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Published on janvier 7th, 2018 | by MagMozaik

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Charlie, 3 ans après…

3 ans, jour pour jour, se produisait le 7 janvier 2015, une fracture ignominieuse dans nos modes de penser la démocratie et la liberté d’expression, que l’on fût ou pas en phase avec ces paroles ou dessins-là! Un triste anniversaire qui, au delà de la tragédie, nous questionne sur la liberté de la presse, d’informer et de se dire.

Lectrice papivore et compulsive de nombreux quotidiens, hebdomadaires et mensuels aux antipodes souvent les uns des autres, juste pour m’informer de ce qui se pense ailleurs de respectable et sujet à débat constructif, je fais depuis toujours le grand écart en opinions ou genres différents, de National Geographic ou Histoire à Fluide Glacial ou Télérama et de Charlie Hebdo à l’Express ou le Nouvel Obs, sans compter les radios, télévisions et les réseaux sociaux dont je ne savoure que le suc intelligent qui fait avancer, s’informer, se cultiver et apprendre.

Alors stabilo jaune en main, comme à la Semaine, je me suis plongée dans tous les articles de ce numéro douloureusement, tragiquement, anniversaire et j’y ai découvert une humanité au delà de tous les stéréotypes véhiculés ici et là, une fragilité et une peur au ventre qui vous donnent envie de serrer toutes ces personnes, journalistes, dessinateurs, administratifs, infographistes ou commerciaux-voire policiers et vigiles privés- dans les bras, qu’on soit d’accord ou justement pas avec eux – qui ont pourtant bien changé- car ce qui nous unit c’est la liberté d’expression et un sens aigu de la dérision et de la tolérance, bref ce qui fait avancer les idées et un monde (au passage excellent article de Yann Diener sur la mécanique du déni dans ses « histoires du père Sigmund »). Une lecture réflexive qui pose encore et toujours, au delà des extrémismes nuisibles, la question du pouvoir et des effets autant pervers qu’incitatifs à la violence et à l’insondable bêtise humaine des réseaux sociaux et d’internet, ces outils de non communication, paradoxalement, et de dérapages, d’autant plus abjects qu’ils sont anonymes, aux franges de l’analphabétisme, de l’inculture la plus crasse, et atteignent les individus en mode diffamatoire menaçant.

Les leçons de Charlie, c’est quoi aujourd’hui, au delà d’hommes et femmes sous constante haute surveillance depuis 3 ans? C’est une liberté de la presse devenue un luxe tant elle doit se prémunir et se défendre à coups de surveillances privées, d’équipements de bunkers et de protections policières qui ont un coût: 1 à 1,5 millions d’euros par an soit 800 000 exemplaires du journal à vendre dans l’année, car la protection policée ne concerne ni les locaux ni les collaborateurs autres que journalistes et dessinateurs les plus ciblés ou connus. Et puis, au delà aussi des quelques mois suivant le massacre, que représente Charlie? Bien des attentats après, il ne devient plus emblématique ou nécessaire. Volatile, vous avez dit volatile, comme c’est factice et éphémère, lourd de tant de mensonges et d’escroquerie à la bonne conscience, tant on oublie vite dans nos sociétés où l’information sursaturée ne fait plus le tri entre l’essentiel et le futile qui la submerge de plus en plus. Mais ces réseaux sociaux là pointent du doigt un problème bien plus grave qui fait que l’on n’est rien ou pas visible ou pas reconnu dans les « tribus »du web si l’on ne suit pas, comme des moutons, les indignations de quelques jours souvent induites et contrôlées par les opérateurs, Facebook en tête. « Je suis Charlie », « Je suis Paris », « Je suis Berlin ou Bruxelles »… Que n’a-t-on vu d’exemples de décérébrations ou de trépanations durables sans pour autant susciter de vrais débats de fond? Et si vous refusiez cette stratégie débile du mouton que n’étiez-vous fustigés sans même que qui que ce soit ne s’informe de vos opinions ou de qui vous étiez vraiment, dans la « vraie « vie?

« Le net, vaste foutoir planétaire où toutes les bassesses sont possibles »…Les réseaux sociaux sources de dérapages et d’exacerbation anonyme du pire de ce que peut être un être humain névrosé. Un pernicieux  défouloir de haine dangereux alimenté par ceux-là mêmes qui, sans connaître le journal, hurlèrent ces mots « Je suis Charlie »dans les rues sans avoir la moindre idée de sa subversion magnifique. Car être Charlie ne s’improvise pas du jour au lendemain pas plus qu’un député LREM ne devient exemplaire sur un coup de tête et l’appât d’un gain. Non, on  « nait » Charlie ou pas, dans le fonctionnement de l’esprit et pas forcément dans les idées. Quel vaste malentendu, quelle belle fumisterie,  finalement qui ne repose que sur quelques modes médiatiques orchestrées politiquement, où l’on se prend, l’espace de quelques jours, de quelques mois, à se la jouer révolutionnaire ou à être ce que l’on est pas et ne sera jamais. Alors oui, aujourd’hui, Charlie ne fait plus recette, notamment auprès du Ministère de l’Education Nationale un temps mobilisé et qui a « la trouille au cul et la lâcheté en bandoulière ». « Chaque moyen de communication sécrète sa propre forme de message. Internet a mis le message de menace à la portée de tous. » Les concerts d’indignation ou les incitations à la censure émanent des réseaux sociaux qui font boule de neige. Et cette indignation provoquée par les couvertures de Charlie est devenue une manière pour les sites de générer du buzz, du clic et donc du trafic et de l’argent, d’autant plus aisément que l’ironie en est gommée et que le premier degré est la condition première du buzz, autre manière de dire dérapages incontrôlés. Alors si je ne suis et ne serai jamais Charlie car je n’ai pas subi dans ma chair et dans esprit ce viol infâme de libertés, je reste solidaire de tout journaliste, tout reporter ou tout dessinateur insolent qui, partout dans le monde-et surtout en pays islamistes- se bat à ses risques et périls pour défendre le droit fondamental de s’exprimer ou d’être sans risquer la mort, la torture ou la prison à vie, de l’Arabie Saoudite à la Chine, de la Tchétchénie à bien d’autres pays dits civilisés dont on ignore les sombres pratiques tortueuses et infectes par calcul ou simple lâcheté.

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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