Virées culturelles

Published on février 6th, 2015 | by MagMozaik

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Carnavals basques: un feu d’artifice de belles traditions!

Les grandes festivités basques ponctuent chaque année les rythmes solaires naturels et les cycles saisonniers, au delà même des clichés touristiques actuels que combattent plus que jamais de nombreuses associations en lutte pour imposer un retour à l’athenticité culturelle du territoire. . Rien de chrétien en l’affaire mais bel et bien un enracinement au coeur de légendes paiennes qui soulignent combien la nature reste source de vie,  d’activité des hommes et rempart de protection contre les agressions extérieures contre leur culture et leur identité spécifique en Europe,  depuis des siècles et des siècles. Lors du solstice d’hiver, Olentzero le charbonnier symbolise l’instant précis où les jours commencent à rallonger. Il amène dans les foyers le feu et la chaleur, annonciateurs des beaux jours. Avec le carnaval, de février à avril, selon les provinces, toutes les traditions tournent autour du retour du printemps, avant et après l’équinoxe de printemps. Mais les célébrations restent multiformes et chaque province a sa ou ses manières différentes, mais toujours aussi colorées et festives, de célébrer le réveil de la nature . Bien des rituels ancestraux sont communs, avec des variations notables selon que l’on se trouve en Soule, au Labourd, en Basse Navarre, en Navarre , en Guipuzcoa,  en Alaba ou en Biscaye.Un temps consacré à repousser la vieille année et les âmes errantes, à réveiller l’ours, à favoriser la fertilité de la terre et des animaux pour obtenir un grand troupeau, à organiser les mariages qui permettront le renouvellement des générations. De part et d’autre des Pyrénées, nous avons choisi quelques lieux emblématiques où le carnaval garde tout son sens avec une belle flamboyance.

Mais qui est donc Zanpantzar?

– Pour ceux et celles qui ignoreraient tout d’un tel personnage essentiel, un brin d’explications:

 Joaldun (littéralement « celui qui porte des sonnailles ») est un personnage traditionnel de la culture basque (en Navarre surtout) qui annonce l’arrivée du carnaval en agitant ses sonnailles (joareak au pluriel basque) durant la dernière semaine de janvier. Chaque village se distingue par les coiffes portées dont les couleurs les identifient. En espagnol, on les appelle aussi “zanpantzar”, mais il est un autre personnage dans le Carnaval. Il s’agit d’une tradition rurale dont l’origine n’est pas connue, mais dont le sens est de forcer le réveil de la nature, après l’hiver, en faisant du bruit. Mais en cette période transitoire de l’hiver au printemps, bien des procès lui sont intentés! En vain! Le renouveau l’emporte toujours dans l’allégresse! Mascarades, charivaris, cavalcades… Autant de façon de célébrer le carnaval où les rôles sociaux s’inversent, où le roi devient valet, le riche le pauvre, et le faible le puissant…

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– Exposition et conférence pour mieux comprendre!

Pour mieux s’y retrouver dans cette profusion de rituels, de personnages chatoyants, et ce dédale de manifestations, la Ville de Saint Jean de Luz a eu la judicieuse idée de retracer l’histoire des carnavals basques (Euskal Ihauteriak) à travers une exposition, à Duconténia, du 11 février au 8 mars, et une conférence de Benat Zintzo-Garmendia, à la Grillerie du port, le 8 février à 11h00.  Cette exposition photographique et pédagogique rassemble au total 180 à 200 photos. Un bel aperçu de 21 carnavals basques sur plus de 10 panneaux à thème. L’exposition est bilingue et l’entrée libre. Depuis plus de 20 ans, Beñat Zintzo Garmendia arpente les carnavals du Pays Basque des deux côtés des Pyrénées. Il étudie, cherche, décode, analyse et photographie ces carnavals sous toutes leurs formes. Lors de cette conférence, il présentait quelques clefs de compréhension du carnaval basque et de ses rituels. Il commentait les différents personnages emblématiques du carnaval tels l’ours, les kaskarots ou le Kotilun Gorri . Il a souligné les spécificités du carnaval basque et ses points communs avec les autres carnavals européens.

