Festivals

Published on septembre 24th, 2015 | by MagMozaik

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Biarritz à l’heure équatorienne

Du 28 septembre au 4 octobre le Festival Biarritz Amérique latine, opus 24, reprend ses quartiers entre la Gare du Midi, le Royal et le casino municipal. L’occasion de rendre hommage à l’Equateur dans toute sa nonchalance, sa mélancolie et son dynamisme créatif, tant sur pellicule que sur papier argentique. Ce joyau biarrot confirme pleinement sa reconnaissance désormais internationale par une programme pluridisciplinaire dense et de très haute exigence qualitative mais aussi l’engouement qu’il suscite auprès d’un public plus que local de plus en plus nombreux et fidèle. Outre un programme riche et diversifié, ce rendez-vous incontournable se met cette année à l’heure du financement participatif pour aider les jeunes talents d’outre atlantique à venir se frotter à la créativité de leurs ainés. Qu’attendez vous pour bourse délier?

 

Un brin d'hitoire festivalière

Voilà 24 ans que le Festival Biarritz Amérique Latine, festival des cultures et des cinémas de l’Amérique Latine – termes de diversité culturelle auxquels tient son nouveau président Jean-Marie Lemododeuc ( avec Marc Bonduel, délégué général et Lucile de Calan, programmation) –  , tisse sa riche trame artistique sur la ville qui l’a initié. Une manifestation qui, depuis 2 ans, propose un visage nouveau, pluriculturel et pluridisciplinaire, pour mieux appréhender dans toutes leurs dimensions les multiples facettes d’un sous continent aux identités uniques mais aux contextes politiques, économiques et socio-culturels souvent parallèles, abrupts et déchirés.

Petit devoir de mémoire! Depuis bien longtemps Biarritz a développé un axe majeur culturel entre l’Espagne, le Pays Basque et l’Amérique Latine dans une perspective d’échanges et de partages autour de la création cinématographique comme témoin de sociétés aux évolutions sociales, culturelles et politiques très singulières et identitaires des pays concernés. Peu à peu se sont imposées la nécessité et l’urgence d’élargir le prisme des modes d’expressions à travers lesquels mieux comprendre l’âme et le devenir de tous ces pays d’Amérique Latine, du sud , du centre et du Nord, du Chili au Mexique en passant par l’Equateur. Si le coeur du Festival reste la production cinématographique, dans tout son dynamisme et son émergence plus ou moins récentes quant aux circuits plus ou moins élaborés de production, de diffusion et de soutien institutionnel, si cet événement, désormais mondialement reconnu, porte son focus sur de jeunes talents ou d’autres plus renommés (souvent grâce à elle!) et suivis d’année en année, si elle développe des dispositifs nouveaux au service de la belle et foisonnante créativité latino américaine sur pellicule, notamment à travers des résidences de jeunes cinéastes ou des moyens nouveaux pour financer leur venue sur le festival (financement participatif), elle propose de plus en plus de nouveaux regards dont la richesse et la multiplicité permettent de mieux appréhender la complexité d’univers latino-américains très différents les uns des autres. (photos présidents des jurys: Alan Pauls LM, Aurélie Chesné CM et Laure Adler documentaires, Jean-Jacques Bernard, Prix du Syndicat Français de la Critique de Cinéma et Marc Bonduel, délégué général)

Un festival en rythme de croisière

Aujourd’hui le Festival enrichit son prisme de multiples modes d’expression qui sont autant d’outils pour mieux comprendre des réalités aux palettes très colorées et nuancées. Outre les sélections officielles de Long Métrages, Courts Métrages et, de plus en plus, de Documentaires ( 10 par catégories dont le niveau ne cesse de s’accroitre au regard de candidatures de plus en plus nombreuses) , des films hors compétition sont proposés par les divers partenaires du festival, ou par les organisateurs, pour enrichir la sélection d’une offre et de regards complémentaires. Des avant premières, des redécouvertes, des séries TV, une fenêtre Arte et des sélections Kimuak ou ECLA.

Chaque année, le Festival place un pays sous les feux de la rampe sous tous ses visages et à travers de multiples modes d’expression: Littérature, expositions, musiques… L’Equateur, au contexte de création difficile et multi ethnique,  sera ainsi à l’honneur pour cette nouvelle édition remarquable et dense. A cela s’ajoutent des rencontres littéraires de plus en plus axées, non plus sur de nombreux écrivains mais sur deux ou trois immenses talents, un concert phare et fort Gare du Midi, des expositions à la Médiathèque et au Casino municipal et un village dont la vitalité et les animations s’enrichissent d’année en année à travers des concerts nocturnes, des stands représentatifs des productions artisanales latino-américaines, des bars conviviaux en diable et des cours de danse proposés par le tissu associatif local. Toutes ces activités, grâce au succès incroyable du Festival, sont choisis avec davantage d’exigence de qualité. Le niveau de prestations atteint s’avère plus élevé que jamais.

