Politiques culturelles

Published on octobre 28th, 2016 | by MagMozaik

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Bayonne, ville ouverte et de… « Confluences »

Forte du succès remporté, l’an dernier, auprès d’un public intergénérationnel, par les entretiens-hommage à Roland Barthes, véritable ambassadeur intellectuel et culturel de la ville, Bayonne a confié à Pierre Vilar et Francis Marmande la délicate et très pertinente mission d’inventer des rendez-vous annuels récurrents autour de thématiques fortes ou de personnalités bayonnaises qui en incarnent le rayonnement international. Premier jet de « Confluences », coloré de propositions plurielles, du 29 octobre au 11 novembre.

Un rendez-vous de confluences, pourquoi?

Belle rencontre avec nos deux protagonistes, amoureux de cette ville  « sensuelle et sensitive ». Subtil regard croisé entre l’universitaire, insatiable curieux de tous les questionnements sociaux, culturels et identitaires essentiels, voire urgents, en subtils dosages de personnalités invitées, et le trublion écrivain, journaliste et jazzman, à l’irrésistible fine causticité et la tendre ironie incisive sur sa ville et lui-même, maître en l’art de la parole libre et accessible à tous pour mieux instiller des réflexions agitatrices de neurones assoupies. Ville de confluences, de rencontres, de partages et de métissages, Bayonne l’est par essence comme une signature ADN millénaire. Confluences géographiques, architecturales, culturelles, ethniques, sociologiques, humaines et linguistiques… Tout concourt à favoriser son rayonnement international à travers sa « capitalité » et les personnalités nourries au sein de ses pluralités et patrimoines concrets ou immatériels. Une concentration de richesses qui ouvre tout naturellement le champ des rencontres et des échanges autour de thématiques liées à la densité de ce qu’elle est et aux grandes figures qui en portent l’esprit partout dans le monde.

En alternance, les éditions à venir proposeront des rendez-vous thématiques ou en formules cartes blanches données à une personnalité phare tous les mois de février. Francis Marmande inaugure le dispositif, suivi en 2018 par Florence Delay et en 2020 par Michel Portal. Deux thèmes porteurs entre temps: « Le goût de la ville, la ville du goût » en 2017 (tout un programme de saveurs étonnantes) et « Art du corps, art du sport » en 2019. Aux côtés de la ville, des partenaires naturels et incontournables: L’Université de Pau et des Pays de l’Adour, ancrée au coeur du Petit Bayonne et les principales institutions culturelles de la ville que sont les musées, l’Atalante, la médiathèque ou la Scène Nationale du Sud Aquitain. On espère dans le futur d’autres champs d’exploration tels que l’art ou la danse ainsi qu’une collaboration fructueuse et de sens avec les milieux scolaires, associatifs et sportifs où se forge l’avenir de la cité et son dynamisme.

Frontières et migrations

Le thème des frontières cisèle en déclinaisons multiples l’édition inaugurale avec des intervenants prestigieux («  Bayonne a des coquetteries dont elle devrait se rendre compte, mais elle le sait! »), que l’aura de nos deux compères a su mobiliser. Frontières de tous ordres: géographiques multiples, théoriques ou réelles avec l’Espagne, d’autres contrées, d’autres régions, d’autres villes ou d’autres quartier («  Les hauteurs de Bayonne, il y a de la distance par rapport à l’effervescence du centre » dixit Yves Ugalde!); frontières culturelles; frontières en la vie et la mort, imposées par les barbaries à regarder « même si on en sort les yeux salis » (Roberto Rossellini) ou vécues dans les hôpitaux en soins palliatifs; frontières poreuses des langues, basque, gasconne, occitane, celle plus universelle des langues sifflées de bergers ici ou en Anatolie et en Crète ou celles très présentes ici du Portugal ou de l’Espagne, voire d’autres en ces temps d’accueil de migrants meurtris par d’innommables conflits. Un tour de Babel qu’érige en ses remparts Bayonne! Des signes identitaires linguistiques dont Francis affirme avec humour qu’ils sont un « narcissisme de la toute petite différence ». 8 jours denses d’entretiens, de conférences, de rencontres, de films, de concerts, de dédicaces d’ouvrages, de variations autour d’oeuvres d’art et de tauromachie avec un fil rouge tout en émotions rares: les rencontres et les dialogues constructifs. A chaque jour, ses lieux et ses thématiques !

Le 29 octobre Régis Debray transcende les frontières géographiques au noms d’idéaux humanistes et de résistance. Longtemps engagé aux côtés des révolutions sud-américaines il est accompagné, au grand salon de l’Hotel de Ville, par Jacques Lecarme à 15h00. Le 31 octobre, tauromachie à l’honneur à la Pena Taurine Bayonnaise , ce qui n’est guère ma tasse de thé! Après la projection d’un court film « La course de taureaux », rencontre avec Roberto Pilès, ancien matador et Francis Marmande, féru de ce que l’on nomme « art ». Le 1er novembre Michel Portal s’invite à l’Atalante (20h00) pour le film de Jean-Louis Comolli « Le concerto de Mozart », pièce majeure pour clarinette. Une projection suivie d’un échange avec le réalisateur. Le 2 novembre à 18h30, 3 auteurs conjuguent le mot frontières à la médiathèque centre ville: Sylvain Coher (« Nord nord ouest »), Olivier Weber, prix Albert Londres (« Frontières ») et Paula Jacques, prix Femina 1991 (« Au moins il ne pleut pas »). Le 3 novembre Sophie Harent, conservatrice du musée Bonnat-Helleu, sort une oeuvre de ses réserves pour entamer, dans le patio, un dialogue en variation multiples, dès 18h30.

Le 4 novembre, feux croisés à la fac sous la direction de Pierre Vilar qui s’interroge sur le hiatus entre frontières vécues et frontières dessinées. De quels poids pèsent l’atlas et ses traités juridiques face aux réalités abruptes et souvent subies ? Une journée qui demande comment écrire une frontière avec Arno Bertina et Marie Cosnay et se penche sur la douloureuse frontière entre la vie et la mort avec Fabienne Deyris-Carcedo, médecin en service de soins palliatifs. Un concert de Paco El Lobo et Francis Marmande conclut les débats à l’Hotel des Basses Pyrénées, rue Tour de Sault.

Un week end chargé à la confluence des mots et des langues explorés dans leur cartographie, leurs nuances et leurs seuils. De 9 à 12h30, Musée basque et de l’histoire de Bayonne, Charles Videgain, Philippe Biu et Benat Achiary lancent un débat sur lequel rebondissent de 15 à 18h00 au Théâtre de Bayonne des spécialistes  de géopolitique et d’histoire qui scrutent l’horizon des frontières entre « Lignes de paix, lignes de guerre ». Le dimanche 6 novembre met en lumière Francis Marmande au grand salon de l’Hotel de Ville, de 10 à 17h30, dans toute sa complexité, entre identité bayonnaise (de St Esprit et St Etienne tout de même, hauteur oblige) , déclinée en fêtes, tauromachie, écriture et jazz. Un bel hommage rendu par de grands universitaires, journalistes et écrivains . Avec panache il tourne la dernière page des rencontres au Didam à 18h30 sur les photographies du grand Lucien Clergue, exposées du 5 novembre 2016 au 15 janvier 2017 et une lecture de ses textes par le comédien François Marthouret en présence d’André Minvielle et Benat Achiary.

Alléchant et jubilatoire d’enseignements. A ne manquer sous aucun prétexte!

Informations sur dates, horaires et lieux: www.bayonne.fr

Catherine CLERC, magmozaik64200@gmail.com

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