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Published on septembre 14th, 2017 | by MagMozaik

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Chambas: l’accent de toutes les passions

En certains cercles parisiens, pour Chambas, l’accent est un handicap pour parler de choses sérieuses et pourtant le sien est ce qu’il aime le plus au monde car vecteur de toutes ses passions. 3 expositions rendent hommage du 8 au 29 octobre à l’oeuvre multiforme d’un personnage complexe au panache d’un Cyrano, gouailleur et poète à la fois, bravache, truculent et fragile, subtil à la fois.

Belle rencontre que celle de Jean-Paul Chambas, artiste lucide, d’une sensibilité aiguë, avec ce brin de légèreté cynique et d’autodérision qui masque une talent sans aucune mesure et une subtile fragilité humble de se penser peintre et dessinateur plutôt qu’artiste. Un homme hanté, presqu’obsédé, par les sujets peints qu’il s’est approprié à la manière de l’archéologue qu’il fut et demeure, jusqu’à les incarner et se fondre en eux pour mieux les restituer dans leur flamboyance indomptable, tel Kafka ou Burrough dont, par mimétisme, il entre dans la peau! Des fusions totales que sa peinture, ses dessins, ses collages sculptent charnellement en un tourbillon d’incandescence vertigineux comme il conçoit l’état d’être peintre, dans cette solitude angoissante qui le fait avancer au gré des passions, des rencontres qu’il finira par coucher sur la toile, quitte à la détruire pour sans cesse la recommencer,  la travailler sans relâche, jusqu’au point d’exactitude, de justesse relationnelle, d’insolence …ou pas!

Une vie de chemins croisés, osés, bouleversés pour mieux saisir ces êtres d’exception et de rencontres qui constituent aujourd’hui son panthéon, hissés au rang de déités que l’on ne peut côtoyer et s’aventurer à peindre sans avoir le précieux filet de supports culturels, de préférence littéraires. Car il s’agit bien d’histoires, de récits, de romans, de documentaires et de poésies tout à la fois que racontent chacun de ses tableaux. Manolete, qui orchestre toute sa vie, sachant bien le pouvoir des medias, comme une tragédie grecque mâtinée de fureurs jusqu’à faire de sa propre mort le prélude d’un mythe, ce dandy raffiné qui pousse la légende jusqu’à périr avec le taureau. Il y a du grandiose dans ces histoires là qui surgissent des toiles, laissant exulter les fêtes de village d’un sud ouest revendiqué dans sa pureté abrupte, rugueuse, les scènes simples d’un Gers où chacun tisse son imaginaire, ou ces monstres sacrés de la musique dont la vie se met en scène en quelques somptueuses toiles de Bowie à Lou Reed en passant par Jim Morrison avec lequel il passera une nuit à confondre Rimbault et rainbow. Car tout le talent de l’homme se niche là, au coeur de ses dessins d’une élégance magique qui donne vie avec précision à tant de stars qui peuplent aussi ce curieux panthéon de l’artiste, au hasard d’improbables et stupéfiantes rencontres.

A l’origine un cursus que l’on pourrait penser classique bien qu’étonnant: Histoire de l’art,  mais surtout l’archéologie qui le passionne pour ce besoin de comprendre et reconstituer la vie des morts, comme il aime à le crier en ses vases magnifiques et puis très vite l’urgence de peindre !! S’ensuivront plus de 50 ans de palettes enchaînées, tourmentées souvent, splendides, traversant de multiples courants, telle la figuration narrative où il croise Fromanger entre autres, cette icône qu’il apprendra avec l’âge à voir en artiste « normal » et en ami! Cet homme dont il admire la construction d’une oeuvre de vie quand lui s’acharne, dit-il, à constamment détruire, massacrer, ce qu’il réalise, pour mieux faire et refaire, réinventer dans l’impertinence et la vérité crue des personnages qui habitent ses toiles … Quand se dit-on qu’un tableau est fini? Voilà une question perturbante qui l’empêche d’avoir chez lui ses propres oeuvres qu’il serait trop tenté de vouloir perfectionner encore et encore dans une totale et permanente insatisfaction de son propre génie pictural. Le seul petit bijou qu’il s’autorise à posséder est un tableau de Delacroix, bien modeste certes mais auquel il a donné sa vie propre en l’entourant des photos de Delacroix et de sa famille!! Curieux non?