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Artza et joreak: l’ours et les sonneurs

– L’histoire au rendez-vous

Etonnant de constater à quel point, dans toutes les provinces, l’histoire interfère sur les festivités. En Espagne, les carnavals souffrirent beaucoup du joug franquiste qui interdisait toute expression de l’identité basque. En bien des villages les rituels ont disparus. En d’autres, ils ont été rebaptisés pour mieux contourner les interdits. Aujourd’hui, bon nombre de lieux ressuscitent les anciennes traditions. Mais là n’est pas la seule intrusion de faits historiques dans les célébrations. L’idée centrale consiste à réveiller les activités humaines après la torpeur de l’hiver mais aussi à chasser les mauvais esprits qui risquent de compromettre la bonne vitalité de chaque ville ou village! dans les montagnes, on réveille l’ours et on fertilise les terres, mais, en bord de mer, on magnifie certains poissons et on enterre la sardine!!

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Pour sûr, les sonnailles réveillent!!

Quant au mauvais oeil, il s’incarne en personnages qui ont réellement existé ici et là: bandits de grands chemins, comme à Lantz,  bandes de voleurs, pilleurs ou violeurs ou simplement hommes et femmes soupçonnés de sorcellerie dans les grottes. A l’occasion des carnavals, leur effigie est jugée, condamnée,  et brûlée ou pendue en place publique, dans l’allégresse de populations soulagées de se débarrasser ainsi des incarnations du mal! Un dernier aspect vient éclairer le renouveau avec l’accent mis sur les relations intergénérationnelles importantes pour la transmission de la mémoire. Ainsi, dans de nombreuses localités, les jeunes sillonnent leur ville ou village en dansant et chantant pour récolter de l’argent qui servira à dresser un immense banquet festif où tous se retrouveront. Dans d’autres lieux, la rencontre, très ritualisée, des hommes et des femmes est un véritable prélude à la fécondité et au renouvellement des générations. Pas étonnant que l’Eglise ait éprouvé, bien souvent, le besoin de cadrer de telles manifestations sans pour autant vraiment réussir à les récupérer!

De la Soule à la Biscaye, du Labourd à la Navarre!

Sans déflorer les multiples reportages que nous vous proposerons sous forme d’opus, signalons les plus insolites expressions du carnaval basque.

– La Soule en mascarades

– La Mascarade, comme la Pastorale, est l’affaire de tout un village, à travers lequel s’affirment la culture et l’identité souletines. Les six mois de préparation mobilisent beaucoup de monde : répartition des rôles, apprentissage des fonctions et des jeux, des saynètes et des chants, création des costumes. La Mascarade est “coureuse”! Elle s’expose et sort du village organisateur pour être reçue dans d’autres villages de la Soule,. Elle se pose ainsi en instrument de contacts et d’échanges avec les communautés voisines. Elle constitue un moyen d’expression et de communication populaire de la culture souletine, où se conjuguent rites ancestraux de la tradition carnavalesque, littérature populaire, adaptations et innovations : ainsi chaque prestation réserve toujours quelques surprises aussi heureuses qu’inattendues.

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Zamalzain, l’homme cheval!

 

Le matin est consacré aux “barricades”, obstacles dressés sur le chemin d’accès au village où se produit la mascarade. Jadis constituées de charrettes, de cordes en travers de la route, les barricades sont aujourd’hui symboliques : des bouteilles de vin. Leur franchissement est réglé par la succession des danses des Rouges, suivi par les Noirs qui crient et se battent. Les “dresseurs” de barricades offrent alors à boire au cortège. Celui-ci se rend ensuite, de la même manière, devant les demeures des notables, par un passe-rue, pour finir sur la place du village où aura lieu la représentation de l’après-midi.

L’après midi suit le repas pris séparément chez les notables et l’habitant (dans l’ancienne tradition) ou en commun. On présente danses et saynètes sur la place centrale, cœur du village. A côté des pas exécutés par les quatre premiers danseurs (txerrero, gautzain, kantiniersa et zamalzain), la danse principale est le braile ou branle, danse en chaîne, mixte aux figures successives (quadrille, saut du branle et escargot) exécutées en l’honneur du monsieur, puis du paysan, et pour lequel sont invitées les jeunes du public. Quant aux saynètes, elles sont interprétées par les maréchaux-ferrrants, qui ferrent le “zamalzaiñ”, les hongreurs, qui le castrent, les rémouleurs, qui aiguisent l’épée du monsieur, les bohémiens, dont le chef raconte, de manière dérisoire, une histoire “énumérative”et les chaudronniers, dont les facéties clôturent la représentation : “prêche” de Kabana, réparation du charbon du Monsieur, payé d’une pièce volée par l’apprenti, qui est assommé par son patron ; une opération menée par le médecin et son auxiliaire le ramène à la conscience et à la vie.

