Festivals

Published on février 10th, 2017 | by MagMozaik

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Carnaval 2017: Retour salutaire aux origines à Bayonne

Bayonne célèbre, du 16 au 19 février,  le carnaval et le retour de San Pantzar avec une volonté affichée d’authenticité et de valorisation des traditions originelles mais aussi un couplage avec des événements culturels forts et symboliques d’une culture basque revivifiée.

On le sait, bien des coutumes basques traditionnelles s’ancrent au coeur de rythmes saisonniers et lunaires dont les formules, variables selon les provinces, s’attachent toujours à valoriser l’influence de la nature sur la vie des hommes mais aussi à affirmer, autour d’événements festifs symboliques toutes les valeurs identitaires impertinentes, et parfois un brin lestes, de la culture basque. La ville de Bayonne, en étroite collaboration avec l’association Oroï Bat a résolu, cette année, de faire du carnaval, un temps fort majeur et un véritable miroir de tous les carnavals du Pays Basque. Un retour à la pure tradition puisque 800 ans de carnavals ponctuent sa riche histoire. Pendant longtemps, Bayonne, capitale du Labour, accueillait à cette occasion des représentants, danseurs, musiciens, poètes entre autres, des villes ou villages avoisinants ainsi que des invités souletins.

Ce vaste rassemblement prend tout son sens à l’heure ou la ville devient figure de proue du Nouvel EPCI dont le centre décisionnaire s’implante au coeur de la cité. Il se double, en outre, d’une dimension transfrontalière avec la venue de « puristes » de Pampelune, jumelle tout naturellement associée aux festivités qui se veulent intergénérationnelles. Enfin, cette année, les 4 MVC de Bayonne s’investissent largement en allant au delà des simples déguisements pour rappeler toute l’importance culturelle des multiples formes de carnaval au Pays Basque, des Cavalcades aux mascarades ou charivaris et autres libertimenduas en Basse Navarre où fleurissent les bertsus. Mais ce retour aux sources, souvent très rurales, dont on salue la pertinence et l’excellence en termes d’intervenants, ne se limite pas aux simples défilés et jugement de San Pantzar. Depuis une dizaine d’années, toute une série de médiations se sont développées et affinées pour intégrer les milieux scolaires mais aussi les adultes et personnes âgées (35 bus mobilisés pour transporter des centaines d’écoliers en centre ville). Cerise sur le gâteau, une offre culturelle de grande qualité complète le dispositif, histoire d’illustrer combien la culture contemporaine basque, en l’occurence la danse, sait à merveille revisiter les traditions de notre territoire en une salle, Lauga, dont Yves Ugalde, adjoint à la culture, aux animations et au jumelage, se plait à insister sur ses utilisations plurielles et non simplement sportives.

La tradition ? Comme dans tous les carnavals, il s’agit d’une parenthèse de liberté, où les rôles sont inversés et tout permis derrière les masques. Une frénésie qui célèbre néanmoins, après le solstice d’hiver, le retour à l’abondance et à la fertilité qui prend parfois des allures on ne peut plus sexuelles. 3 figures majeures rythment les festivités. L’ours, personnage incontournable se réveille le 2 février de sa période d’hibernation sous terre où il a côtoyé, dans l’au delà, les esprits de défunts. Le déploiement de son impressionnante carcasse balaie d’un coup le passé pour présider à la renaissance de la nature et des activités humaines, quelles qu’elles soient, sociales ou économiques! Un ours gigantesque et cornu car il réapparait lorsque le croissant de lune s’arqueboute vers le haut et que, liberté des sens oblige, les cocus sont les rois de la fête! Il se dit que son sexe est apparent mais la décence de cette fête familiale induit quelques censures qui préservent de chastes oreilles et regards. Les sonneurs, annonciateurs du printemps prennent toute leur place dans les cortèges car il s’agit de faire du bruit, de la musique pour clamer haut et fort la saison du renouveau. Affublés de 2 sonnailles solidement arrimées au dos, du chapeau symbolique de chaque village, du fouet en crin de pottoka et de la lourde veste en laine de brebis, les joaldunak arpentent les rues et les sentiers entre villages, en un déhanchement rythmé qui ne passe guère inaperçu! Et puis surtout apparaissent les enfants et hommes sauvages, fruits des amours entre l’ours et une jeune femme de grande beauté, Rosina la tzigane selon certaines rumeurs…Des costumes novateurs et rafraichissants évoquent cette année la nature et les fleurs pour les enfants et la bestialité avec force peaux d’animaux pour les adultes.

