savourer, ce temps même qu’il a fallu à Michel Dieuzaide pour saisir au vol ces instants T si fragiles et fugitifs d’émotions pures.

En marge des oeuvres photographiques, le Hangar propose en rappel des talents de cinéaste et de publiciste de l’artiste, quelques pépites créatives. Le 13 juillet à 21h00, en présence du réalisateur, projection du film de 45mn produit par Canal +, « Le chemin du Rocio ». La caméra sensible de l’auteur y suit le pèlerinage marial de plus de 80 confréries se rendant à pied dans un petit village au bout du bout de l’Andalousie pour saluer une vierge qui ne sort qu’une fois l’an pour la Pentecôte. Vibrant. Côté édition, l’espace propose pour 100 euros un magnifique coffret de 3 ouvrages parus aux éditions Cairn : « Aficion » (30 années d’images taurines – 2005), « Compas Flamenco » (2006) et « Espanas » (2009). De somptueux albums rares à consulter – et acquérir! – sur place.

Le Hangar, 5 rue Sauveur Narbaitz à Bayonne, entrée libre les vendredis, samedis et dimanches de 16 à 20h00. Tel: 06 08 63 81 80 pour visites sur RV

La Minoterie, 22 chemin de la Minoterie à Nay, entrée libre des jeudis aux dimanches de 15 à 19h00, www.nayart.com

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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