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Un joli programme à suivre au coeur des villages souletins!

– Cavalcades en Basse navarre!

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Saint Jean Pied de Port

Le libertimendua est un peu l’ancêtre du carnaval au Pays Basque. Ce spectacle de rue associe la danse, le théâtre et l’improvisation en basque des bertsulari . Il a revu le jour à Saint-Jean Pied de Port il y a quelques années. A Saint-Palais, c’est la troupe de théâtre Kitzikatzank qui fait revivre le Libertimendua depuis 2009 avec l’aide du groupe de danse basque, “Burgaintzi” et de l’ikastola d’Amikuze. Revisité et modernisé, il aborde aujourd’hui l’actualité et les questions du quotidien en basque. Comme les carnavals, le libertimendua a lieu vers la fin de l’hiver. Le scénario se déroule ainsi : d’un côté les “bolant”, les danseurs et de l’autre les “zirtzils”, les va-nu-pieds. Les zirtzils représentent le monde inquiétant de la nuit, l’hiver, le désordre. Les danseurs symbolisent le soleil, le retour du printemps, l’ordre qui reprend le dessus. Les interventions des uns et des autres sont arbitrées par les bertsulari. Le retour de l’ours ponctue évidemment les festivités dans ces contrées où il achève son hibernation!

– En Navarre, on combat les mauvais esprits!

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Alsasua

Miel Otxin, Aldabika, Mari Trapu, les momotxorros et les zaku zaharrak sont quelques-unes des vedettes de la magie carnavalesque. La Navarre offre, aux quatre coins de son territoire, une grande diversité de rituels autour du carnaval. Ces jours là, villes, et surtout villages, retrouvent leurs personnages de légende et des rituels presque préhistoriques. Les mamuxarros, par exemple, agitent leur tige de noisetier dans les rues d’Unanu. De blanc vêtus, ils se cachent derrière un masque en bronze. Les momotxorros défilent dans les rues d’ Alsasua vêtus d’un drap taché de sang et arborant des cornes sur la tête. Ils dansent à côté des sorcières et des fantômes dirigés par Lucifer. Les zaku zaharrak s’emparent des rues de Lesaka, engoncés dans un sac de paille et harcèlent le public avec leur pizontziak (vessies de porc). À Goizueta, le personnage principal est un charbonnier qui danse la zahagi-dantza et poursuit les femmes en essayant d’esquiver les coups des jeunes gens du village. Les Zanpantzarrak agitent leurs sonnailles pour éloigner les mauvais esprits quand ils parcourent, comme tous les ans, le chemin séparant Zubieta et Ituren . Cette année la fête peut être fière d’avoir été classée Bien d’Intérêt Culturel, comme le carnaval de Lantz. Là-bas, le bandit Miel Otxin est capturé et brûlé lors d’une représentation burlesque. Ce même sort est réservé au bandit Aldabika à Estella-Lizarra, et à Mari Trapu à Pampelune . Celle-ci, escortée par des chaudronniers, donne l’occasion de remémorer des fragments de l’histoire de la capitale. Les cipoteros de Tuleda  distribuent des bonbons tandis que leurs voisins de Cintruénigo , les zarramuskeros, cherchent à salir tous ceux qui sortent à visage découvert.

– Le labourd des kaskarotak

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Kaskarotak

Les kaskarotak sont les personnages principaux des carnavals labourdins. Ils portent des chapeaux ornés de fleurs, des rubans et des décorations colorées sur leurs costumes, et tiennent deux bâtons à la main. Organisés en groupes de huit, ils exécutent les makila-dantza (danses des bâtons), ainsi que les sauts dansés, marmutx (danse des petits bâtons), kontra-dantza (contredanse), la soka-dantza, le fandango et l’arin-arin. Aux côtés des danseurs, garçons et filles, figurent les groupes porte-drapeaux, besta-gorriak (les vestes rouges), ponpierrak, kotilun-gorriak (les jupons rouges), jaun-andereak (les messieurs et les dames), l’ours et, selon les villages, d’autres personnages.