Des périodes bien sûr, il en reconnait de fortes, les séries de dessins faisant office de coupures entre chacune d’elles en forme de défis parfois. Comment trouver l’inspiration? Chaque jour il va à son atelier pour y faire tout ou rien, comme une discipline imposée pour mieux séparer vie privée, souvent tumultueuse, et vie professionnelle, en deux lieux parisiens à l’opposé l’un de l’autre, entre nord et sud. Alors il dessine, se lance des défis, en continu, main droite, main gauche puis feuille inversée jusqu’à ce qu’un croquis lui donne cette envie irrépressible de peindre. Les défis sont parfois multiples comme cette série des baisers née d’une inspiration sur sa vie amoureuse .. Ou ces toiles de blanc sur du blanc, si diaphanes comme une réflexion sur l’acte de peindre en des draps de femmes qui transpirent l’amour en quelques touches pudiques , encore frémissantes de  sensualité torride à peine effleurée dur un bras juste caressé du regard et du pinceau. Ou cette période qu’il nomme natures mortes, si vivantes de tant de souvenirs et objets accumulés en un bric à brac savamment organisé, éclatant de couleurs chatoyantes et de mémoire vive dont les pans d’entrechoquent, s’entrecroisent dans une perfection rare de traits. Ou cette somptueuse série de tableaux de faits divers où il reconstruit une histoire imaginaire en quelques références délicates et subtiles, tel cet homme mort, sa cravate de club à la ceinture, dans un décor de volcans où plane un avion rouge de sang, comme pour dédramatiser la violence brute de la scène. Et puis la tauromachie…Ce n’est pas l’idée de corrida qui le fascine mais bel et bien la dramaturgie charismatique du toréro, ce voyou façon Carmen qui gagne tout et la mort en prime. Il y a du souffle épique dans les passions qui l’animent et le hantent au point de s’y perdre ou s’y donner corps, âme et pinceaux!!! Enfin ce Sud-Ouest qui le nourrit de son son accent et de son âme festive, en fanfares, en paysages crus de lumières où chacun se raconte sa propre histoire en quelques scènes juste suggérées.

3 expositions lui rendent aujourd’hui hommage, au Didam, dans le Patio de la Mairie d’Anglet en oeuvres très musicales et au Lycée Cassin en fraiches, et non moins épuisantes justement,  rencontres avec des élèves fascinés par ses tableaux qui l’ont enrichi et émerveillé, mais aussi interrogé sur qu’est-ce qu’un artiste?? Pour l’heure, il s’affirme juste comme un homme qui sait bien faire son métier de peindre et de dessiner car se prétendre artiste en mettant un mégot sur un sol ? Très peu pour lui, immense artiste quoiqu’il en pense! Et l’argent dans tout cela? Il s’avoue incapable de mettre en place une exposition quand il a scénographié tant d’opéras, dont un Carmen d’anthologie à l’Opéra Bastille et événements culturels majeurs (dont le transfert des cendres de Malraux au Panthéon), ou réalisé tant de décors de théâtre et autres stations de métro! Il ne saurait pas même, dit-il, accrocher un tableau, ni même s’offrir ses propres oeuvres devenues trop onéreuses pour lui!!. On y croit à moitié mais il est magnifiquement représenté par la galerie Fabrice Galvani de Toulouse qui organise cette exposition itinérante dont sa patrie gersoise scellera la fin en 2019. « L’art est comme un armagnac, il faut qu’il soit suffisamment long en bouche ». A méditer et savourer!

Pour toutes informations sur les dates, lieux et horaires: www.bayonne.fr, www.anglet.fr, www.galeriefabricegalvani.com

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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