Un grand cru 2015 s'annonce

Côté fréquentation, il convient de préciser que les structures d’accueil existantes ne permettent pas de satisfaire un public de plus en plus nombreux. Certes, certaines avant-premières sont délocalisées sur l’Atalante, St Jean Pied de Port et Urrugne mais les adeptes fidèles du festival et ceux, de plus en plus nombreux, qui se passionnent pour cette offre culturelle majeure, ont souvent du mal à trouver des places tant la manifestation suscite un engouement enthousiaste et fervent. Des solutions restent à trouver qui ne seront guère aisées à mettre en oeuvre ou imaginer! Reste que le festival privilégie, en ce cas, les abonnements qui représentent une importante partie du volume des spectateurs, notamment Gare du Midi et au cinéma le Royal (30 000 spectateurs mais 50 000 visiteurs au total)A cette masse conséquente de spectateurs s’ajoutent, en outre, les scolaires de plus en désireux de goûter cette étonnante et riche immersion culturelle latino-américaine.

Côté sélections officielles, nous ne pouvons, bien sûr, détailler tous les films -souvent des premières oeuvres- présentés. Elles présagent d’être de très haut niveau compte tenu de l’ampleur sans cesse croissante des candidatures. Ainsi, rien que pour les documentaires, 10 seulement ont été retenus sur quelque 650 reçus! Quelques remarques toutefois: La sélection longs métrages met l’accent sur des films portés par des héros au sens étymologique et mythique du terme. Des hommes et des femmes dont les actes et les combats en font des êtres exceptionnels, véritables héros ou anti héros des temps modernes. Une jolie métaphore épique. Les courts métrages s’attachent davantage, dans l’ensemble, à valoriser des groupes ou des communautés qui illustrent des problématiques actuelles socio- économiques, politiques ou culturelles de différents pays. Enfin les documentaires plongent leurs racines dans des destins hantés par la mémoire ou l’histoire, en ancrage de personnages qui ne peuvent s’affranchir du passé ou qui ne sont ce qu’ils sont aujourd’hui que par lui….Vous découvrirez bien d’autres dimensions encore dans ces oeuvres somptueuses, parfois crues et brutales mais souvent terriblement humaines et émouvantes. (Photos Luis sepulveda, exposition équateur et concerts)

La surprise vient du focus équatorien. Voilà un pays singulier qui nait à peine à la création cinématographique. Avant que n’existe, depuis 2007, l’équivalent de notre CNC, le pays ne produisait qu’un film par an. En 2014, ce chiffre s’élevait à plus de 20! Néanmoins, les conditions restent difficiles. En l’absence de producteurs et diffuseurs, chaque réalisateur doit porter seul son propre film sur un marché brouillon et non structuré efficacement, qui nuit souvent à l’audience de films pourtant exceptionnels! A cela s’ajoute un contexte identitaire difficile à gérer qui ajoute à la confusion! Pas moins de 16 langues reconnues et parlées dans un métissage disparate d’ethnies composent un tissu humain écartelé entre cultures souvent divergentes, des descendants pré-colombiens ou populations indigènes aux hispanisants. Une population protéiforme qu’aucune cause ou fait historique fédérateur ne peut rendre cohérent, contrairement à l’Argentine, le Chili ou la Colombie, rassenblés autour de thèmes fédérateurs ( dictatures militaires ou trafics de drogue entre autres). Les témoignages offerts ici sont donc d’autant plus réalistes mais aussi reflets d’une âme équatorienne nonchalante, mélancolique voire mystique. 2 expositions officielles et une en marge laissent, dans ce contexte, éclater des talents photographiques souvent étonnants et expérimentaux par leurs visions et leurs approches d’un pays si fortement imprégné de multiples influences culturelles et socio-économiques. Voir notre focus www.magmozaik.com/quand-lart-caracole/ A noter, le 1er octobre, au village, une journée spéciale ponctuée de deux rencontres: L’une avec les 2 artistes Estefania Penafiel Loaiza et Paula Parrini, l’autre autour du cinéma équatorien.

Les rencontres littéraires réservent deux moments exceptionnels quant à l’immense talent des écrivains invités. Alan Pauls, également président du Jury LM, est un romancier, scénariste, critique et acteur argentin. Il anime depuis 13 ans une émission (Primer Plano) en Argentine , consacrée au cinéma d’auteur contemporain. Luis Sepulvea est écrivain, journaliste, scénariste et réalisateur Chilien. Grand voyageur et défenseur des droits de l’homme il est une des figures les plus emblématiques de l’Amérique Latine. Deux monuments à rencontrer respectivement le 30 septembre et le 2 octobre Salon des Ambassadeurs.

De 19h00 à 2h00 du matin le village bouillonnera de multiples concerts et de talents dont les Hermanas Caronni le 28 septembre (violoncelle, violon, clarinettes et bien sûr voix envoutantes). Mais c’est la Gare du Midi qui, après Agnès Jaoui l’an dernier, fera l’événement avec, le 30 septembre à 21h00, une plongée unique dans les racines de la bossa-nova admirablement servie par l’auteur-compositeur – interprète et guitariste brésilien Toquinho et la violoncelliste Ophélie Gaillard. Deux talents en harmonie complète et magique sur “Alvorada”, l’histoire d’un violoncelliste nomade parti explorer l’immensité des terres brésiliennes.

Infos pratiques

Comme l’an dernier, nous vous proposerons des opus quotidiens mettant en valeur les films en compétition, les concerts ou événements notables de chaque journée de festival.

En attendant, pour davantage d’informations sur la programmation, les lieux, horaires et tarifs de toutes les activités du festival,rendez vous sur www.festivaldebiarritz.com

Bon festival à toutes et à tous!

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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