C’est à Abaltzisketa, en Guipuzcoa, que l’on trouve un carnaval très proche des kaskarot du Labourd. Huit danseurs, ornés de foulards colorés, exécutent la makila-dantza (la danse des bâtons) en faisant la quête de ferme en ferme. Ce sont les txantxoak qui, accompagnés par un accordéoniste, exécutent la danse des bâtons. La troupe qui défile est ici plus sobre, et deux autres types de personnages interviennent aux côtés des txantxoak. Avant de danser un balai à la main, l’un d’eux nettoie le seuil de la ferme et le second, le fabricant de paniers, collecte les vivres offerts par les habitants de la ferme. La talai-dantza (la danse de la vigie) des danseurs d’Amezketa est pratiquement la même que celle des txantxoak, mais interprétée avec plus de vivacité. À la frontière même du Guipuzcoa et de la Biscaye, à Markina-Xemein, on retrouve un autre groupe de danseurs de makila-dantza le dimanche de carnaval. Ces derniers exécutent la zahagi-dantza (la danse de l’outre) et ils complètent le spectacle avec la danse de l’ours.

Nous suivrons pour vous l’Hartzaro d’ustaritz!

– La semaine sainte en Biscaye 

Cette province vit davantage à l’heure de la religion chrétienne avec une Semaine sainte pour le moins célèbre qui occulte bien souvent toutes les manifestations carnavalesques! Nous en ferons un reportage début avril!

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– Alava vit bien son carnaval sous l’égide de la sardine!

Les habitants d’Álava proposent un large choix de carnavals. À Vitoria (du 12 au 17 février), par exemple, les carnavals commencent avec « Jueves de Lardero », durant lequel les choeurs d’enfants de la ville donnent une représentation. Mais c’est pendant le week-end que les carnavals atteignent leur apogée, avec les concours populaires de déguisements et les défilés. La fête prend fin avec « l’enterrement de la sardine » qui a lieu sur la Plaza Nueva. Les carnavals de caractère rural qui sont célébrés à Zalduondo comptent parmi les plus populaires. Ils sont considérés comme les plus anciens d’Alava. Le personnage saugrenu appelé Markitos, protagoniste central de cette fête, est promené le dimanche de carnaval dans tout le village avec d’autres personnages carnavalesques. Mais la vie de Markitos est courte. En effet, après avoir été jugé, il est brûlé devant les habitants de Zalduondo et de la région de Salvatierra-Agurain.

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Des poupées symboles du mal!

Le personnage emblématique représente tous les maux de la ville et par conséquent, au moment où il brûle, tous les péchés des habitants de Zalduondo sont expiés. A Santa Cruz de Campezo tous les regards se centrent sur la poupée Toribio, le mardi de carnaval. On l’accuse des pénuries vécues dans la municipalité tout au long de l’année et elle est condamnée à mourir noyée dans la rivière. Après la condamnation, tous les habitants, les enfants inclus, demandent à ce qu’elle soit lancée dans la rivière. La municipalité de Laudio célèbre sa fête le samedi de carnaval avec la descente de la sorcière Letziaga. Selon la légende, la femme habitait dans la grotte de Leitziaga et attirait les hommes de la municipalité avec ses cantiques. La poupée est promenée dans les rues de Laudio pour être ensuite brûlée. Il faut également souligner les carnavals de Agurain. La fête commence le vendredi avec l’accueil des symboles du carnaval d’Agurain : Porrero et la Sorgiña, interprétés tous les ans par des personnes différentes. Pendant la journée du samedi, en plus des traditionnels concours de déguisements, on organise le défilé de centaines de personnes déguisées en “porreros” (fumeurs de joints) et “sorguiñas” (sorcières) et, le dimanche, le carnaval rural qui parcourt les rues de la municipalité. Le mardi, on procède aux aurevoirs des personnages populaires.

Voilà donc de quoi largement vous occuper lors de ces carnavals hauts en couleurs!! Retrouvez nous pour les suivre très bientôt, à St Jean de Luz, Ustaritz et Lantz!

Catherine CLERC,magmozaik64200@gmail.com

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2 Responses to Carnavals basques: un feu d’artifice de belles traditions!

  1. Pingback: Carnavals – Carnavales – Carnival | EUSKAL BIDEAK

  2. Ximista says:

    Très bel article qui rend compte de l’imaginaire créatif et séculaire des Ihauteriak.

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