Après un crescendo magnifiquement orchestré, le procès et la crémation de San Pantzar couronnent en apothéose le carnaval. Personnage étrange qui porte tous les malheurs de l’année passée. Coupable de tout, il se doit de périr au nom de la renaissance de la vie, engloutissant dans son trépas enflammé toutes les mauvaises ondes! Du passé faisons table rase en somme! L’occasion aussi dans bien des villes et villages de fustiger des concitoyens qui n’ont pas su agir pour le bien de la communauté ou gardent quelques coupables secrets. Et une extrapolation actuelle souvent orientée vers la stigmatisation de certains comportements politiques ou faits de sociétés inadéquats ou révoltants. Les accusateurs nous gratifieront-ils de quelques allusions caustiques sur le caractère fictif ou outrageant de certaines fonctions ici ou plus loin, outre-Atlantique? Nous attendons beaucoup de ce procès croustillant qui, en d’autre villes, sut, en 2015 fustiger la barbarie et l’intolérance, voire l’intégrisme religieux.

Vert et rouge, tel est le « dress code » de ce carnaval, en phase avec les couleurs de Bayonne mais aussi du Pays Basque. Sans développer un riche programme disponible partout, on soulignera l’accent mis sur les enfants en matinées, multiples ateliers de maquillage ou déguisement, spectacle, « Yes », de Philippe Albor et Patrick Fisher à Lauga et une mise à l’honneur des séniors le dimanche 19 de 15 à 19h00 pour un thé dansant au même endroit. Deux temps forts notables illustrent cette juxtaposition intelligente entre traditions ancestrales et modernité, symboles d’une culture forte en constante évolution créative qui transcendent largement la simple pratique du déguisement ludique à travers des modes de transgression sociétale. Un carnaval chahuteur, rural, primitif qui dit la vie et la mémoire de notre territoire comme la rappelle si bien Yves Ugalde. Premier grand rendez-vous vivifiant en ouverture le jeudi 16 avec une ode aux chorégraphies ancrées, en variations contemporaines inventives, dans nos traditions. 3 spectacles à l’honneur qui nous chantent combien la culture basque sait évoluer intelligemment avec virtuosité sans rien perdre de ses fondamentaux. Xateletarrak, propose Ohiberritze, dantazren botzak, pièce pour 8 danseurs souletins, txilura et chants traditionnels. Kukai Dantza présente Galajauziak de Jon Maya et du catalan Ces Gelabert. Enfin Bilaka nous offre, avec Mathieu Vivier et Negua une somptueuse balade au coeurs des rites carnavalesques basques.

Seconde respiration ébouriffante le samedi 18 avec le procès de San Pantzar accusé de tous les maux de l’année passée et brûlé en place publique pour que renaisse une nouvelle année de tous les possibles. La journée de tous les déguisements et moments conviviaux en apéritifs variés et musiques plurielles. L’occasion pour les joaldunak, les hommes et enfants sauvages, l’ours, un brin lubrique, et 3 tamborradas, d’envahir les rues jusqu’au lieu des supplices, l’Esplanade Roland Barthes.  A vos masques et déguisements, à l’instar d’un conseil municipal qui nous promet de belles surprises, sans se prendre au sérieux! Un grand bravo à Oroï Bat et son truculent président qui participeront également au festival Hartzaro d’Ustaritz le 25 février.

Toutes informations: www.bayonne.fr, https://www.facebook.com/ORAI-BAT-122292091156062/

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

Photos Mathieu CLERC

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